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Viannay

                                               VIANNAY

Il y a en ce moment, à la mairie du 2eme, une exposition Philippe Viannay, ancien directeur du CFJ (Centre de formation des journalistes), qui se trouve rue du Louvre dans le même arrondissement. Il y a même un appel de fond concernant cette expo, je n’ai pas bien compris à quoi doivent servir les fonds récoltés. Je ne risque pas de donner.

Si Philippe Viannay intéresse, le mieux est d’aller voir cette expo. Mais je vais quand même en dire quelques mots, moins extasiés, et surtout dire son intervention nocive dans ma vie.

Il ne serait pas très difficile de dresser un portrait en contrejour de Philippe Viannay. Il restera toujours son incontestable passé de résistant actif, courageux et efficace, même si on sait qu’il fut avant guerre membre de l’Action française, et même vaguement pétainiste pour peu de temps, et bien moins longtemps que bien d’autres.

Pour le reste, il n’y a rien à dire de sa participation au centre des Glénans, sorte de scoutisme nautique.

Concernant la fondation du CFJ, il y avait lieu d’applaudir tant qu’il fut financé par la presse progressiste issue de la résistance. Après ce fut la dérive et la mainmise de forces financières sur ce centre, avec l’aval  et la volonté de Viannay. Mais, circonstances atténuantes, il voulait sauver son enfant. La dérive se poursuit aujourd’hui, centre de formation de clones dociles, ça ne marche pas toujours, la nature humaine est parfois rétive.

Quant à la presse, surtout l’Obs, Viannay y représenta un courant de droite à une époque ou cet hebdo était encore engagé à gauche. Rapporté à aujourd’hui, on dirait que Viannay serait macroniste.

Anachronisme certes, mais qui se justifie dans la mesure où le macronisme semble relever d’un éternel positionnement politique éthéré de droite, lié à un comportement personnel en accord, qui semble traverser l’humanité au fil des siècles et des millénaires. Nul doute que ce genre d’engins apparaissait ainsi régulièrement dans les cavernes des hommes de la préhistoire.

Viannay était de ceux là ou adorateur de ceux là, une sorte de rocardo-giscardien pour en revenir à son époque. C’est à dire à peu près tout et n’importe quoi. Cela correspondait bien à son caractère exhibitionniste et extraverti, amateur des brillances,  surtout la sienne, comédien habile, illusionniste les pieds bien sur terre.

Portrait assez critique, mais qui laisse entrevoir les qualités. Celles ci sont certainement largement décrites dans l’exposition.

A vrai dire que Philippe Viannay ne soit pas l’individu parfait que certains panégyristes décrivent, c’est l’évidence, comme de tout individu. Et qu’il soit un salaud, un ange ou un truc complexe, je m’en fous.

Ce qui m’importe quand je pense à cet homme, c’est qu’il a déterminé une orientation dans ma vie. Je le sais bien, des épisodes fortuits de la vie induisent cela bien souvent. Mais ce fut de par sa volonté consciente, et je ne supporte pas que qui que ce soit ait prise sur moi. 50 ans plus tard j’enrage encore.

Quand je suis entré au CFJ,  admis par concours, j’entrais en deuxième année de DEUG à la Sorbonne. Et je travaillais déjà à Provoya (Allostop ensuite). Il fallait bien que je travaille : Chez mes parents, j’étais logé, nourri, blanchi. J’y revenais tous les 3-4 jours. Mon père n’a jamais compris qu’on fasse des études après le bac. Pour lui, ça permettait tous les métiers, et à 19 ans on travaille et on ramène sa paye à la maison.

Naïveté, quoique à cette époque là on pouvait entrer travailler dans les banques qui vous accueillaient à bras ouvert avec le seul BEPC.  Quoi qu’il en soit, mes parents ne me donnaient plus un centime, même pour mon transport.

Quand on entrait au CFJ, le discours était convenu : Vous élèves ne devez vous consacrer qu’à vos études au centre.

Ca pouvait se justifier dans la mesure où le CFJ attribuait des bourses aux élèves d’origine modeste. En théorie, si quelqu’un devait en bénéficier, c’était bien moi.

Mais Viannay est intervenu, m’a expliqué que, puisque je travaillais à Provoya, je n’avais pas besoin d’argent. J’ai expliqué  que, si j’avais une bourse, je n’aurais plus besoin de travailler. Il resta sourd à cet argument.

Quelle importance au fond ?

J’ai donc fait le CFJ et j’ai continué à travailler. Mais je n’ai pas pu continuer sérieusement la FAC. J’ai essayé, je me suis même réinscrit deux années de suite. Mais trois activités en même temps, c’était trop. Deux, c’était tout à fait possible, contrairement à ce qu’annonçait le CJF aux entrants.

J’ai vite compris que le métier de journaliste ne me plaisait pas, il y a une démarche qui m’est étrangère, je ne parle pas d’une éventuelle critique politique de cette profession.

Je n’étais pas fait pour cela, même si j’ai montré pendant une année à Cuba que je savais très bien le faire.

Je regrette profondément d’avoir du interrompre des études universitaires. J’aurais aimé être chercheur, historien, paléontologue,  n’importe quoi qui découvre et étudie l’humanité et le monde passé. Je bave d’envie quand je vois à la télé des gens fouiller la terre et y trouver des objets ou des ossements qui les émerveillent, et leur donnent à penser, ou d’autres qui décryptent de vieux écrits.  Vision idyllique, on peut rêver. J'aurais pu être professeur aussi, moins ambitieux mais j'aurais aimé également.

Viannay avait donc bien raison de me refuser une bourse puisque j’en aurais profité pour étudier en vue d’un autre métier que journaliste !

Je sais, j’aurais du ne pas faire le CFJ, garder la fac (ou autre) et Provoya. Sauf que je ne savais pas bien alors ce que je voulais. Et puis à ce moment là, les femmes et les plaisirs m’embrumaient sérieusement. Je ne me suis même pas posé la question : Devenir journaliste, c’était prestigieux pour tous, ça s’imposait. Dérision.

En tout cas, salaud de Viannay.

ANECDOTE 1. COUILLES

Lors de ses speechs fréquents sur des sujets divers, tout en nous communiquant la bonne parole, Viannay glissait une main dans son pantalon et se grattait frénétiquement les couilles.

J’ai bien connu une jeune fille que cela fascinait.

ANECDOTE . CHARRETTE

Lors de l’un de ses discours, Viannay nous sortit : « Nous sommes tous dans la même charrette ».

Je me faisais copieusement chier à ce moment là mais la phrase m’était tombée dans l’oreille. Je n’avais aucune intention insultante, ni contestataire, ni militante, mais comme nous avions sur nos tables de grands buvards, je me mis à dessiner sur le mien une charrette pleine d’élèves et tirée par madame Claire Richet, la directrice de l’école, qui fut, disait-on, la maitresse de Viannay.

Quelques jours plus tard, nouvelle intervention de Viannay, cette fois pour dénoncer l’irrespectueux, moi, qui avait osé dessiner une charrette tirée par madame Richet, figurée en chèvre.

En chèvre ? Je n’avais pas dessiné de chèvre mais seulement madame Richet, très fidèlement je l’avoue (je dessine pas mal). Pas très finaud monsieur Viannay d’avouer ainsi que vous percevez  aujourd’hui madame la directrice comme une chèvre.

Je me demande comment elle a reçu ces propos ! Et je me demande aussi comment ils sont tombés sur ce buvard : Avaient-ils la bassesse de les inspecter après les cours ? Ou plus probablement une dénonciation, il y avait quelques petites salopes bien capables de ça.

ANECDOTE 3. PAPIERS ET CARTONS

De retour de Cuba, cherchant du travail, je suis passé au CFJ car le centre prétendait trouver du travail à ses anciens élèves pendant cinq ans.

Je fus reçu par madame Richet. Qui me proposa de suite, tout sourire, un travail.

Je pris rendez vous et m’y rendis. C’était sur les Champs Elysées. De vastes locaux somptueux. Reçu à bras ouverts. Embauché de suite, je n’avais qu’à rappeler. C’était la revue patronale des Papiers et Cartons. Chaque page était en épais papier glacé. Les 4 « journalistes » qu’on me présenta était heureux comme des coqs en pâte.  Le travail consistait à faire des articles élogieux sur toute la filière des Papiers et Cartons. Et mon salaire de départ était de deux fois et demi le salaire minimum de la profession. Carrière et revenu assurés.

Je n’ai pas donné suite, on en pense ce qu’on veut. Elle m’avait bien eu la vieille garce. Normal, rien à dire, je n’aurais pas du aller quémander.

ANECDOTE 4.  ADIEU

J’avais rendez vous au couscous en face du CFJ et rue du Louvre, j’ai croisé Viannay. Echange de quelques mots me permettant de lui préciser que je cherchais toujours du travail.

Il me fait son cinéma, il va arranger ça, on monte dans son bureau, il prend le téléphone.

Il appelle Perdriel au Nouvel Obs. Je le reconnais, il explique clairement qu’il a un jeune journaliste à placer. Perdriel l’envoie se faire foutre, ça s’entend. Viannay raccroche, reprend  son discours enflammé sur l’avenir tout rose, explique l’impossibilité, mais m’assure que je vais bientôt trouver, avec mon talent...

Je ne le laisse pas aller jusqu’au bout, je me lève, il continue à causer, « attendez Rampelberg », je vais vers la porte, » je dois partir, adieu monsieur. »

Je sais, guère audacieux, j’aurais du lui dire que je n’étais pas dupe de ses parades bouffonnes, ou quelque chose comme ça. Mais quand même, j’ai mis moi même le point final, déciderait plus de mon sort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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