TOUT NU ?
Presque toutes les lois sont édictées de telle sorte à permettre une bonne cohabitation entre les gens. Quelquefois une morale, aux origines diverses et incertaines, semble motiver principalement une loi : Par exemple, l’interdiction de se promener tout nu dans les rues, et, de manière générale, dès que vous pouvez être vu nu par d’autres.
L’état de totale nudité n’est pas, contrairement à une mythologie de la pureté, la condition naturelle et originelle de l’être humain : S’il fait froid ou qu’il pleut ou s’il fait une cagna infernale, il lui faut se couvrir pour survivre. Le climat idéal et permanent, l’Eden climatique, n’existe pas. Au mieux, en certains lieux de la planète et à certaines heures de la journée à la bonne saison, il est possible de pratiquer l’apoilisme sans conséquence majeure pour la santé.
Cette interdiction de la nudité est fort contestable car ne servant en rien à la bonne intelligence entre les citoyens. Elle ne satisfait que quelques personnes, religieuses ou non, qui considèrent curieusement que la vue du corps entièrement nu d’un humain est l’abomination des abominations. Il est assez scandaleux qu’une personne se promenant nue puisse être passible d’amende, voire de prison. D’autant que cette interdiction s’étend à des nudités partielles en « certains lieux ». Il y a d’évidence dans ces interdictions une atteinte fondamentale aux libertés individuelles.
Toutefois, il est des arguments qu’on peut recevoir : Les corps humains sont souvent imparfaits, voire laids, et il ne serait pas décent d’exposer ces laideurs à la vue de tous. Certes, mais s’il fallait ne plus voir de laideur, il deviendrait impossible de sortir de chez soi, l’argument est faible.
Plus sérieusement, il est légitime de penser que les personnes que la nudité totale (et même partielle souvent) choque puissent être qualifiés d’obsédés sexuels puisque d’évidence, la vue d’un corps nu, et particulièrement des parties dites intimes, les met dans un état émotionnel très caractéristique. L’interdiction de la nudité serait donc utile pour les protéger de cet état, leur éviterait la tentation, voire l’agression sexuelle qu’ils ne pourraient pas contrôler. Il est certain que, dans ce cas, la loi trouve toute sa légitimité, son rôle de protection des citoyens contre leurs mauvais instincts.
On peut aussi estimer qu’il est abusif que le souci de ménager une minorité d’obsédés sexuels aboutisse à des interdictions abusives pour une majorité de la population. Car de la même manière, la loi interdit de tuer son voisin. Et pourtant, en principe, les meurtriers potentiels sont une infime minorité (ça se discute). Or la loi qui proscrit le meurtre est valable pour tous !
Personnellement, bien que non adepte de la nudité (sauf pour se baigner dans la mer), je défends le droit pour tous à la liberté de se vêtir, de se chapeauter ou non, d’être nu, à sa guise, en tout lieu et en tout temps.
Comme je l’ai dit un jour à un musulman, je défends le droit des femmes musulmanes à porter un voile sur la tête, même si elles ne savent pas qu’il ne s’agit pas d’une obligation religieuse prescrite dans les textes originaux mais de l’héritage d’une coutume païenne, préexistante à l’islam en Arabie, et intégrée plus tard à l’islam par les dignitaires religieux pour des raisons trop évidentes. En effet je défends aussi le droit à être ignare et abruti. Ainsi que le droit de mépriser les ignares et les abrutis. Le contraire serait absurde.
Or donc, tout un chacun devrait pouvoir se balader dans l’état qui lui sied, avec un voile sur la tête, ou un chapeau de gendarme en papier journal, ou une panoplie d’évêque, mitre comprise (ça j’aimerais bien pour moi, un vieux rêve de gosse), ou à poil avec une plume dans le cul. Des droits absolus : Aucun accoutrement ne mérite de respect particulier, on peut même en rire ou le mépriser, mais en aucun cas l’interdire.
Il n’est pas facile de dire ça. Ma grande mauvaise foi entre parfois en conflit avec mon léger souci d’objectivité. J’ai beaucoup de mal par exemple à soutenir qu’il faille respecter le droit des militaires à se balader en tenue, qu’il s’agisse de costume de parade ou de treillis. Alors qu’au fond de moi-même, je pense que l’humanité se porterait mieux si partout dans le monde on lynchait – avec modération - les militaires vêtus en militaire qui se permettent de parader dans les lieux publics. Même que ça m’emplirait de contentement jouissif. Mais si on pouvait les faire disparaitre d’un coup de baguette magique, ça m’irait aussi. Comme les obsédés sexuels de la nudité devraient le faire, je me soigne et me maitrise.
Tout de même, si nos militaires, le jour du 14 juillet sur les Champs Elysées, défilaient à poil avec une plume dans le cul (Il faudrait prévoir des plumes aux couleurs variées selon les types de militaires), ça aurait de la gueule, et attirerait un public bien plus large qu’à l’ordinaire. La cohésion de la République en sortirait renforcée.
Non pas facile. Parce que si vous dites à un musulman qu’il a bien le droit de voiler sa femme et de l’habiller avec des sacs à patates pour qu’on ne soupçonne pas la vue de son cul, que vous respectez ce droit comme celui de se promener à poil avec une plume (ou plusieurs, un panache de plumes peut être du plus bel effet) dans le derrière, eh bien, il vous dira que non il ne faut pas respecter ce deuxième droit. Les gens sont étranges.
Bon, c’est l’été. Si ça vous dit, apoilez vous sur les plages et abusez du soleil et de l’eau et d’autres réjouissances à l’occasion. Sinon rêvez. Si un gendarme vient verbaliser votre indécente nudité, coiffez-vous immédiatement d’un voile et argumentez que vous êtes en tenue religieuse, ce qui est un droit absolu dans notre belle république. Vous perturberez ainsi ce cher homme qui l’âme déchirée, ira s’enfouir la tête dans le sable des dunes jusqu’à ce que vienne la fin de l’été sur la plage abandonnée.