TERRINE
Faurisson (*) vient de clamser. 89 ans. Pas trop tôt. Dommage aussi car, tant qu’à faire, il vaut mieux que le monde miasmeux soit incarné par de vieux débris repoussants, ça éloigne la sympathie. Restera son pote, le Dieudonné, salope à gueule hélas acceptable du point de vue sympathie.
On pourrait penser ça. Pourtant, Hitler, Goebbels, Mussolini, Le Pen, rien que des sales gueules, et pourtant le bon peuple aime ça. Terrible ça. Le peuple se reconnaitrait-il dans le sale et l’hideux ?
C’est certain, d’autres hommes publics aux pensées moins ignobles ont des gueules qui au naturel valent bien celle des susnommés. Certes, on a la gueule qu’on a, qu’on vous a donné. Mais aussi Roger Vaillant disait qu’à 40 ans, un homme a la gueule qu’il s’est faite. Belle formule que j’appréciais quand je fus jeune. Bien creuse cependant, car fausse à 90%.
Hélas, quand on n’a pas la belle gueule – en beauté « pure », si ça existait, ou en gueule de caractère – on peut au mieux la maquiller et la bichonner, elle vous accompagne telle qu’en elle-même. Pour être jugé « beau » il vaut 100 fois mieux un nez aquilin, qui évoquera l’aigle, qu’un petit nez retroussé qui peut vous apparenter au porcelet. Du moins pour un homme. Pour une femme, ce serait plutôt l’inverse. Encore que cela change bien ces temps-ci. Pour les femmes, pas pour les hommes. C’est à ces petits détails qu’on mesure la lente évolution de nos arrières cerveaux.
Ce qui différencie les membres de la bande à Adolf des politiciens ordinaires, c’est cet air de méchanceté, de haine, qui émane de leurs propos, de leurs gestes, de leurs corps, de leurs actes, de tous les pores de leur peau. Et c’est volontaire, parce que ça plait.
Et je ne suis pas bien certain que ce populo qui les suit soit uniquement un monde désespéré et pauvre qui voit innocemment un recours à ses malheurs dans ces führers de tous poils. Bien sûr, bien sûr. Bien sûr, c’est la misère qui les pousse à demander la guillotine pour les arabes voleurs de pomme et le rejet des migrants à la mer. Ce n’est pas de la haine, juste du désespoir. Bon, si vous voulez. Peut-être bien. N’empêche que ça débecte. Pas envie de les embrasser sur la bouche. Pas envie d’attraper la haine.
Il me souvient aussi que mes parents, pauvres eux aussi (Mais « dignes » !), n’ont jamais cédé à ces sirènes-là. Il n’y a pas d’obligation à se laisser aller. Pas besoin pour cela d’être un héros résistant ou un chêne. Juste un roseau qui subit mais ne cède pas, comme dit machin. Encore que je me souvienne de ma mère, couteau de cuisine à la main (elle préparait un lapin), se précipiter sur la télé à l’apparition de Jean-Marie le Pen. Brandissant son poignard menaçant, elle s’écriait : Ah celui-là, ce saligot, il faudrait le zigouiller ! ». Je suis bien certain que si elle l’avait pu, elle lui aurait fait subir le sort du lapin. Et j’aurais bouffé de la terrine de Le Pen suintante de gelée. Beurk.
Oui, de la haine, encore de la haine. On n’en sort pas, ma pauvre dame.
(*). Il est mort à Vichy ! Sans commentaire.