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Vous avez dit "celte"?

FESTIVAL INTERCELTIQUE :

VOUS AVEZ DIT « CELTE » ?

 

Qu’est ce qu’il faut pas entendre comme conneries à cette occasion : conneries aimablement folkloristes diront certains, mais facilement racialistes si on considère le fond du sujet.

 

Alors petite mise au point :

 

Les Bretons à l’origine – habitants de l’Armorique ou Bretagne, province française d’aujourd’hui – sont des gaulois identiques aux autres gaulois de la Gaule dite « chevelue », d’Anjou comme d’Auvergne, etc …

Ces bretons parlaient une langue gauloise.

 

Cette Bretagne a été conquise par les romains comme le reste de la Gaule, et a été romanisée, particulièrement en ce qui concerne la langue. Comme ailleurs en Gaule, au fil des siècles les bretons ont oublié le gaulois et se sont mis à parler latin ou des variantes de cette langue.

 

Pendant cette période, les iles britanniques sont peuplées de celtes, population proche des gaulois. Leur langue a les mêmes racines que les langues gauloises tout en étant différente.

L’occupation romaine a été moins prégnante en Angleterre qu’en Gaule et elle n’a pas réussi à y éradiquer la langue celte. 

 

Au cinquième siècle, l’Angleterre est envahie par les scots, les angles et les saxons, tribus germaniques (1). Ces envahisseurs massacrent, assimilent, repoussent ou chassent.

Ils repoussent vers le pays de Galles, la Cornouaille, le nord ouest de l’Angleterre. Ils chassent (ou bien leur victoire incite à l’émigration) vers l’Ecosse, l’Irlande, la Galice et …l’Armorique.

Ces celtes, vaincus chez eux, vont bénéficier, une fois débarqués en Armorique, d’un heureux concours de  circonstances pour s’imposer :

 

L’empire romain d’occident est en pleine déconfiture, c’est sa fin, il ne contrôle plus rien, ne défend plus rien, ni la Bretagne ni rien en Gaule. La Bretagne romaine n’a bientôt plus de maitre, plus de direction (2) et il n’y a aucune concurrence pour prendre la place.

 

Les envahisseurs germaniques venus du nord par le continent, semblent avoir d’autres chats à fouetter : Les vandales traversent la Gaule en pillant et vont s’établir en Andalousie, les wisigoths vont s’installer en Espagne et dans le sud ouest, les burgondes envahissent ce qui seront les Bourgognes, la vallée du Rhône, la Provence ; quant aux francs ils se disputent la Neustrie et l’Austrasie, globalement des territoires situés autour des vallées intérieures de la Seine et la Loire, ainsi que des régions comme les actuelles Picardie,  Lorraine ou Champagne.

 

Mais, la Bretagne, chez les germains, tout le monde s’en fout. (3)

 

Les envahisseurs celtes ont su saisir l’opportunité : ils imposeront leur domination sans grande difficulté malgré des résistances locales sans unité.

Pendant la deuxième moitié du quatrième siècle, c’est surtout en tant que soldats au service de Rome qu’ils commencent à s’installer.

En 410 Rome abandonne complétement l’Angleterre (et peu après, progressivement, toute la Gaule) et c’est après cette date que commence une véritable émigration de population celte, les « brittons », vers ce qui va, à partir de cette époque, porter le nom de Bretagne.

 

On ignore l’importance de cette migration en nombre de personnes. On sait seulement qu’il ne s’agit que d’une petite partie de la population celte d’Angleterre (La majeure partie demeure sur place et s’assimilera aux anglo-saxons) et que la population autochtone de Bretagne n’a ni été éliminée ni chassée par cette émigration mais a seulement été dominée.

 

Les celtes vont créer un royaume puis un duché et leur langue va s’imposer sur toute une large partie ouest de la Bretagne. L’autre partie parlera le gallo, une variante du français, d’origine latine évidemment.

 

Alors ? Alors les bretons ont bien le droit de revendiquer de parler la langue de l’envahisseurs de leur choix, en l’occurrence  celle des celtes d’Angleterre au détriment de celle des romains.

 

Mais sans raconter de salades : Le breton actuel est la langue de l’envahisseur celte, et pas la langue d’origine des bretons qui était le gaulois.

 

Par ailleurs, même s’il y a eu évidemment mélange de population entre dominés et dominants, ce ne sont pas ces quelques milliers de celtes débarqués qui ont pu modifier le fond ethnique de la population bretonne :

Quand une commentatrice bretonne parle à la télévision de « nos cousins gallois », il y a dérive: S’ils sont cousins, ce serait au millième degré (4).

 

Anecdotiquement, quand on assiste à une bourrée auvergnate dansée en costume folklorique au son de la cabrette (sorte de biniou auvergnat), on pourrait facilement se croire en Bretagne.

 

Que tous ces celtes et celtisés s’aiment, fassent la fête et s’embrassent sur la bouche, c’est fort bien et bravo.

Mais la réécriture de l’histoire peut couvrir des intentions pas toujours nettes.

 

(1)Pour certains historiens les scots seraient des celtes mais différents de la population celte autochtone d’Angleterre.

 

(2)Il reste éventuellement, ici et là, des potentats locaux, fidèles ou non à Rome, qui ne feront pas le poids que ce soit face aux barbares germaniques ou face aux celtes.

 

(3) Du moins au début des invasions barbares : par la suite les rois francs créeront la marche de Bretagne  -comprenant Nantes et Rennes- pour contrer l’éventuelle menace bretonne.

 

(4)L’expression « nos cousins québécois » apparaît légitime car elle désigne un double cousinage réel : culturel et ethnique.

Bretons et gallois sont proches en cultures, et non pas ethniquement : on pourrait dire sans difficulté qu’ils sont frères car on comprend de suite, dans le mot « frère » qu’il ne peut s’agir que d’une fraternité culturelle.

 

Parler de cousinage entre eux, c’est, en revanche, introduire l’idée d’une proximité  ethnique qui n’existe pas, et ce peut être le départ d’une manipulation de l’histoire susceptible de donner une toute autre couleur politique au festival interceltique.

 

 

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