PLASTOQUES
Mais qui sont ces gens qui balancent des objets en plastique dans la mer, ou dans les fleuves et les rivières qui se jettent dans la mer ?
Personnellement je n’ai jamais fait ça, ni directement, ni indirectement. Ma voisine non plus, mes amis non plus, enfin je suppose pour la plupart, on ne connait pas tout des gens.
Est-ce qu’il y aurait des mauvais citoyens, qui la nuit, vont se promener sur les quais de Seine et qui, lorsqu’ils sont assurés de ne pas être vus, déboutonnent leur grand manteau et de sa doublure sortent des dizaines de bouteilles plastiques de cristalline ou de rozana (ou autre) et les balancent rageusement dans l’eau trouble ? Et mêmes spectacles affligeant au bord du canal Saint-Martin, de l’Oise, de toutes les rivières de France et de la terre, ainsi que sur tous les littoraux marins.
Si c’est le cas, il serait temps que la police agisse et procède à des rafles massives à 3 heures du matin. Ainsi les océans et leurs locataires seraient sauvés. Mais, si ce n’est pas le cas, il y a lieu de s’interroger sur la manière dont les plastiques parviennent à se retrouver un jour dans les mers et océans, en nombre si important qu’ils forment des continents et tuent progressivement tout ce qui les habite.
Parce qu’on s’habitue sans trop réfléchir à ce raccourci facile : Êtres humains consommateurs de plastiques divers qui après usage finissent dans la mer. Il y a une évidence qui évite de se poser la question de ce qui se passe entre les deux. Mais toujours surviennent des pinailleurs qui veulent savoir.
Et qui ne comprennent pas. Peut-être bien qu’il y a quelques dizaines d’années, quand il y avait peu de plastique dans la vie des humains et qu’on n’était pas trop regardant sur ce que devenaient les déchets, peut-être y-at-il eu des riverains des fleuves et rivières pour balancer à l’eau tout ou partie de leurs ordures dont quelques plastiques. Ça représente bien peu de choses et ça n’existe plus.
Si je prends mon exemple personnel, je peux dire qu’il y a 50 ans, les bouteilles d’eau minérales étaient en verre et d’ailleurs on en consommait peu car les sources et puits domestiques (*) n’étaient pas encore pollués, et l’eau du robinet n’avait pas mauvais gout. Il y avait encore une crémerie au coin de la rue où on allait chercher son lait avec un pot à lait en fer blanc que la crémière puisait avec une louche dans un grand bac de lait blanc. Et donc pas d’emballage, plastique ou autre. Et il y avait de grandes mottes de beurre qu’elle coupait avec un fil, et elle servait la crème fraiche qu’elle prenait dans un grand seau. Ça, pardon, ça existe toujours sur les marchés. Je n’ai pas le souvenir du récipient dans lequel on emportait la crème : Du plastique déjà ? je peux dire aussi que les petits suisses ne se vendaient pas dans des emballages plastiques individuels. Et etc. Et on peut donc dire que le plastique dans les océans provenant de cette époque est quantité négligeable. On peut en conclure que la consommation d’objets en plastique est un phénomène récent, même contemporain et en pleine activité et expansion. Par voie de conséquence la pollution de la mer par le plastique est aussi jeune, ce qui ne résout pas la manière dont ça passe de l’un à l’autre.
Quant aux vieilles poubelles d’autrefois, en forme de lessiveuse, dont le couvercle ne fermait jamais bien, elles contenaient pour l’essentiel les déchets de cuisine, de quoi faire un bon compost !
Sans doute y avait-il aussi à cette époque des cités non dotées de stations d’épuration. Pas beaucoup mais encore quelques-unes. J’ai le souvenir – il y a à peu près 40 ans - d’être tombé, en me promenant dans Marseille, sur la sortie des égouts sur la mer. C’était comme un fleuve marron, large d’à peu près 20 à 30 mètres, qui se jetait dans la mer, c’était impressionnant. D’autant que, de part et d’autre, il y avait des plages avec des gens qui se baignaient…dans de l’eau bleue. Ça s’expliquait : Ce fleuve de merdes avançait loin dans la mer et ne se dispersait en éventail dans l’eau que quelques centaines de mètres plus loin. Il n’atteignait pas les plages. Du moins, ça ne se voyait pas à l’œil nu. Plus tard, j’ai vu des images filmées du phénomène, c’était très net et impressionnant. Mais concernant les plastiques, je ne me souviens pas en avoir vu dans ce fleuve égout, sans doute y en avait-il un peu.
Que faisons-nous de nos déchets plastiques ? Dans nos habitations, on ne peut les confier aux évacuations d’eau qu’elles comportent : Ils ne passent pas par la cuvette des WC, ni par le syphon de l’évier. Ils vont à la poubelle. Triés ou non, ils seront traités ou non, recyclés ou non, stockés, enterrés ou non, mais en aucun cas ils ne seront jetés au fleuve ou à la mer. Ils polluent la terre, pas la mer. Et nulle part sur la planète, on n’a filmé ou entendu parler de camions poubelles – ni même de charrettes – qui viendraient déverser directement au fleuve ou dans la mer des tonnes d’ordures contenant des plastiques.
Alors ces plastiques emprunteraient-il le chemin des égouts ? Quand nous jetons des objets au sol dans la rue et qu’ils passent au caniveau puis à la bouche d’égout. Sans doute quelques objets doivent y passer. Sans doute, sans doute. Certainement même. Mais quand même, il y a bien longtemps que je n’ai pas vu quelqu’un balancer négligemment sa bouteille d’eau sur la chaussée, ni même vu une bouteille plastique flottant sur l’eau d’un caniveau. Et puis surtout le contenu des égouts parvient aux stations d’épuration et là les plastiques et autres solides sont séparés du reste et traités à part. En clair, ils ne repartent pas à la mer.
Aujourd’hui, il y aurait encore les activités de loisir qui seraient l’occasion de balancer du plastique à la mer : Flacon d’huile solaire abandonné sur la plage. Ou bouteille d’eau jeté dans la campagne, dans la forêt, dans la montagne et qui serait emportée par le vent ou l’eau d’une source jusqu’à un ru qui irait se jeter dans une rivière qui rejoindrait un fleuve… Sans doute, ça doit bien exister, mais s’il est certain que les gens jettent beaucoup dans la nature, individuellement ou sous forme de décharge sauvage, ces déchets viennent certes enlaidir et polluer la nature, mais essentiellement la nature terrestre, que ce soit en surface ou en s’y enfouissant progressivement. On peut douter que ces pollutions de loisirs, bien réelles, contribuent de manière significative à la pollution de la mer par les plastiques.
Alors, si c’étaient les bateaux ? Je ne parle pas des petits bateaux de plaisance, même si j’imagine bien qu’il doit y avoir des sagoins pour jeter à la mer tous leurs rebuts, mais en général leurs utilisateurs aiment la mer et on peut supposer qu’ils la respectent. Et puis ils sont peu de chose sur la mer, la plupart de ces bateaux demeurent à 90% du temps amarrés au port.
Restent les bateaux de pêche et surtout les grands bateaux, les cargos de transport de marchandise d’un bout à l’autre de la planète. Je ne pense pas que les bateaux de transport de personnes, croisières ou autres, soient incriminables : Les passagers protesteraient et tous ces bateaux sont prévus pour stocker leurs déchets avant l’arrivée au port. Quant aux bateaux de traversée, celles-ci sont courtes, quelques heures au plus. La plupart des passagers ne sont pas embarrassés de leurs déchets : Ils les déposent dans les poubelles du bord ou celles du port d’arrivée.
Des pêcheurs gougnafiers, ça doit bien exister. J’ai du mal à imaginer que ces gens qui sont si proches de la mer et en vivent, s’en moquent au point de lui balancer leurs déchets plastiques sans état d’âme. Mais il est vrai que dans la pêche industrielle, le rapport à la mer doit être bien différent et sans respect. Donc oui, une partie des pêcheurs peuvent contribuer à la pollution plastique des océans.
Mais je pense surtout à ces cargos transporteurs de marchandises, containers ou matière première, ou autre. Ce simple transport est en soi une pollution, une nuisance, une absurdité civilisationnelle. Leurs seuls impératifs sont économiques. Leurs équipages n’hésitent pas à dégazer en pleine mer, pour éviter des frais au port. C’est d’une grande évidence que leurs déchets vont pour l’essentiel directement à la mer, et donc les plastiques aussi.
Voilà au moins une source conséquente de la pollution plastique des mers et océans. Reste que bien que monstrueux par leur taille, bien que très nombreux, ces bateaux comportent des équipages très réduits, une vingtaine de personnes en moyenne. Alors ça diminue d’autant le volume de la pollution plastique qu’on peut leur imputer.
Mystère, mystère. Je vais finir par croire au complot évoqué en préambule : Ce sont les extraterrestres infiltrés parmi nous qui nuitamment portent à l’eau tout le plastique qu’ils peuvent rafler. Si vous avez une autre explication…
(*) Quand j'étais enfant (En fait à 16 ans environ, ça me revient, lors du mariage de mon frère, on avait mis des bouteilles à rafraichir au fond du puit) il m'est arrivé de boire de l'eau du puits du jardin par défi. Ca ne m'a pas rendu malade. C'était à Pierrefitte 93.