REFORMES GRRR
Quand j’entends le mot « réformes », je sors mon sous marin nucléaire…
Depuis que je suis né, et dans le ventre de ma mère, et bien avant encore sans doute, il me semble que j’ai toujours entendu cette infernale complainte incantatoire « réformes, réformes ».
Ceux qui entonnent cette ritournelle semblent en avoir plein la bouche, comme d’une patate chaude. Ils font penser à de Funès pétant les plombs dans Hibernatus : Remplacez « Edmée, Edmée, Edmée » par « réformes, réformes, réformes », et vous aurez une idée de la sympathie que m’inspire ce vocable ridicule, dont la seule application sérieuse concerne les vieilles vaches « de réforme » destinées à l’abattoir. Un lieu où il faudrait aussi envoyer les sectateurs de la déesse Réformes.
La mode de ce mot est bien plus durable que n’importe quel mot de verlan en vogue dont la durée de vie paraît en comparaison bien éphémère.
Certes, les « guedin », « créer sa boite », et autres « vivre sa life », connaissent d’honorables succès : Je leur donne rendez vous dans dix ans, et je vous fiche mon billet qu’ils seront passés dinosaures alors que « réformes » poursuivra son éternelle carrière.
Récemment un ami, atteint de psittacisme télévisuel avancé, faisait état d’un sondage établissant que 54% des français étaient favorables aux réformes. Le bougre y voyait un motif d’espoir pour notre beau pays.
Un espoir de quoi ? Ils ne chient pas la honte, les sondeurs. Sont pas gênés pour demander aux interrogés leur opinion sur un mot qui ne veut rien dire :
Les réformes, c’est un peu comme la devise de la droite sarkozienne et de Pétain : Travail, famille, patrie. Quel travail? Epanouissant, abrutissant, inutile, passionnant, etc ? idem pour famille et patrie. Devise vide de sens, absence de concept, abrutissement réactionnaire. Je n’y reviens pas, voyez mes œuvres complètes, j’en ai déjà causé en détail mais je ne sais plus où.
Les réformes, c’est comme le travail : Bonne ou mauvaise réforme, réforme sociale ou non, réforme administrative, fiscale, utile ou non, favorable aux uns, ou aux autres, etc
Plutôt que se féliciter qu’il y ait 54% d’abrutis pour dire oui à quelque chose qui ne veut rien dire, il vaudrait mieux se réjouir qu’il y ait 46% de moins sots, soit pour ne pas tomber dans le piège en répondant non, soit pour avoir conscience qu’en fait le mot « réformes » fait parti du vocabulaire de droite. (Les gens vraiment normaux égorgent le sondeur si c’est possible, ou l’insultent à défaut)
A priori la réforme pourrait être partagée par tous les clans politiques. Mais il y a l’usage qui fait qu’elle est quasiment devenue une propriété réservée pour qualifier programmes ou action gouvernementale des politiques de droite. On le voit clairement avec le gouvernement Hollande qui n’a que ce mot à la bouche.
A l’opposé, il semble que la gauche, dans son action ou ses projets d’action, utilise plus volontiers le mot « mesures ».
La droite ne précise les réformes proposées que si on l’interroge avec précision : On a souvent l’impression que le seul mot « réformes » suffise et constitue en soi un programme complet répondant au désirs vagues et confus de son électorat pour que « ça change », autre slogan vide. (cf « le changement » de Giscard. Prononcez « changeban »)
La gauche est aussi friande de ces imprécisions qui ratissent large. Toutefois on admettra que son vocable préféré « mesure » est souvent accompagné de précisions au moins d’orientation :
Mesures sociales, mesures de justice, de solidarité, de réparation, etc
Pourquoi cette différence ?
C’est assez évident : Il est beaucoup plus facile d’annoncer, en matière socio-économique, qu’on va créer ou améliorer des avantages qu’expliquer qu’il faut les supprimer ou les limiter.
Or les réformes concernent à 90% des questions socio-économiques. On a parfois l’impression que la droite a honte de sa propre philosophie. De ce fait, si on lui demande de préciser le mot réformes, elle prend grand soin de préciser qu’elle ne propose des « réformes » que parce que la situation y contraint, parce qu’il faut s’adapter, etc…
Je parle du moins de la droite française. Et sans doute correspond-t-elle en cela à son électorat dont le désir de libéralisme se heurte aux intérêts particuliers des individus qui le composent.
Globalement, indemniser les chômeurs 1 an plutôt que 2, c’est bien, la retraite à 67 ans, c’est bien, l’abaissement du SMIC ou sa stagnation c’est bien, la suppression des aides à tous les parasites, c’est bien, beaucoup moins de remboursements de santé, c’est bien, la privatisation des services publics, c’est bien, la semaine de 45 heures, c’est bien, la privatisation de l’enseignement, c’est bien, réformer le code du travail pour moins de protection des salariés vicieux, c’est bien, la fin des CDI, c’est bien, licencier quand on veut sans justification, c’est bien, etc
C’est bien, pour les pauvres, pour les voyous, les paresseux, les profiteurs, pour les nuls, pour les mauvais esprits, pour les autres…
Car cet électorat de droite qui clame rageusement son désir de « réformes » demande avant tout que l’on mette « réformes » au fronton des mairies, mais rechigne parfois beaucoup à leur application.
Beaucoup de ces électeurs sont eux aussi salariés ou simplement fragiles ou fragilisés ou fragilisables, eux aussi peuvent tomber malades et souhaitent pouvoir se soigner aisément, eux aussi peuvent se trouver au chômage et sans ressource, eux aussi ont besoin d’aide pour un enfant handicapé, eux aussi vieillissent et veulent se reposer, eux aussi veulent que l’Etat assure ses fonctions d’organisation, de protection, eux aussi veulent que l’enseignement soit gratuit et financé par l’Etat, eux aussi sont attachés à leur bureau de poste, etc.
C’est pourquoi il n’est pas étonnant que parfois les hommes politiques de droite les plus va-t-en guerre contre la gabegie sociale de la gauche, se montrent bien timorés dans leurs réformes anti-sociales quand ils arrivent au pouvoir, se contentant de glousser en chœur « réformes, réformes, réformes ».
Il doit bien y avoir quelque action de « réforme » qui ne concerne pas le socio-économique, c’est la portion congrue. On parle beaucoup à cet égard, de simplification administrative, de rapidité des réponses de l’état, etc
Certes mais est ce de droite que cela ? Tout le monde le souhaite, citoyens comme entreprises. A noter que c’est aussi un sujet de gauche, qui parle alors de « mesures » pour y parvenir.
Je sens que ce mot « mesures » commence lui aussi à me créer une irritation montante.
Ces mots brandouilleux forment le jus purinal de ce monde déplaisant.