BOUTS DE MEMOIRE
MAGALI
A l’été 67 et l’année suivante, j’ai exercé le métier de vendeur ambulant dans les trains.
Le vendeur ambulant est ce monsieur qu’on voyait circuler dans les rames poussant un chariot de marchandises diverses dont essentiellement boissons et sandwichs.
Il semble qu’il en existe encore sur certaines lignes.
A cette époque là, le vendeur ambulant était un employé de la Compagnie Internationale des Wagons Lits tout comme la plupart des employés des wagons restaurants.
Le vendeur ambulant arrivait au train qu’il devait desservir avec un chariot transportant casiers à bouteilles, glacière, malle, sacs divers.
Il devait charger tout cela dans le train et s’installer dans un compartiment qui lui était réservé, selon un ordonnancement très précis et édicté par la Compagnie, qu’il fallait respecter sous peine de sanction.
C’était un travail de vente, mais aussi un travail très physique, de par les charges à soulever régulièrement.
Normalement le compartiment du vendeur ambulant ne devait être qu’un entrepôt où il passait recharger son chariot.
les trains de type corail commençaient tout juste à apparaître et les TGV n’existaient pas encore.
La plupart des wagons comportaient des compartiments de 8 places (éventuellement transformables en 6 couchettes pour les trains de nuit, 4 en première classe) bordant un couloir latéral. La réservation d’une place assise n’était pas obligatoire pour monter dans le train.
Pour ces raisons, presque tous les trains se rendant dans le sud depuis Paris étaient bondés et les couloirs encombrés de passagers avec leurs bagages, souvent assis dessus. Précisément je desservais le sud-est : Mes trains se rendaient en Suisse, en Italie, à Marseille, à Nice, ou bien sur en revenaient.
Pour ce qui concerne la Suisse, je descendais à Vallorbe, juste après la frontière française. J’y achetais des cartouches de cigares « meccarillos » que je revendais plus cher à Paris. J’avais des acheteurs pour ça.
C’était sportif car les douaniers inspectaient mon compartiment : je cachais les cartouches dans les casiers techniques du wagon car j’avais une clé qui les ouvrait. J’ai toujours pensé que les douaniers savaient mais s’en foutaient, du moment que je faisais l’effort de cacher mes cartouches consciencieusement.
Je rentrais dans l’après midi, desservant cette fois un train venu d’Italie.
Je faisais aussi des trains de nuit qui partaient vers 20-21h. C’était peu rentable car la plupart des voyageurs avaient mangé avant de monter dans le train.
Je descendais à Dijon quelques heures plus tard. C’était sportif, car le train ne s’arrêtait que trois minutes : Il fallait décharger tout le matériel en ce laps de temps. Il était donc impératif d’arrêter la vente bien avant Dijon, pour amener le matériel près de la porte de sortie.
A Dijon, il fallait se débrouiller seul, trouver un chariot, le pousser soi-même, le boucler dans le local adéquat.
Ensuite nous avions une chambre réservée dans un hôtel face à la gare. Mais il était déjà une heure du matin, et nous devions reprendre un train pour revenir à Paris vers 5 heures : La plupart du temps, je ne me couchais pas et me rendait au centre ville au bar vaguement boite de nuit qu’un collègue m’avait indiqué dès le début. C’était surement le seul endroit ouvert de Dijon durant la nuit et on y trouvait tout ce que la nuit réunit de marginaux et de gens de nuit. Le temps y passait assez vite.
Au petit matin, je récupérais mon chariot, je remplissais d’eau bouillante mon container à café, au robinet prévu à cet effet.
J’avais à nouveau trois minutes pour monter tout mon matériel dans un train de nuit venant d’Italie.
Je versais dans le container les sachets de café soluble, je touillais le tout avec la tringle fermant la malle de mon équipement, ce qui était formellement interdit par la compagnie. Cette pratique devait être bien connue pour qu’elle soit spécifiquement mentionnée comme interdite dans le règlement. Ce qui n’empêchait pas tous les vendeurs ambulants de braver l’interdit.
La compagnie n’avait d’ailleurs rien prévu pour le touillage du café.
C’était ma première arnaque de salopard : d’une part je faisais couler dans le container beaucoup plus d’eau que prévu réglementairement, et d’autre part, j’embarquais avec moi des gobelets plastiques non comptabilisés dans mon barda. Pour résumer, à peu près la moitié de ma vente de café était mon commerce personnel. Evidemment le café était bien clairet. Bah c’était chaud…
Il fallait faire vite, je n’avais plus qu’une bonne heure pour vendre : Dans un premier temps, je parcourais le train en braillant « café, croissants, boissons » et j’ouvrais violemment chaque porte de compartiment : Ca sentait les pieds, le pet silencieux, l’haleine empestée, en comparaison de quoi une tanière de grizzly paraitrait émettre une brise à la senteur délicate.
Ca réveillait les occupants endormis. On m’insultait souvent, je ne m’attardais pas. Au retour, ils étaient tous bien éveillés, et s’agglutinaient autour de moi pour quémander le délicieux nectar que je pouvais leur offrir.
Tout le monde était bien content en somme.
Et il y avait les trains de jour dont la destination était soit Marseille, soit Nice.
Il faut se souvenir qu’à cette époque là, il fallait 8 à 10 heures pour aller de Paris à Marseille et environ 12 pour aller jusqu’à Nice.
Malgré cela je ne voyais pas le temps passer, et quand on arrivait vers Avignon, j’avais l’impression qu’on venait de partir.
Il faut dire que je travaillais sans cesse et que j’avais la santé.
A Marseille et Nice, j’étais logé dans des dortoirs SNCF. J’avais mes soirées sur place avant de « refaire » un train le lendemain matin.
J’en ai profité pour découvrir ces deux villes. Je n’ai jamais aimé Nice, à part peut être le vieux Nice, beau à voir mais un peu trop musée. Quant au reste de la ville, ça suinte l’ennui compassé.
J’ai bien aimé Marseille, spécialement les quartiers situés à gauche de la Canebière en descendant vers le port. J’y adorais le restau popu de l’Etoile où évoluaient des serveuses plantureuses plus toutes jeunes, à l’accent énorme et qui vous font croire qu’elles vous aiment juste avec trois mots et une vanne. J’y ai découvert les pieds paquets et les délicieuses et grandes pizzas provençales, qui ne sont pas des mauvaises copies des pizzas italiennes, j’ai appris ça.
De l’autre coté, il y avait le quartier arabe qui s’étendait jusqu’à la porte d’Aix. Un vendeur ambulant permanent faisant un autre train m’avait conduit dans un bordel de ce quartier : Trop glauque pour moi, je me suis éclipsé sous les sarcasmes du collègue.
Ce type était la perversion incarnée, j’ai rarement vu ça : Dans le train, il avait toujours sur lui un tourne visse. Les trains d’alors comportaient en bout de wagon, une toilette WC et un cabinet lavabo. Quand il voyait une femme entrer aux WC, il se précipitait dans le cabinet lavabo, finissait de dévisser la place de métal le jouxtant et se livrait à son activité de voyeur.
Ces trains pour Nice et Marseille, étaient l’occasion d’autres activités de salopard arnaqueur. Par exemple, il y avait deux sortes de sandwich : Au pain de mie à 1,60, au pain noir à 2,40 : je vendais tout à 2,40. Arrivé à Marseille, c’était environ 100 francs de bénéfice.
A l’arrivée du train au terminus il m’était réglementairement interdit, après l’arrêt du train, de ramasser les bouteilles vides sous les banquettes et les couloirs, bouteilles pourtant consignées 20 centimes.
J’avais une combine avec les employés chargés de nettoyer les trains à leur arrivée : Ils parcouraient les wagons à toute vitesse en trainant des cageots et y entassaient toutes les bouteilles qu’ils pouvaient découvrir. Ils m’apportaient le tout, je leur donnais la moitié de la valeur des bouteilles. Ca aussi c’était un bénéfice d’environ 100 francs, valable uniquement à l’aller : Gare de Lyon, je n’avais personne pour renouveler la combine.
Je vais quand même essayer de me justifier : D’abord quand on est gueux, on est gueux, et pendant ces mois d’été, il fallait que je finance une année d’études, alors les scrupules ...
Et puis surtout merde, la Compagnie Internationale des Wagons-lits était autrement plus arnaqueuse que moi.
Qu’on en juge : j’étais payé 700 francs par mois + 4% sur les ventes.
Au mois de juillet, j’ai appris que j’étais le vendeur de la compagnie ayant réalisé le plus gros chiffre d’affaire, ce qui me valut un supplément de revenu de l’ordre de 5000 francs. Je crois que c’était un bon salaire à l’époque pour un emploi ne demandant pas de qualification particulière.
J’appris par la même occasion, que les trois quarts des vendeurs embauchés pour l’été avaient été virés courant juillet pour avoir commis des vols ou arnaques diverses :J’imagine qu’ils faisaient la même chose que moi.
La compagnie envoyait dans les trains des contrôleurs en civil chargés de fliquer vendeurs ambulants et employés des wagons lits. Ces contrôleurs étaient tous d’anciens vendeurs ou employés, c’est dire s’ils connaissaient les combines possibles. Ces traitres étaient unanimement détestés.
Il semble que je sois passé entre les gouttes des contrôles.
Sur mon chariot, un écriteau spécifiait que le service de 15% était compris, ce qui me faisait enrager puisque si j’avais perçu 15%, j’aurais gagné 16000 francs au lieu de 5700. J’avais donc confectionné un écriteau sur lequel j’expliquais qu’il y avait écrit 15% alors que je n’en touchais que 4%. Ce qui me valait des pourboires supplémentaires, il y a des clients bien compatissants.
Même pour cela, je ne fus pas pris, j’avais bien de la chance à l’époque.
On m’a fait valoir à l’époque que le fixe de 700 francs était une garantie pour le vendeur, car pendant la basse saison il vendait peu et était donc assuré de percevoir au moins cette somme.
Outre qu’il aurait fallu vendre vraiment très peu pour ne pas faire au moins 700 francs avec un pourcentage à 15%, le raisonnement ne tenait que pour les vendeurs permanents : Concernant les vendeurs saisonniers, cette garantie était fictive, et représentait un prétexte pour moins les payer. Une raison pour eux de trouver des combines de compensation…
L’ENNUI ET LE DESIR
Outre d’être pourvoyeur de boisson et d’aliments le vendeur ambulant était une attraction pour les voyageurs, au même titre que les contrôleurs ou même les employés du wagon restaurant.
C’est long un voyage de 10 heures, assis dans un coin de compartiment. L’attente de l’un des personnages d’accompagnement du train est une occupation et leur personne bénéficie d’un intérêt, spécialement pour certaines dames.
Ce fut mon cas, et sans prétention c’était bien normal, j’étais jeune, mignon, grand, plutôt bien foutu et mince à l’époque, et qui plus est aimable et pas inculte. Assez je pense pour alimenter quelques fantasmes au rythme lancinant du train.
Cela me valut quelques rendez vous le soir à Nice et surtout à Marseille, ainsi que de furtifs accouplements dans les toilettes pour les trains de jour, ou dans un compartiment inoccupé pour les trains du soir.
Mais j’ai vu séduire, des personnes moins dotées, a priori, d’armes de séduction : J’ai vu ainsi un cuisinier du wagon restaurant se faire draguer dans sa cuisine, et retrouver après repas sa dragueuse dans un compartiment vide. Ce type avait un physique répugnant : déplumé avec quelques restes de cheveux fillâtres, un visage rouge carmin, une lippe dégoulinante… Tout peut plaire, semble-t-il.
Une autre fois dans un train bondé, les deux contrôleurs officiels viennent me saluer comme il était de coutume. Ca ne se sentait généralement pas, mais ils étaient mes supérieurs hiérarchiques et il convenait de ne pas leur déplaire. On m’avait enseigné dès le début que la convivialité impliquait de réserver aux contrôleurs les deux seules bouteilles de vin rosé du paquetage. Je leur offre donc leur du, ils boivent et s’en vont faire leur contrôle.
Une heure plus tard, arrive devant mon compartiment un troisième contrôleur :
Ah vous êtes à trois aujourd’hui ?
Il m’a expliqué : Certes il était bien contrôleur mais pas en service. Il était dans le train car partant en vacances avec sa petite famille.
Or il se trouvait que l’un de ses collègues en service avait une bonne fortune qu’il brulait de concrétiser au plus vite. Le contrôleur en vacances avait donc endossé le costume de son collègue en service et faisait son boulot, pendant que l’heureux homme forniquait dans le compartiment privé des contrôleurs.
Les compartiments ne se ferment à clé que de l’extérieur. Les contrôleurs avaient sur moi l’avantage d’être deux : Si l’un souhaitait s’enfermer, son collègue pouvait le boucler le temps « nécessaire ».
C’est aussi dans le train que j’ai rencontré Elisabeth, belle sœur de Walter, l’alors président de Provoya (qui devint Allostop) et qui m’embaucha plus tard.
C’était un train spécial, un train « bon dimanche », une formule SNCF d’alors. Les participants partaient le matin, rentraient le soir. Entre temps, ils visitaient quelque monument, genre château de la Loire.
La quasi totalité des participants étaient des personnes âgées, de vrais enfants qui « jouaient au train ». Avec un collègue, on leur servait des plateaux repas en plastique enveloppés de cellophane, ils trépignaient dans l’attente, anxieux de jouer à la dinette. Après quoi, bien que l’arrivée soit prévue une heure plus tard vers 22-23 heures, ils éteignaient les lumières, fermaient la porte du compartiment, faisaient mine de dormir, et jouaient au train de nuit.
Elisabeth avait offert ce voyage à sa mère. A l’extinction des feux, elle se retrouva seule dans le couloir à fumer une cigarette. Il aurait été très mal élevé de ma part de la laisser ainsi seule exposée à tous les courants d’air. Je lui fis donc une conversation qui dut lui plaire puisqu’elle accepta de me suivre dans un compartiment tranquille où nous fîmes plus intime connaissance. La suite est une autre histoire.
Et puis, il y eut Magali. Je l’ai prénommée Magali car je n’ai jamais connu son prénom. Je l’ai ressentie comme provençale, et le prénom Magali m’a toujours paru comme étant le prénom symbolique des femmes et filles de cette région.
Le train débordait déjà de voyageurs entassés dans les couloirs quand il arriva en gare d’Avignon.
Impossible pour moi d’entamer une tournée avec le chariot, il ne passait pas. Dans ces circonstances, mon devoir, selon la compagnie, était d’entamer un déplacement équipé de la « caisse ».
Il s’agissait d’une caisse arrondie qu’on fixait aux épaules et à la taille par des sangles et qu’on avait donc devant le ventre. Le règlement prévoyait qu’on devait y entasser des bouteilles en pyramide. De plus, on devait tenir suspendus aux poignets des sacs contenant sandwichs et friandises. C’était assez grotesque, un peu du genre « homme orchestre ».
J’ai tenté l’aventure deux ou trois fois, obligé de rebrousser chemin avant d’avoir fait cinq mètres.
J’ai appris que c’était autrefois – avant le chariot – le mode de déplacement usuel des vendeurs ambulants. C’est pour cette raison qu’il n’y avait pas vraiment d’ « anciens » parmi eux, même parmi les permanents : Les vrais anciens avaient tous la colonne vertébrale bousillée, et étaient soit en invalidité, soit en procès avec la compagnie.
A Avignon, il y avait aussi beaucoup de monde attendant le train.
Il m’était interdit de vendre pendant les arrêts en gare, pour ne pas faire de concurrence aux vendeurs avec charrettes qu’on trouvait sur les quais. C’était donc un moment de repos pour moi, pendant lequel je pouvais un peu regarder autour de moi.
Quelques voyageurs descendirent mais ceux qui montèrent étaient plus nombreux.
Il faisait clair, beau et chaud, ça criait, se bousculait, ça s’interpellait, joyeuse cohue. Je vis monter deux femmes accompagnées d’enfants, nombreux, au moins quatre, il me semble. Elles devaient avoir une quarantaine d’années, des vieilles pour moi à l’époque, mais girondes, et ce n’était pas pour me déplaire. Elles avaient l’accent du midi, ça s’entendait quand elles régentaient les enfants. Elles devaient avoir réservé des places car elles avançaient dans le couloir de manière déterminé regardant le numéro à chaque compartiment.
Arrivées à hauteur de mon compartiment, elles s’immobilisèrent un instant, et puis, celle que j’ai baptisé Magali, déclara qu’il devait faire bon dans mon compartiment, me demanda de la laisser entrer un instant pour se rafraichir.
Je n’eus pas le temps de l’autoriser qu’elle était déjà entrée, s’émerveillant de l’état de fraicheur du lieu, découvrant la glacière, posant ses mains dessus puis soudainement se soulevant pour se retrouver assise dessus en riant aux éclats, le cul au frais.
L’autre femme riait aussi de la folie de Magali. Magali l’incitait à entrer »tu vas voir comme on est bien ! » .
Elle déclina l’invite, déclarant qu’il fallait qu’elle aille prendre les places et installer les enfants : « Mais reste si tu veux, pas besoin de toi ! »
Magali lui lança : « je viendrais te chercher si tu veux ».
Je compris un peu après ce que Magali voulait dire par là. Mais je sus très vite ce qu’elle voulait dans l’immédiat. Et j’ai rarement vu une femme le savoir autant.
Je me retournais pour constater qu’elle était en train d’ôter sa culotte qu’elle envoya valser sur un casier à bouteilles.
« Ferme la porte et viens » : Elle savait ce qu’elle voulait et aussi faire le nécessaire.
Elle ne savait pas que je ne pouvais pas fermer la porte de l’intérieur.
J’ai entassé en vrac la malle et des casiers devant la porte, ça ne bloquait pas grand chose. Sur le couvercle d’acier de la glacière, Magali s’était laissé coulé jusqu’à avoir les fesses sur le bord, les jambes en l’air largement écartées. Elle était très bronzée, mince, assez grande, quelques plis de peau sur le ventre, elle avait des sillons profonds partant du nez et entourant les lèvres, voilà ce dont je me souviens, l’ensemble était charmant, excitant, j’en eu très envie.
Les hommes sont toujours un peu ridicules dans cette position, pantalon et slip aux pieds, qui plus est tenant la porte d’une main pour résister à toute tentative d’intrusion malvenue, preuve d’une excellente capacité à coordonner mes mouvements, et je n’en ai pas moins honoré, au mieux de la situation, sa Provence, sa figue chaude et ouverte. Elle ne sembla pas me tenir rigueur de la brièveté de l’échange, il ne pouvait en être autrement. Je crois que pour elle, comme pour moi, l’essentiel était de vivre ce moment d’excitation intense, cette pulsion primitive…
Elle a sauté sur ses pieds, m’a donné un baiser rapide, et est sortie, sous le regard étonné des personnes du couloir, en m’annonçant qu’elle m’envoyait sa belle sœur.
Grande utopie hélas. Parce que dehors les clients attendaient, et il y eut bientôt des mètres de queue devant ma « boutique ». Ils voulaient tous des bières bien fraiches, je n’avais plus que de l’eau fraiche : A Lyon, mon ravitailleur en pain de glace m’avait posé un lapin.
Je trempais les canettes dans l’eau et les vendais mouillées, ce qui donnait une impression de froid.
Réglementairement, j’avais disposé le couvercle de la glacière en travers de l’entrée, reposant sur des casiers de chaque coté.
A chaque fois que je sortais une bière de l’eau, je la posais sur ce couvercle humide et à chaque fois un quart de seconde me passait en tête le cul nerveux de Magali et son abricot juteux, douce torture…
Elle vint la belle sœur, passant devant la file d’attente. Elle constata comme moi l’impossibilité des choses. Nous nous parlâmes brièvement à voix basse, je proposai un rendez vous pour le soir, qu’elle accepta : Elle seule, ou Magali, ou les deux, elle ne savait pas, les enfants à garder… Je proposais de lui donner la culotte oubliée de Magali, elle sourit et suggéra que je l’apporte le soir.
Le rendez vous était en haut de la Canebière, devant une église dont j’ai oublié le nom. J’avais déjà eu rendez vous là, ça me paraissait tranquille.
Elles ne vinrent pas. Je fus déçu mais j’aurais du m’en douter, on ne prolonge pas un temps de vie et de pulsion immédiate par un rendez vous plan plan ordinaire.
J’en fus quitte pour aller me taper une mauvaise bouillabaisse au vieux port. J’exagère, ce n’était pas immonde, et une culotte dans ma poche me tenait compagnie. Je l’ai jetée dans l’eau du port.