FORFAITURE
Ce n’est sans doute pas charitable mais le charitable n’est vraiment pas le fort de l’individu, et donc il est bien plaisant de se lever bien au chaud et d’apprendre en prenant son café que Nicolas Sarkozy a passé la nuit en cellule.
(Finalement il a obtenu de pouvoir passer la nuit chez lui. Régime spécial)
Certes il doit s’agir d’une cellule de luxe et les viennoiseries du matin doivent être choisies. Mais quand même, ça lui fait les pieds à la petite crevure. Pourquoi bouder hypocritement son plaisir.
Et puis surtout, on ne s’attendait pas à ce que la police et – on peut l’espérer – la justice à sa suite, s’occupe activement de ce dossier. Les faits ont été largement révélés et expliqués par plusieurs media, les preuves sont là, il n’y avait plus qu’à instruire.
Bien sur il ne faut pas rêver, il est peu probable que ça aille jusqu’au bout comme dans plusieurs affaires de Sarkozy. Généralement on en arrive à une fin qui tourne en eau de boudin, dont il ressort un embrouillamini indiquant la responsabilité de l’intéressé dans les faits évoqués mais aussi l’impossibilité juridique de le condamner. Ce qui lui permet de se dire innocenté.
Dans cette affaire, par exemple, on voit bien comment les avocats pourraient plaider que Sarkozy a bien reçu des fonds de Kadhafi mais qu’ils n’étaient pas destinés à sa campagne présidentielle, il s’agissait seulement d’un don d’un ami à un autre ami sans destination particulière. Rien ne prouve en effet que les enveloppes contenant de l’argent liquide reçues par les animateurs de la campagne contenaient des billets fournis par le colonel libyen. Et si on lui demande où est passé l’argent, il expliquera qu’il allait de nuit et en cachette (par pudeur) le distribuer aux nécessiteux. C’est spécieux mais ça marche comme ça la défense des avocats.
Et si les juges acceptaient cette version, il leur resterait à condamner Sarkozy à un lourd redressement fiscal de 50€ pour n’avoir pas déclaré au fisc le don amical de son ami. Ordinairement, pour Sarkozy comme pour d’autres de même acabit, c’est comme ça que ça se termine.
Cependant, il n’est pas sûr que ça marche encore cette fois. Il semble qu’il soit en passe d’être vraiment jugé dans l’affaire Bygmalion. Et surtout, les déclarations de ses amis sont, en leur majorité, bien tièdes : Respect de la présomption d’innocence, rien de plus. Il y a début et préparation de lâchage, ce qui signifie qu’ils savent que cette fois il va avoir du mal à s’en sortir. Il convient donc de s’en démarquer pour s’en laver totalement les mains le moment venu. Avec le Fillon, ça commence à faire beaucoup de cadavres à enterrer dans le fond du jardin.
Mais finalement tout cela est bien dérisoire et sans surprise. On sait bien que Sarkozy est une petite crapule sans foi ni loi, comme bien d’autres personnages très importants sous la cinquième république. De la délinquance ordinaire en quelque sorte. Et avec Wauquiez, la relève est assurée.
Là où on entre dans un registre autrement supérieur, c’est lorsque Sarkozy décide de faire la guerre au régime libyen de Kadhafi. Parce que cette fois, il y a fort soupçon que le but de guerre soit essentiellement d’effacer les preuves du financement libyen de sa campagne présidentielle, et ses accointances avec ce régime en général. Pour effacer ces preuves, il faut effacer les individus susceptibles de causer. Et on sait que c’est essentiellement à cela que se sont employés les commandos français débarqués en Libye à la fin de la guerre. Ils ont été efficaces mais il est resté quelques témoins, hélas pour Sarkozy.
Les preuves de l’ordre de liquider les individus compromettants ne vont pas être trouvées dans l’immédiat. Dans 30 ou 50 ans peut-être. Et on peut imaginer que ces ordres sont avant tout verbaux. On ne peut qu’espérer le désir de parler de tel ou tel responsable civil, politique ou militaire. Peu de chance.
C’est pourtant trop simple : Pourquoi aller bombarder la Libye, un pays dont on recevait en grandes pompes le dirigeant peu de temps auparavant. Prétendre qu’il s’agissait de se débarrasser d’un méchant dictateur pour libérer le peuple opprimé en soutenant quelques rebelles, ça fait franchement rigoler dans le monde cynique des relations internationales. Il n’y avait pas d’autre motivation sérieuse, que celle de l’intérêt de Sarkozy à faire disparaitre toute trace d’un épisode honteux de sa carrière.
Et un président qui déclenche une guerre, mettant en œuvre les moyens militaires de son pays, uniquement pour effacer ses petites turpitudes passées, on appelle ça une forfaiture. Une forfaiture, une saloperie absolue, qui mériterait la prison à vie dans un cul de basse fosse…Si on pouvait la prouver.
Sarkozy a bénéficié dans cette entreprise de l’agitation de son bouffon, idiot utile, le BHL. Celui-ci s’est agité dans l’entreprise humanitaire en faveur du peuple libyen. Cette préparation gratuite d’artillerie idéologique a permis à Sarkozy de foncer. Aujourd’hui, on mesure toutes les conséquences catastrophiques de l’entreprise : Islamistes florissants en Libye et dans tout le sahel, sans parler de la question des migrants.
On peut quand même sourire : La détention de Sarkozy a déclenché les réactions amusantes de deux dames.
D’abord la merveilleuse Nadine Morano hurlant littéralement son amour du Sarkozy et concluant sa diatribe par une étrange comparaison : Sarkozy a fait 83 lois en cinq ans, et Macron 42 en 10 mois. ??? On se gratte la tête. Peut-être faut-il comprendre que Sarkozy, lui, était raisonnable et ne faisait pas des lois pour tout comme on débite le boudin ? Curieux tout de même. Si quelqu’un a une explication, elle est la bienvenue. Mais c’est sans doute une logique moranesque interne, la gélatine noble de son cerveau n’a pas encore dévoilé toutes ses subtilités.
Et puis l’ineffable Ségolène Royal, qui se fait la réflexion que sans ce financement illégal de sa campagne par Kadhafi, Sarkozy aurait peut-être bien perdu l’élection et qu’elle, Ségolène, aurait été présidente et que le cours de l’histoire en eut été changé. C’est vrai ça. On comprend son amertume. Ce serait sympa cet été, un jour de grand soleil, de lui faire une cérémonie d’investiture dans un lieu prestigieux, dans la cour du Louvres par exemple. On irait l’applaudir gentiment, en mangeant des frites et des gaufres, ou en suçant des glaces à l’eau, et on l’élirait reine d’un jour, « elle le vaut bien ». Et le soir, elle ouvrirait le bal sous les flonflons. Ce serait pour de rire. Et on se dirait qu’on devrait tout faire pour de rire, tous les jours. Et on oublierait qu’il existe des Sarkozy.