LE CONARDEAU
Les personnes d’essence vulgaire ne manqueront pas de prendre la parole pour assurer que le conardeau est le petit du conard, ou encore qu’il s’agît d’un conard évoluant dans l’eau. Sottes personnes.
Alors qu’il est patent que le conardeau est le vocable verlandisé pour désigner une école, certains diront une mouvance, l’art con dans l’eau, tel que défini par son plus célèbre promoteur, James Dupont, qui en 1947, proclama que, non seulement le seul art possible de nos sociétés (dont il prophétisait la sublimation auto-explosive), ne serait désormais plus que le seul con’art qui résume l’essence humaine tout autant que son origine, mais encore qu’il ne se confondrait avec la sublimation ultime qu’en puisant à la source de toute chose, l’eau, seul élément où il puisse s’accroitre et se dissoudre en attente douloureuse de renaitre.
Comme un poisson dans l’eau, ajouta alors Dupont qui avait aussi l’humour bon enfant.
Cela se passait un 29 juin 1947, jour morne s’il en est (pour beaucoup), dans une usine désaffectée d’un faubourg de Mulhouse. James Dupont y proclama la naissance du Con’art dans l’eau », devant une assistance hélas clairsemée.
Mademoiselle Honorine Gondinet fut la femme de ménage de James Dupont (mais pour certains elle fut aussi son assistante et sa maitresse.) jusqu’à l’internement de son malheureux et génial maitre. Elle témoigne aujourd’hui de l’émotion de ceux qui eurent la chance d’assister à ce moment unique. Certains disciples du maitre en laissèrent couler une larme. Ils étaient bien peu nombreux alors, et ils le sont encore moins aujourd’hui. Cela vient confirmer et valider la sublime vision du maitre : Le « Con’art » se dissoudra dans l’eau jusqu’à la totale transparence, démonstration de l’excellence. Ou bien il flottera ou bien il coulera, rien n’est certain après tout, on ne peut jurer de rien dans la vie.