CHRONIQUES CREUSOISES
PIERRE
Pierre est venu me voir hier vers 19 heures. C'était l'heure de l'apéritif. Je m'étais servi un petit Vouvray sans prétention mais honnête. Tout en savourant l'audition de France Gall dans "Si Maman Si" - un morceau qui fait fondre - je m'occupais à allumer un feu dans la cheminée. Malgré la saison, il avait fait bon toute l'après-midi et je n'avais pas eu besoin de chauffer. Mais ici, dès que le soleil se couche, le froid et l'humidité s'abattent d'un coup.
J'avais mis le papier journal froissé, et dessus une couche de fines branches de genêts coupées menues, et puis une rangée de petit bois bien sec, et enfin par-dessus quelques morceaux calcinés restant de la veille. J'avais mis le feu et j'attendais un peu que tout cela flambe bien avant de disposer les premières bûches, les plus petites d'abord.
Ça semblait bien parti et j'allumais un cigare. Je me demande toujours comment font tous ces gens qui ne savent pas allumer un feu. Ce n’est pourtant pas compliqué de comprendre qu'une bûche posée sur une feuille de journal, ça ne prendra jamais. Je crois qu'ils s'ingénient à la stupidité dès qu'il s'agit de faire du feu. J'en ai vu choisir dans mes différentes catégories de bois, celui qui visiblement a été coupé la veille. Il y a ceux qui croient que faire du feu, ça consiste essentiellement à souffler. Ils ont dû voir ça dans des documentaires sur les scouts. Et que je te vide les poumons à en crever, et que je t'agite frénétiquement le soufflet... Et ceux qui utilisent les pages de Paris Match ou de Valeurs Actuelles ou des magazines en règle générale : Outre que ça démontre qu'ils ont de mauvaises lectures, ce papier ne convient pas et ils le savent bien, ils le font sûrement exprès. Il y a encore les paresseux qui veulent absolument utiliser le bois qui est à leur portée par flemme de traverser la cour pour aller chercher le bois adéquat...Je ne parle même pas de ceux, et celles, qui mettent d'abord une belle bûche, parce qu'ils, ou elles, ont très froid, et mettent du papier par-dessus.
On pourrait les comprendre s'ils n'avaient jamais quitté leur centre-ville sans cheminée. Mais généralement, ça fait mille fois que ça leur arrive de devoir allumer un feu et mille fois qu'ils reproduisent leur comportement angoissant pour l'observateur. Il faut préciser qu'il y a deux catégories : d'une part les hommes qui prétendent être experts dans l'allumage du feu, et d'autre part les hommes qui ne le prétendent pas et les femmes. Evidemment on pourrait dire que c'est une classification machiste, mais je ne fais que constater l'état de la société actuelle et ce n'est pas de ma faute si les femmes qui prétendent savoir allumer le feu sont une infime minorité, tellement infime qu'on ne peut pas pour cela créer une catégorie.
C'est un peu comme pour les pages jaunes de l'annuaire, on ne peut pas créer une rubrique pour vous tout seul, que vous soyez compteur de pavés disjoints, tyrosémiophile, refuseur de porter un slip, cosmonaute berrichon, en instance de divorce en phase intermédiaire d'hésitation relative, grand brûlé de la guerre de 70, boursicoteur honnête, bourreau à Béthune, éleveur d'oies blanches, déniaiseur de scarabées... Les gens en veulent toujours plus dans leurs revendications catégorielles sans penser qu'ils ne sont pas tout seuls et que chacun a ses soucis.
Non, pour l'allumage des feux, on ne peut vraiment que distinguer ces deux catégories. On pourrait dire qu'elles ne font qu'une puisqu'au bout du compte, c'est toujours moi qui allume le feu. Et moi, je pense que je pourrais bien faire une catégorie à moi tout seul, parce qu'enfin, d'un côté il y a tous ceux qui font semblant d'allumer le feu et de l'autre il y a moi qui l'allume. Pourquoi leur mettrait-on une rubrique dans les pages jaunes sous prétexte qu'ils sont nombreux alors que moi je suis seul ? Et puis à quoi ça peut bien servir une rubrique avec un tas de coordonnées de gens qui ne savent pas allumer le feu ? Vous croyez vraiment qu'on va les appeler souvent ? Moi, par contre, même si j'étais seul dans ma rubrique, on risquerait de me téléphoner fréquemment. C'est pour ça d'ailleurs que je suis en liste rouge parce que je ne veux pas être dérangé à n'importe quelle heure pour aller allumer des feux. Je suis bien assez occupé à allumer le mien. Ce qui n'est pas normal, c'est que je sois obligé de payer pour être en liste rouge alors que je ne demande rien, je veux juste qu'on me laisse faire du feu en écoutant France Gall.
Il n'empêche que tous ces gens qui apparemment ne savent pas allumer un feu de cheminée ne me paraissent pas innocents. D'abord ceux qui disent savoir et font semblant de ne pas y arriver sont comme les autres qui disent ne pas savoir : Au fond, ils estiment, inconsciemment ou non, que c'est à moi de faire du feu. Ceux qui essayent font un simulacre, ils savent bien que je vais reprendre tout après eux. Ah les cochons et cochonnes. Il faut tout enlever, tout mettre de côté, se salir les doigts de cendres et de bûches ayant commencé à calciner. Et tout reconstruire. Certains vont même jusqu'à faire des commentaires : Ah je ne savais pas que tu avais du petit bois comme ça ! Ou encore : Ah oui, en enlevant la cendre humide en dessous !
Faire du feu, si on veut bien y penser, c'est comme faire des frites. Même phénomène. Pour la plupart, ils prétendent ne pas savoir faire les frites. Ou pire : Ah oui chouette des frites, je ne m'en fais jamais ! Non mais qu'est qui les en empêche ? Ou aussi : Ah des vraies frites à l'huile d’arachide ! Ce serait moi par hasard qui verse méchamment de la végétaline ignoble dans leur friteuse ? Qu'est-ce qu'il ne faut pas
entendre : Ah je n'en fais pas, moi, à cause de l'odeur !
Et chez moi, c'est battu par les vents de l'Alaska ? Et ça : J'adore les frites mais c'est trop long à faire !
Ah oui c'est sûr, au moins quinze minutes épluchage compris, les salsifis, ça va plus vite !
Et puis l'éloge final : Mais comment tu fais pour faire des frites comme ça ? Eh bien, je prends des pommes de terre que j'épluche et que je coupe en forme de frites et que je jette dans l'huile bouillante. Ah ça alors, il faut que je note !
Remarquez bien qu'il n'y a pas que moi que l'on admire comme ça. Il y a un restaurateur, Robuchon, qui est célèbre pour sa purée. Au début, il cachait sa recette mais il a fini par la dévoiler. Il prend des bonnes pommes de terre ! qu'en fait-il ? Le croiriez-vous ? Il les épluche ! et ce n'est pas fini : Il les fait cuire dans l'eau ! A la fin, le génial inventeur les écrase... et il ajoute du beurre, plein de beurre ! Tout de même, il n'avait pas tout dit. Récemment je l'ai entendu révéler son vrai secret : Quand il épluche les pommes de terre, il enlève aussi les yeux noirs. Ça, il fallait y penser ! Avec quelle gourmandise, nous a-t-il livré son truc suprême ! Que les ménagères se le tiennent pour dit : enlevez les yeux noirs des pommes de terre et on vous appellera Robuchon.
Moi, qui sait faire le feu et les frites, je me dis que je ne devrais pas révéler ainsi mes secrets, on risque de me les piquer, et d'autres, sans génie, de gagner beaucoup d'argent grâce à mes inventions. Mais j'ai l'habitude, c'est toujours comme ça.
C'est pourquoi, las de la fréquentation trop assidue de mes congénères, je fais du feu dans la cheminée au fonds de la campagne où je me retire fréquemment. Et hier, je surveillais ce feu naissant quand Pierre est tombé dedans.
Ah le carnage ! Imaginez un peu un type qui tombe sur votre feu naissant en passant par la cheminée ! Il y en avait partout, j'ai dû balayer car des brindilles enflammées s'étaient éparpillées sur le sol, et Pierre en se relevant et secouant sa grande cape noire en répandait encore d'autres.
- Ah c'est toi ! Non mais tu pourrais prévenir quand même ! Tu as bien vu la fumée ? Et donc qu'il y avait du feu. Tu ne pourrais pas entrer par la porte comme tout le monde ? Ou à la rigueur par la fenêtre en été si elle est ouverte ? Tu finiras par te rompre le cou, ce n'est plus de ton âge, tout le monde te le dit.
Je disais cela pour la forme. Je sais bien que Pierre sera toujours comme ça à passer par la cheminée comme le père Noël. Ne le ferait-il pas que je serais un peu déçu, c'est son personnage auquel on est attaché. Je sais, avec ce genre de raisonnement, on finit par n'aimer chez les autres qu'une apparence et on leur demande de toujours faire le clown, d'être en représentation, sans chercher à savoir où en est vraiment l'être profond qu'on a devant soi. Seulement il y a l'histoire de l'habit qui ne fait pas le moine d'une part, et de l'habit qui fait l'homme d'autre part.
Que croire ? En tout cas, justement, Pierre n'est pas moine, mais presque, puisqu'il est abbé. Enfin, c'est son titre. En réalité, il y a longtemps qu'il est reconverti dans la brocante et qu'il est chiffonnier. C'est étonnant de voir comme les réputations vous collent à la peau toute la vie : Trois, quatre années à faire l'abbé et quarante à faire le chiffonnier, et on continue à lui donner du Monsieur l'abbé. Pourquoi pas Monsieur le Chiffonnier ? Il a fait le député aussi quelques années et pour autant on ne l'appelle pas Monsieur le Député. Pourtant, ça, ça serait bien, c'est quand même plus prestigieux, ça vaudrait la peine de garder le titre toute la vie.
Bien qu'il s'en défende, je ne suis pas sûr que ça ne lui plaise pas à Pierre qu'on continue à le prendre pour un abbé. Sinon d'ailleurs, pourquoi persisterait-il à s'habiller en abbé d'avant-guerre ? Bien sûr, c'est rigolo et c'est pratique : La soutane, c'est chaud, et à la longue, ce n'est pas vraiment salissant, ça finit par prendre une couleur grisâtre indéfinie et toutes les taches se fondent dedans comme dans une couleur universelle. Evidemment, ce n'est pas très ragoûtant, et parfois il y a des effluves qui en émanent à rebuter tous les putois du Colorado. Mais bon, évidemment, vous achetez une soutane en début de carrière, cinquante ans après vous la portez encore, imaginez l'économie de fringues. Et pour les économies, il s'y connaît Pierre ! C'est un ami, je ne voudrais pas en dire du mal, mais enfin quand j'entends dire qu'il serait un peu radin, je comprends.
Cinquante années à accumuler de tout et de rien ! Et ça a prospéré, il a des entrepôts immenses partout avec des centaines d'employés qu'il paye une bouchée de pains, des gars qui sortent de taule ou qu'il ramasse dans la rue : De quoi dormir, de quoi manger, trois sous pour acheter un paquet de cigarettes, et les gars font douze heures par jour à transbahuter des armoires normandes ! Evidemment, avec la misère qu'on trouve aujourd'hui, ils sont toujours bien contents d'avoir ça.
Il faut dire que pour réussir, Pierre a trouvé un truc génial, il faut lui reconnaître ce mérite. Il s'est mis en tête d'aider les pauvres et a fait une pub démente là-dessus : les loger, les nourrir. Du coup, toutes les bonnes âmes ont donné. Pour manger d'abord : Des citoyens généreux donnaient la nourriture à Pierre qui la redonnait aux pauvres sans que ça lui coûte un sou. Pour les loger : Il installait les pauvres dans des immeubles inoccupées qui n'étaient même pas à lui, et il y avait des gens, des organismes d'Etat qui lui passaient des logements ! Même tour de passe-passe : Sans rien débourser. Evidemment les pauvres qui avaient à manger et étaient logés lui en étaient éternellement reconnaissants. Par ailleurs, l'opinion publique le trouvait formidable, et lui fournissait de plus en plus nourriture et maisons. Et comme il y avait de plus en plus de pauvres, c'était un système en boucle, infernal et infini !
Alors bien sûr, ça ne lui coûtait rien, mais on pourrait rétorquer que ça ne lui rapportait rien non plus! Erreur ! C'est là qu'intervient l'esprit génial de Pierre : Il accumulait de plus en plus d'objets récupérés pour rien ou pour une bouchée de pain ! Quand il logeait des pauvres, il les meublait gratuitement. Oui mais quand, devenus moins pauvres, ils achetaient de nouveaux objets, ils lui rendaient les premiers avec reconnaissance.
Et le stock de Pierre de grossir à n'en plus finir ! Il a amassé ainsi, en objets divers, un énorme capital toujours gonflant. Et il s'est mis à revendre des objets, cette fois aux riches qui pour faire une bonne action acceptaient de les payer plus chers que chez les brocs ordinaires et de plus lui donnaient les objets dont ils ne voulaient plus. Et ainsi, grâce à un système de markéting rodé et efficace, fréquemment relancé par des campagnes de pub très ciblées, Pierre a pu ainsi vendre de plus en plus de marchandises, tout en renouvelant son stock et en l'agrandissant sans jamais devoir le payer, le tout avec une masse salariale voisine de zéro ou presque.
Tout cela est parfaitement légal. Est-ce moral ? Ça se discute, mais c'est un problème pour Pierre entre lui et sa conscience. En tout cas, il a beau être riche, il a vieilli comme tout le monde et il est bien malade. Il a dû laisser ses affaires. C'est peut-être ça qui l'a rendu malade. Je sais qu'il passe son temps à persécuter ses successeurs en revenant régulièrement mettre son nez dans les affaires sous prétexte de donner des conseils, de les aider. Il est vrai que la boîte est toujours à lui, il fait ce qu'il veut. Cet acharnement à veiller à ce que ça continue à faire du profit, alors qu'il est riche comme Crésus, me fait penser que l'aspect moral ou immoral de ce qu'il a fait est bien le dernier de ses soucis. Mais qui sait, peut-être qu'au fond de lui, certains jours, il y quelque interrogation, quelque remords.
Il est là le Pierrot, avec sa vieille soutane pleine de cendres et de suie, son balai à la main, un vrai diable. Quand il gérait lui-même ses affaires, Pierre ne se déplaçait qu'en balai volant pour aller plus vite d'un entrepôt à un autre. On le croyait doué d'ubiquité tellement il était partout à la fois. Aujourd'hui, à la retraite, il continue à utiliser ce mode de locomotion, malgré les conseils de ses médecins qui craignent qu'il ne prenne froid surtout en cette saison.
- Tu n'es pas un peu malade de circuler en balai par un temps pareil ? Tu crois que c'est de ton âge ? Pose donc ce balai, on dirait une vieille sorcière. Je vais refaire le feu que tu as éteins, ça va te réchauffer. En attendant, tu veux quelque chose ? Un vin chaud ?
- Eh, eh, fait-il de sa voix tremblotante, donne-moi plutôt un Vouvray comme toi ! Dis donc, c'est grand ici pour toi tout seul, il y aurait de la place pour...
- Ah non, espèce de vieux maniaque, tu ne vas pas me refiler tes pauvres ! Tu es à la retraite tu comprends ? Et d'ailleurs, il fait bien trop froid dans cette région, les pauvres il leur faut une atmosphère douillette, et en plus c'est à peine meublé !
- Hi, hi, mais justement des meubles, je peux t'en avoir pour pas cher, j'ai tout ce qu'il te faut ! Tiens là, je verrais bien un canapé du genre...
- Stop Pierre, stop, je te prie. Je suis bien comme je suis ici. Encore un mot et je te remets sur ton balai et je t'enfile dans la cheminée même s'il y a des flammes de deux mètres pour te brûler les pieds ! Mais il continua, en chevrotant de plus en plus :
- Tu ne me comprends pas ! Je ne veux pas t'amener des pauvres, c'est moi que je voudrais amener ici. Oh tu sais je ne serais pas dérangeant, un vieil homme comme moi, ça ne prend pas beaucoup de place, mais quand même un canapé tu vois, ça j'aimerais bien pour me mettre au coin du feu en écoutant une belle messe !
La vieille carne, c'était pire que prévu. Pierre assis en permanence devant ma cheminée et vidant mes réserves de Vouvray et le reste aussi. Et la vieille saleté cousue d'or écoutant la messe toute la journée avec un visage extatique et m'observant sournoisement par en dessous. Finies mes rêveries, finis mes cigares - il ne supporte pas la fumée -, finis mes vieux disques de France Gall ! J'allais intervenir pour refuser tout net mais il continua :
- Ah tu n'aurais pas affaire à un ingrat tu sais ! Tout ce que je te demande, c'est juste un peu d'affection pour le vieil homme que je suis, et je sais que tu peux en donner ! Je ne mange presque rien : Le soir une soupe, un vieux morceau de fromage, et au lit ! Je ne dis pas, une petite promenade en voiture quand il fait beau. Et un petit verre à l'apéritif. Et ce ne sera pas éternel, je suis si malade, tu seras vite débarrassé de moi !
Je voulais protester, mais il m'interrompit en me tendant un papier.
- Non, ne dis rien, tiens, lis ça d'abord !
Je lus le papier et j'en restait ahuri. Pierre faisait de moi son légataire universel si je consentais à m'occuper de lui jusqu'à la fin de ses jours.
Je ne croirais pas beaucoup celui qui dirait qu'il refuserait tout net. C'était vraiment un viager très avantageux qui m'était proposé là. Et puis, pour la morale, ce n'est pas moi qui avais été le chercher. Ça me tombait dessus. Et devenir immensément riche, et à si brève échéance ! Et juste à s'occuper quelques temps de cette vieille chose qui s'éteignait. Ça, ce n'était pas si sûr : Je vis luire ses petits yeux malins l'espace d'un instant, et il reprit sa mine compassée. Je l'imaginais geignant pendant que je le soignais ou me tyrannisant parce que sa soupe n'était pas juste comme il aime. Ah je déteste les vieux ! A tel point que je commence à me détester aussi et ça ne va pas s'arranger. Il est vrai que les jeunes sont aussi spécialement pénibles. Alors ? Il fallait prendre une décision. Je jouais avec le balai de Pierre. Et c'est là que l'idée me vint.
- C'est d'accord Pierre ! Non attends, j'ai une condition, tu me promets que ce balai infernal, c'est fini ! Je ne veux pas te voir surgir par la cheminée toutes les cinq minutes et ensuite soigner les bronchites que tu auras attrapées là-haut !
Il protesta mais c'était pour la forme. Je profitai de mon avantage.
- Ce balai, on va le détruire, on va le renvoyer d'où il vient ! Et tout de suite. Je vais lui accrocher de la dynamite avec un allumage à retardement. Tu le mets en marche, il s'envole et il nous fait un beau feu d'artifice dans les cieux !
Nous sortîmes. Je fixais la dynamite. Je demandais à Pierre comment on mettait en marche le balai. Il le prit en main et poussa les boutons. Et ils s'envolèrent ! Et ce fut un magnifique feu d'artifice.
Le lendemain, les voisins me firent remarquer aigrement que je les avais réveillés en faisant des explosions dans le ciel, qu'on n'était pas 14 juillet. Je m'excusai platement. Ce sont des gens qui se couchent tôt, et il ne devait pas être plus de 21 heures. De ce fait d'ailleurs, après avoir rangé le testament de Pierrot, j'ai pu passer presque une soirée entière à écouter quelques vieux disques de France Gall devant mon feu de cheminée et en fumant un modeste Montecristo, un cadeau de Pierre, d'il y a quelques mois. France est vraiment très bien dans "Calypso". Ah besame mucho...
J'appris le lendemain qu'on avait retrouvé dans un champs le corps de mon vieux pote Pierre. Il semblerait que suite à un problème mécanique son balai volant ait explosé. Comme quoi, ces engins ne sont pas aussi surs qu'on le dit. Ce qui m'ennuie aujourd'hui c'est qu'il va falloir remonter à Paris pour toucher mon héritage. Le monde est plein de choses fatigantes.