HELICOPTERE
Il m’arrive de penser, avec tendresse et reconnaissance, à nos chers soldats qui font leur devoir au sahel et nous protègent ainsi des horribles terroristes.
Mangent-ils à leur faim et surtout de manière équilibrée ? Est-ce qu’on s’occupe bien de leur linge ? Sont-ils bien soignés ? Ont-ils accès à un bordel militaire de campagne pour la satisfaction légitime de leurs viriles pulsions ? Sinon comment font-ils, d’autant que depuis certains excès en Centrafrique, ils n’ont plus le droit de violer les femmes et les enfants ? Trouvent-ils cependant leur bonheur dans la population locale ? Heureusement, on sait qu’un blanc français en Afrique - même bancale, paumé, idiot, pauvre – trouvera toujours des doudous à son service intime moyennant de petits cadeaux ou une vague promesse de mariage. C’est la bien utile loi de l’inégalité. Et on peut donc espérer que nos fiers parachutistes, qui ne sont pas plus bêtes que d’autres, jouissent aussi de cette situation.
Leur problème, c’est l’ennui, qu’ils soient gradés ou soldats du rang. Pour se distraire, ils pratiquent des jeux innocents.
Par exemple, les soldats du rang dans leurs chambrées pratiquent le jeu de l’hélicoptère. Jeu enfantin, pratiqué ordinairement surtout par les pré-ados, qui consiste à faire tourner en rond son membre viril, sans les mains…Justement comme un hélicoptère. Ce qui suppose une grande souplesse de hanche, et c’est donc un très bon exercice de gymnastique. Le gagnant est celui qui fait voltiger le plus longtemps son précieux appendice. Et bien sûr, c’est l’occasion aussi de jouer à celui qui a la plus grande, du moins au repos. Et c’est bien que ça en reste là, car une autre disposition créerait une atmosphère non admise dans nos armées.
Les gradés aussi jouent à l’hélicoptère, mais avec d’autres moyens, avec de vrais hélicoptères. Il peut leur arriver, en sortant du mess, alourdis par un bon repas et de délicates boissons alcoolisées, d’avoir besoin de se dégourdir un peu les jambes et la tête, et d’éprouver le besoin de sensations fortes. Et l’un de leur jeu favori est la course en hélicoptère : Les gradés se séparent en deux groupes qui investissent chacun un hélico. L’hélico gagnant est celui qui atteint le premier le bout de la piste. Les pilotes connaissent parfaitement leur engin ainsi que les lieux, aussi pour corser la compétition leur bande-t-on les yeux. Habituellement c’est simple, tout le monde descend des hélicos et les perdants s’en vont payer des coups aux gagnants.
Mais il peut arriver, comme on l’a vu récemment, qu’un pilote, peut-être un peu trop éméché, varie de la bonne trajectoire et là c’est la regrettable collision et la mort des occupants des hélicos. C’est ballot.
En même temps, le risque est connu de tous. Et puis, comme on dit toujours, à quelque chose malheur est bon : Ces soldats d’élite sont déclarés héros morts pour la France, et seront décorés de la légion d’honneur. Ne peuvent vraiment pas se plaindre. Et je ne parle pas de toutes les émouvantes cérémonies organisées en leur mémoire et de la gloire qui rejaillit sur leurs proches et des pensions que vont toucher leurs veuves. C’est vraiment grand et beau et ceux qui critiquent notre belle armée sont de fieffées canailles.
Je pourrais regretter que si je me fais écraser par un bus, on ne me décernera pas la légion d’honneur, et qu’on ne n’entendra pas la sonnerie aux morts quand mon catafalque sera présenté à la foule éblouie. Mais non, voyez-vous, j’ai toujours fui les honneurs comme la peste, alors je ne vais pas commencer à les demander dans la mort. Je partirai incognito. Et puis, je ne suis pas un glorieux soldat, alors je ne mérite que l’oubli.