DIVORCE
L’épouse plaignante déclara :
J’ai une relation de confiance avec ma bouche. Elle peut témoigner oralement haut et fort que mon mari n’a déposé sur elle aucun baiser depuis des mois et n’y a introduit une quelconque intimité. Je n’en dirais pas autant de ma chatte, pourtant tout autant délaissée mais qui ne sait même pas faire miaou. Quant à mon cul, sa façon de s’exprimer n’inspire pas une écoute prolongée à ceux qui, de bonne volonté, s’apprêteraient à entendre son point de vue. Voilà pourquoi seule ma bouche s’exprime ici aujourd’hui et appuie ma demande de divorce pour cruel abandon de ma personne.
L’avocat de l’homme riposta :
Et voilà les forts fallacieux prétextes qu’utilise la femme de mon client pour le salir sans apporter la moindre preuve de ses accusations : Elle a des témoins, oui mais ils seraient muets ! Peuvent-ils écrire ? Peuvent-ils utiliser le langage des signes ? Que non, ils n’ont rien à dire, tristes complices d’une imposteuse.
Mon client, vous le savez, est atteint d’aridité intellectuelle diversifiée à dimensions cellulaires intrabulborachidaires, et aucun traitement ne semble devoir le guérir un jour. C’est à un infirme que s’attaque aujourd’hui cette femme perfide. Il n’a que de l’amour à donner, de l’affection, de la tendresse pour une épouse qui serait attentionnée. Il n’est qu’amour ! Que cela ne se voit pas, qu’il ne soit pas en état d’exprimer cet amour ni oralement ni physiquement ni par geste, n’est pas une raison pour le rejeter. Madame parle d’abandon, mais c’est bien mon client qu’elle veut livrer au néant. Vous êtes sans cœur, madame ! Monsieur le Président, voyez cette bave suppliante qui coule de la lèvre émue de mon client, c’est une supplique, une déclaration d’amour d’un homme bafouée et martyrisé et pourtant doux et aimant !
C’est pourquoi monsieur le Président, je demande, puisqu’il faut bien en venir au divorce, qu’il soit prononcé aux torts complets de Madame, et qu’en conséquence tous les biens du couple soient dévolus à mon client.
Peu après, le Président apporta son juste jugement :
Je prononce le divorce aux torts partagés. En conséquence de quoi, le mari gardera la chèvre « Biquette », la boite handi-scrabble, et les pots de confiture de la tante Germaine. L’épouse gardera le tricycle en or, le parasol de plage et le godemiché Moulinex multifonctions. Que chacun fasse bon usage de ce qui lui revient. La séance est levée.