5 DECEMBRE
C’est curieux tout de même ce 5 décembre qui vient : Voilà plus d’un mois qu’il nous est annoncé comme le grand chambardement, la mobilisation générale, avec son corollaire le chaos total.
Et cette formidable promotion d’un mouvement de grève est effectuée par ceux qui le redoutent et le disent inutile, à savoir le gouvernement, tous ses partisans et porte-paroles et tous ses media à l’unisson, spécialement les chaines dites d’info.
De l’autre côté, les syndicats s’emploient activement, on peut l’imaginer, à mobiliser, mais a contrario ne font aucune prévision de chiffre, aucune prédiction de victoire et adoptent un simple positionnement « de bon ton » sur une opposition ferme à la réforme des retraites. Modeste prudence, qui permet de ne pas perdre la face si la mobilisation n’est pas triomphale.
En se faisant ainsi les hérauts de la grève, le gouvernement espère, d’évidence et dans un calcul un peu infantile, me semble-t-il, et surtout sans ambition, que la mobilisation ne sera que correcte, et qu’il lui sera alors facile de se gausser et de stigmatiser les irresponsables qui bloquent le pays et les bons français usagers des transports et autres services, pour leurs petits intérêts catégoriels, et refusent de négocier raisonnablement.
Le principal argument polémique, mis en avant par monsieur Macron lui-même, serait que toute cette mobilisation n’aurait d’autre objectif que de défendre les « privilèges » des 3% de salariés qui bénéficient de régime de retraite spéciaux. On se prend à rêver que ce serait vrai, que des dizaines de millions de personnes seraient capables de se battre pour qu’un petit groupe d’entre eux ayant obtenu des avantages (si c’est vraiment le cas) puisse les conserver, et même qu’ils iraient jusqu’à dire que maintenant tout le monde doit y avoir droit aussi.
Bien évidemment, c’est un beau rêve, ce n’est nullement le cas. Parce que si sans doute un nombre important de salariés lambda adhère encore à cette critique des privilégiés des régimes spéciaux, ils sont aussi de plus en plus nombreux à commencer à s’en foutre dans la mesure où ils se rendent compte qu’il n’y aura pas de vase communicant, que ce n’est pas en supprimant un avantage aux uns que les autres vont toucher ne serait ce qu’un seul centime de plus.
Et donc, s’ils se battent, c’est contre le principe général de passage à une retraite à point, pour garder une retraite au moins de même niveau, fondée sur le principe de solidarité, via le financement par cotisation, garantie de retraite minimale en cas d’attaque frontale contre leurs retraites.
Le gouvernement reproche aux syndicats de s’opposer à un projet de réforme qui n’est pas précisé. C’est vrai mais depuis deux ans qu’on y travaille, il serait peut-être temps que ce gouvernement ait le courage de mettre sur la table son projet enfin finalisé. Devant la mobilisation annoncée, il déclare maintenant qu’il va le faire, comme s’il allait justement s’y mettre, alors qu’il ne s’y résout que poussé par le mouvement. Jeu de cons pétocheux, magouilleurs irresponsables.
Peut-on se fier aux calculs des spécialistes ? Le gouvernement n’assure pas que sa réforme modifiera le montant des retraites. Il n’en dit rien et c’est inquiétant. Il dit qu’elle sera « juste » : En clair, les privilégiés n’auront plus de privilège. Les « économistes » coté salariés, estiment qu’elle entrainera une baisse moyenne de retraite de 15 à 20% pour les futurs retraités. Difficile de savoir quand soi même on n’a pas les éléments ni la capacité de calculer ni vérifier les chiffres.
Alors on a l’expérience, le raisonnement tout bête. Difficile d’imaginer qu’une réforme menée par un président favorable à un ultra-libéralisme sans frontière puisse prévoir un système qui augmenterait le montant de retraites d’un système collectif. Le rêve intime des partisans de ce système socio-économique est de parvenir progressivement à une quasi-disparition des garanties sociales collectives pour les réorienter vers des protections individuelles, des assurances privées, pour ceux qui le voudront et le pourront. Dans cette optique, la protection sociale doit se réduire à ne concerner que les pauvres, sous la forme d’aides publiques ou privée, la charité, et surtout pas dans le cadre d’une solidarité collective organisée.
Macron annonce qu’aucune retraite ne devra être inférieure à 1000 euros. Quelle blague, quand c’est le gouvernement qui fixe la réévaluation en fonction de l’inflation, qui fixe la valeur du point de retraite, aucune garantie de rien. De plus en plus, les salariés sont dépossédés de la maitrise de leurs protections sociales qui avaient été mises en place sous une forme essentiellement mutualiste. En tout état de cause, il n’est pas nécessaire de se projeter dans l’avenir : La réévaluation des retraites selon l’inflation aujourd’hui se fait - et surtout ne se fait que- en fonction des décisions gouvernementales. D’où une baisse en valeur absolue de toutes les retraites, seules les plus misérables bénéficiant de petits coups de pouces. Au-dessus les petits retraités sont les plus impactés. Alors inutile de rêver à des retraites au montant garantie dans l’avenir.
Il est un domaine d’énorme économie et bénéfice pour les salariés qui consisterait à supprimer toutes les mutuelles de santé, toutes les caisses privées de retraite, qu’elles soient associatives, bancaires ou autres, et à intégrer tous ces organismes sangsues parasitaires au corps central de la sécu.
Il y a là un fric dingue, comme dirait Macron, prélevé dans la poche des salariés, et qui disparait dans la poche des actionnaires, conseils d’administrations pléthoriques, emplois quasi fictifs. Les centaines d’administrations nationales de ces organismes sont comme autant de doublons dispendieux de la sécu, des pompes à fric, des escroqueries des travailleurs. Les calculs les plus sérieux ont été faits, ils disent tous qu’il n’est plus besoin de prévoir de grandes réformes si on récupère cet argent pour les retraités, pour leur santé, pour les équipements. Les plus optimistes parlent même de meilleurs remboursements de santé, d’augmentation des retraites.
Le montant prévisible des avantages à en retirer est évidement là aussi discutable. Tout comme pour la perte de revenu en cas de retraite à point, nous ne sommes pas tous, et pratiquement fort peu, en mesure de faire ces calculs ni même de les vérifier. Il semble bien cependant qu’il y ait gros à récupérer.
Pendant un temps, la France insoumise avait mis à son programme la suppression des mutuelles de santé et leur intégration à la sécu. Je n’en ai plus entendu parler depuis longtemps. Je crains fort que cela ait été mis de côté. Ça se comprend : D’abord parce que ce serait techniquement très compliqué, mais ça se surmonte, et surtout parce que de telles mesures sont des déclarations de guerre au monde national et international de la finance. C’est l’ouverture de la guerre économique, voire plus si nécessaire, mais le plus souvent, ça se termine par la démission du gouvernement miné par le blocus économique et le chaos qu’il provoque, ou bien le renoncement de ce gouvernement à son programme. Bah oui, si on oublie qu’il n’existe que des rapports de force et que tant qu’on n’a pas compris qu’il y a des adversaires comme la finance internationale qui ne peut qu’être opposée vitalement aux intérêts fondamentaux du monde du travail et même à une majeure partie du monde de l’entreprise, on ne peut que perdre sur l’essentiel. Au mieux, si on a établi un très bon rapport de force, on peut espérer la concession de quelques miettes des chargés de mission de la finance, les gouvernants : Faut avoir la foi pour se battre pour si peu mais parfois c’est vital. A moins de savoir manier mondialement les couteaux. (C’est une image !)