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Ault Onival

 

AULT ONIVAL

 

C’était en été. Avec mon frère, nous étions en haut d’une citadelle, derrière les remparts. Par les créneaux, nous observions la mer, nous l’attendions de pied ferme, sereins et fascinés. C’était marée haute et bientôt, elle fut là, au pied de la citadelle. Et puis elle la contourna, l’encercla. Soudain en nous retournant, nous avons constaté que les murailles arrière s’effondraient sous les coups de boutoir des vagues. Mais le devant de la construction paraissait solide. Mon frère semblait s’y connaitre, il me rassura, elle tiendrait, nous ne risquions rien.  

 

Je me sentis soulevé. C’était mon père, et bientôt je me retrouvais dans ses bras. Il parlait fort, criait même. D’évidence, il en voulait à mon frère. Mon père avait de l’eau jusqu’aux genoux. Il me porta jusqu’à la plage plus haut, au sec. Mon frère suivait, mon père continuait à L’engueuler et il ne tarda pas à lui décocher une baffe bien sentie.

 

Nous avons pris l’escalier, atteint la jetée et la petite rue qui menait à la location de vacances. Ma mère nous y attendait pour le déjeuner. A table, mon frère continua à se faire sermonner, il était responsable de moi : je devais avoir entre 4 et 6 ans, lui, 4 de plus. Je crois bien qu’il quitta la table, sans doute privé de dessert, ou quelque chose comme ça. Et je crois bien aussi que mes parents se disputèrent entre eux, ma mère reprochant sans doute à mon père de ne pas avoir surveillé ses garçons chéris.

 

Cet épisode bien banal m’inspire deux réflexions.

 

D’abord, je m’étonne d’en avoir des souvenirs si précis 65 ans après. Je me rappelle bien ce qui restait du château de sable, je le visualise pendant que mon père me portait. Je me souviens aussi du corps de mon frère à côté de moi. J’ai en tête la vue de la plage depuis la mer, mi sable, mi cailloux, l’escalier de ciment, la rue qui menait à la location, la salle à manger étroite, la table prenait tout l’espace. La location était en étage, dans une petite rue pas loin de la plage, mais sans vue sur la mer.

 

C’était à Ault Onival, une petite station balnéaire sur la Manche, au-dessus du Tréport. Genre, du moins à l’époque, de lieu de vacances pour « congés payés ». Très prolo, très 36. Je viens de remarquer sur Google qu’aujourd’hui on dit plutôt « Ault » tout court, ça doit faire plus chic j’imagine. La mer devait forcément être froide et le soleil intermittent, mais je n’en ai pas le souvenir.

 

L’autre réflexion – elle vient forcément à l’esprit – concerne l’inconscience ou l’irresponsabilité de mon frère. Il savait nager, pas moi. Et quand mon père est arrivé, si j’avais dû me mettre à l’eau et marcher jusqu’à la plage, j’aurais déjà été immergé à hauteur de poitrine. J’ai été sauvé par le bouffe : C’était l’heure du déjeuner et ma mère ne nous voyant pas revenir a envoyé mon père nous chercher. Merci la bouffe, je l’ai bien honorée depuis.

 

Mon frère a-t-il voulu me noyer ? Consciemment ou pas ? Ce distingo est sans doute sans importance, c’était probablement un mixte, un désir flou que l’autre disparaisse. C’est très fréquent entre frères. A cette époque, je n’ai pas du tout ressenti cela. Mes parents peut-être l’ont-ils pensé.

 

Si intention de m’éliminer il y a eu, c’était simplement une jalousie intra-fratrie, et dans ce cas précis, on ne peut que souligner que j’étais le petit dernier, et que donc j’avais pris sa place, et qu’en dehors de mes parents, il y avait mes deux grandes sœurs – 12 et 13 ans de plus que moi – qui passaient leur temps à me bichonner depuis ma naissance. Il y a de quoi attiser l’envie de m’effacer, pas la peine de chercher plus loin, cette envie était en fait de la normalité.

 

Il reste que la précision de mon souvenir me fait penser que, sans en avoir eu la conscience précise, j’ai peut-être eu une impression plus profonde qu’il n’a paru de la signification de l’épisode. Ce qui pourrait expliquer la distance de mes rapports avec mon frère pendant plusieurs décennies.

 

(Il me revient à l’instant avoir dit à mon frère que si nous nous retrouvions au milieu de l’eau, alors nous n’aurions rien à manger. Il avait résolu le problème en confectionnant des patates avec du sable mouillé, ce qui a suffi à me tranquilliser. Que cela marche bien avec un enfant de 4-6 ans, ok, mais avec un gamin de 8-10 ans, non. Ou alors il était très con, ce qui n’était pas le cas. Clairement, il y avait une volonté, trouble ou non, de prolonger et d’aller jusqu’au naufrage du château de sable -qui était peut-être bien un bateau, ça je ne me souviens pas -. Pour le plaisir du défi de l’eau, ou pour me noyer ? Va savoir.)

 

 

 

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R
Bah non inutile, je viens de faire mon analyse tout seul...
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L
psychanalyste alors??
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