TEXAS
Fusillade à El Paso, Texas. Le tueur, un « blanc » a tiré sur la foule, pour manifester son hostilité à l’immigration mexicaine et pour affirmer son idéologie suprémaciste.
On croit rêver. Qu’on en juge :
En 1821, le Mexique déclare son indépendance de l’Espagne. A cette époque, le Mexique comprend son territoire actuel mais aussi de vastes régions qui font aujourd’hui partie des USA (Etats Unis d’Amérique du Nord) : La Californie (California), le Nouveau Mexique (Nuevo Mexico), l’Arizona, le Nevada, l’Utah, le Texas, le Colorado et une partie du Wyoming.
Le Texas, l’Utah et le Wyoming sont des vocables indiens, les autres portent des noms espagnols. De même villes, villages, et sous régions portent aussi des noms espagnols ou amérindiens. Et bien évidemment, la population de ces régions est composée, comme au Mexique actuel d’amérindiens et de descendants d’Espagnols, ou d’européens ayant adopté la langue espagnole.
Cette dimension vers le nord de l’Etat mexicain était d’emblée problématique car venant s’opposer physiquement à la politique expansionniste et impérialistes des Etats Unis pour lesquels leur frontière ouest était le Pacifique, étant entendu que tout ce qui se trouvait entre Atlantique et Pacifique ne pouvait que leur appartenir. L’un des deux Etats devait l’emporter sur l’autre.
Le Texas sera la mèche qui va déclencher le conflit, comme l’attentat de Sarajevo qui déclencha la guerre de 14, ou plus exactement comme la dépêche d’Ems qui provoqua celle de 70. En plus préparé, plus prémédité. Le territoire du Texas sera le coin enfoncé par les Etats Unis dans la belle unité mexicaine, et le ver dans le fruit de l’unité territoriale de l’empire Mexicain.
Les dirigeants mexicains vont tomber dans le piège organisé par les USA : Dès l’indépendance, les USA vont organiser une émigration régulière et consistante, discrète et rampante, clandestine, vers le territoire du Texas. Il s’agit de le peupler d’immigrés d’origine anglo-saxonne jusqu’à ce qu’ils y deviennent majoritaires ou au moins aussi nombreux que les autochtones. C’est le principe du grand remplacement, théorisé par Renaud Camus, et adopté par les suprémacistes américains du nord aujourd’hui. Mais cette fois ce sont des populations du nord qui envahissent le territoire de peuples autochtones ou « du sud », avec l’ambition de prendre leur place.
Le but sera atteint et bientôt les anglosaxons proclament en 1836 la république indépendante du Texas. République qui immédiatement établit des liens étroits avec les Etats-Unis. En attendant, c’est très habile : Le peuple texan s’autodétermine, les Etats Unis ne sont pour rien là-dedans, ils sont blancs comme neige. Et si ensuite cette république demande à faire partie des Etats-Unis, ce sera aussi en toute liberté, sans aucune pression ou intervention de ce pays.
Le gouvernement mexicain entre évidemment en guerre contre le gouvernement texan et son armée, largement soutenue par les Etats Unis. Les mexicains perdent mais maintiennent le principe de leur souveraineté sur le Texas.
En 1845 le congrès américain vote l’admission du Texas comme l’un des Etats des USA. Peu après, les mexicains foncent tout droit dans le piège et proclament que tout le territoire du Texas fait partie du Mexique et en donne même un tracé précis.
De 1846 à 1848, la guerre fait rage entre Mexique et USA. A son issue, la paix est conclue mais le Mexique perd tous ses territoires septentrionaux énumérés plus hauts. Les yankees prennent Mexico et leur drapeau flotte sur le palais national.
A vrai dire, les dirigeants mexicains n’avaient guère d’autre choix que de se battre. Il parait évident que s’ils avaient accepté la perte du Texas, leurs autres territoires seraient tombés les uns après les autres. Leur seule solution était de gagner la guerre, mais ils étaient militairement inférieurs.
Aujourd’hui, les mexicains qui franchissent clandestinement la frontière ne font guère que rentrer chez eux. Après la colonisation anglosaxonne du Texas, la population latino-amérindienne est largement remontée en nombre et atteint 37% du total. Les « blancs » sont encore près de 50% et les noirs 11%.
La notion de grand remplacement est nettement fluctuante ! Son utilisation permet à quelques ahuris de se croire exister, ce qui est fâcheux.
On se prend à rêver que le gouvernement mexicain se prenne à rappeler que leur cher voisin du nord a volé par la force au Mexique les deux tiers de son territoire et à en demander la restitution. Ou ne serait ce qu’une indemnité. Ou tout simplement le droit pour les mexicains d’y circuler à leur guise.
Un truc à faire s’étouffer de rage ce cher Trump.