REVOCATION
Parmi les propositions de Jean-Luc Mélenchon, on trouve la possibilité de révocation des élus, mesure qui ne peut que s’inscrire dans une nouvelle constitution, et donc dans une nouvelle république.
A priori, dans l’abstrait, cela paraît bien fumeux. Comment ? Dans quelles circonstances ? etc. Surtout on sait qu’on trouve dans la population d’une part des gens qui râlent sur tout mais ne participent à rien et ne vont certainement pas prendre la peine d’aller vérifier la concordance entre les engagements de l’élu et son action réelle. Ils disent n’avoir rien à foutre de la politique, qui pourtant est l’art de gérer la cité, ce qui les concerne directement. La possibilité de révocation des élus ("tous pourris") pourrait mettre certains face à leurs propos.
D’autre part il y a ceux qui ont des convictions politiques, sont parfois engagés. certains votent, d'autres non. La possibilité de révocation peut être un outil démocratique qui peut les conduire à tenter de se réapproprier la démocratie formelle.
Votants ou non, ceux là sont plus conscients et plus susceptibles de suivre le comportement de l’élu. Quand ils ont des convictions contraires à lui, bien sur ils seraient ravis de pouvoir le révoquer : Mais s’ils lui sont opposés, c’est qu’ils étaient minoritaires au moment de l’élection et il ne serait pas normal qu’ils puissent l’empêcher d’aller jusqu’au bout de son mandat.(sauf forfaitures diverses)
La proposition de Mélenchon concerne – dans son esprit – les électeurs de l’élu, donc la majorité constatée au moment de son élection.
Elle viserait des élus qui, de manière évidente, non seulement ne font pas ce pour quoi ils ont été élus et qu’ils ont accepté, mais, plus probablement, surtout ceux qui vont jusqu’à faire le contraire de leurs engagements.
On pense évidemment à François Hollande, son gouvernement, et à sa « majorité » parlementaire :
Depuis qu’il est élu, il mène une politique qui ne tient pas compte de ses promesses, et globalement va contre l’esprit même du courant politique qui l’a porté au pouvoir. Jusque là, il était dans le premier cas, de « trahison passive » de son électorat, ce qu’on peut juger acceptable.
Par exemple, il a donné 40 milliards aux entreprises sans contrepartie réelle. D’un point de vue de gauche, c’est déplorable, mais ça ne vient pas en opposition frontale à son électorat. C’est un cadeau qui lui a assuré la passivité du patronat à son égard pendant presque un semestre.
En revanche, avec la loi travail, catalogue de mesures antisociales issu des bureaux du MEDEF, version dix neuvième siècle, il mène contre les salariés une offensive sabre au clair : On est dans le cas de « trahison active ».
Personnellement, bien sûr, je considère que la loi travail est une mesure antisociale, spécialement rétrograde, et même anti-civilisationelle. Mais on peut défendre le contraire. La question n’est pas – ici- le jugement de valeur sur cette loi.
Ce qui importe, c’est qu’une telle loi aurait du être proposée par un président de droite s’appuyant sur une majorité de droite. Elle n’aurait certes pas plu à tous ceux qui s’y opposent aujourd’hui. Mais il est bien probable que les actions pour s’y opposer auraient été de moindre ampleur, et en tout cas moins furieuses. Somme toute, si le peuple élit un président et une majorité de droite, on s’attend bien à ce qu’il fasse des lois de droite. Il y a légitimité.
Il y a, avec cette loi de droite imposée par un président et une majorité élus par l’électorat de gauche, création d’un sentiment de trahison, de rage contre les renégats. On sent chez certains acteurs du mouvement, bien sur l’espoir que cette loi soit retirée, mais aussi, traduite en termes familiers, une envie de casser la gueule à ces salauds de traitres.
C’est le cas de figure, où la possibilité de révocation des élus, pourrait apparaître comme une mesure de correction de la démocratie, voire un approfondissement.
Le mécanisme de révocation des élus supposerait sans doute la réunion d’un certain nombre de signatures, variable selon le mandat concerné.
Surtout on peut supposer que les élus se tiendraient à leurs engagements, ou, pour le moins, n’oseraient plus aller contre par peur d’être concernés par cette procédure. Ce serait certainement un grand progrès qui aurait l’avantage de redonner confiance dans l’action politique.
Par exemple, aujourd’hui, les électeurs de gauche pourraient révoquer Hollande, les députés qui le soutiennent. Hollande révoqué, les ministres démissionnés, seraient révoqués de fait, Sauf Valls, qui n’est pas un traitre, puisqu’il est de droite, il l’a précisé en exposant son programme lors des primaires, même s’il fait mine de ne pas le savoir lui même. (Curieusement, il est plus à droite que le mouvement des radicaux de gauche, qui garde quelques fibres progressistes.)
Tous ces gens sont légitimes selon la loi, ils ne sont pas légitimes selon le peuple. Même un électeur de droite peut comprendre ce sentiment d’illégitimité ressenti par l’électeur de gauche. Certes, les êtres humains que sont les élus ont le droit de changer, sincèrement ou non, d’orientation politique. Mais dans ce cas là, il y a une évidence, ils doivent démissionner, la trahison n’est une obligation pour personne.
Cette possibilité de révocation, c’est évidemment très beau sur le papier. On voit facilement comment elle peut être détournée : Une opposition pourrait demander la destitution d’un élu. A priori minoritaire – puisqu’opposition – il lui suffirait de recevoir l’appui de quelques mécontents de la majorité pour y parvenir… Et il y a certainement d’autres cas de figure pervers possibles.
Bref, c’est beau, mais si une telle possibilité devait voir le jour, il conviendrait de bien en étudier par avance toutes les conséquences vicieuses possibles et prévoir les garde-fous. Auquel cas, la démocratie en serait grandement améliorée.