VAE VICTIS
Viendra-t-il un jour où le monde – surtout le monde dit occidental – cessera d’apprécier ou critiquer Israël à l’aune de la shoah ?
En théorie, c’est pourtant ce que semblaient vouloir les sionistes en créant l’Etat d’Israël, c’est-à-dire un peuple disposant d’un Etat à lui dans un pays à lui. Une normalisation en quelque sorte.
On en est bien loin : Les défenseurs d’Israël continuent de s’attendrir sur ce petit peuple rescapé d’un monstrueux génocide, ce qui lui donne bien le droit d’exister, y compris en s’installant sur un sol où vivent d’autres, au prétexte que ses ancêtres s’y trouvaient il y a 2000 ans. Ce qui pourrait bien signifier aussi, si on examine le propos en son fond, que, s’il n’y avait pas eu la shoah, alors l’Etat d’Israël n’aurait pas d’existence légitime. Bah oui, il y a une logique aux choses. Mais la passion l’occulte.
C’est évidemment grotesque et risible en soi, mais Ce justificatif quasi biblique est pourtant perçu sérieusement par beaucoup. Il semble que les peuples européens, traumatisés par le sort qui a été fait aux juifs chez eux, ont pensé racheter à bon compte leur comportement – abominable ou pas bien net – en soutenant cette création d’Israël, et en mettant de coté les évidentes injustices qui allaient en découler.
On pourrait arguer que c’est sans importance, que l’important c’est justement le droit des israëliens à vivre chez eux là où ils vivent. On peut regretter le passé, où la manière dont les choses se sont déroulées mais il y a maintenant un état de fait, qui est le seul à prendre en considération. On ne va pas les rejeter à la mer, de même que les 8 millions de palestiniens ne vont pas s’évaporer soudainement dans les airs pour faire plaisir aux colons et extrémistes israëliens.
Et pourtant cette référence, dite ou sous-jacente, à la shoah a une lourde conséquence, car elle justifie aveuglément toute action de l’Etat israëlien : Ce petit peuple courageux et désarmé a bien le droit de…
C’est bien agaçant à entendre : Israël est l’Etat le plus puissant du moyen orient, son existence n’est en aucun cas menacée, et il peut avec grande facilité infliger des dommages considérables à tout ennemi, y compris l’Iran, sans craindre grand-chose pour lui-même. Et les roquettes du Hamas, quasi une création des gouvernants israëlien, sont des piqures de mouche en fin de vie.
En vérité, Israël est – ou est devenu – un Etat comme les autres. Comme tous les Etats, il peut, pour servir ses intérêts mentir, se mentir, déformer les réalités, persécuter, massacrer, détruire si ses dirigeants le jugent nécessaire. Tous les Etats ont fait cela, le font à l’occasion, sans Etat d’âme, et toujours ils se croient légitimes alors que les autres sont mauvais.
Et parfois ils font aussi de grandes choses, Israël aussi. L’Etat est facteur d’ordre et de cohésion, dit-on. Il est aussi le liant puissant qui conduit les peuples à s’opposer aux autres, le plus souvent dans l’intérêt bien compris des possédants.
Alors, cessons de faire la morale à Israël, cet Etat a le cynisme de tous les Etats, sans complexe. C’est bien ainsi si on aime le principe de l’Etat. Evidemment non, pour certains, j’en connais personnellement, qui aiment qu’on regarde les hommes d’à côté de soi, plutôt qu’au-dessus.
On peut être assuré qu’un Etat palestinien serait tout aussi largement pourri que le gouvernement de Bibi Nethanyaou (Dit Bibi Fricoteur dans les milieux financiers) et tout autant que tout autre Etat, bienvenu au club le cas échéant. Faudrait alors pleurer sur les victimes qu’il ferait ? Assurément, c’est de bon goût.
Je n’en reste pas moins étonné par la modération de la majorité des palestiniens : Personnellement, si un peuple étranger avait annexé les deux tiers de mon pays, puis occupé, quadrillé, encerclé, colonisé le tiers restant, je crois que je pourrais égorger jusqu’au dernier de ces envahisseurs. Mais ce n’est pas mon pays, alors qu’ils se démerdent : Que le plus fort gagne et malheur aux vaincus, c’est la loi des Etats.
Tout de même, soit dit pour le fun, quand on apprend que les palestiniens sont génétiquement beaucoup plus proches des juifs anciens que les israëliens, on ne peut que sourire de ce curieux affrontement entre juifs religieux, juifs de la thora contre juifs du coran. Allez, allez, du nerf, plus fort…
Il y a eu, pendant les derniers évènements en Palestine, une perle qui vaut la peine d’être soulignée : Le président israëlien, un certain Reuven Rivlin, a sérieusement qualifié de « Pogrome » les manifestations dans la rue des palestiniens israëliens. Une petite minorité se révoltant contre une majorité, ce serait donc un pogrome exercé par le minoritaire tout puissant contre le majoritaire opprimé. Costaud le mec. Goebbels a trouvé son maitre. Bravo Reuven, coup de génie, d’autant que comme ça on sait que tu existes, enfin quelques instants.
Et encore une fois, malheur aux vaincus, vae victis, comme l’a virilement proclamé l’ami gaulois Brennus en mettant Rome à sac.