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Raul

 

RAUL

Vous connaissez pas Raul !

 

Quand je dis Raul, je ne cause pas de Raoul, le destructeur façon puzzle,  je parle de Raul, le cubain dit « el chino », enfin Raul Castro, le petit frère de l’autre.

 

Petit frère ou petit demi-frère, on a dit que sa mère aurait accordé des faveurs à un jeune chino-africain.

 

Raul est petit par la taille. Il paraît aussi petit politiquement quand on le place à coté de la figure emblématique de son frère Fidel.

 

Certes Raul n’est pas flamboyant et n’a jamais eu l’ambition de l’être. La tentation serait forte de voir en lui un personnage sans grand intérêt et qui serait parvenu au pouvoir à un âge avancé par le seul mérite d’être frère et héritier.

 

Le placement d’un homme de caractère à coté d’une icône le diminue injustement : On peut ne pas avoir la brillance, et avoir une forte personnalité.  C’est le cas de Raul.

 

Pour le fun, il faut quand même évoquer la figure machiste de Raul : Grand baiseur, il serait pour nous un bisexuel dans la mesure où il baisait tant les femmes que les jeunes hommes. Dans une société machiste comme Cuba, ce n’est pas de l’homosexualité, c’est au contraire le fait du super-mâle qui baise aussi les hommes.

Il y a un mot pour cela : le « bougaron », « bougre » en français, l’enculeur. N’est homosexuel que l’homme passif  désigné comme « mariposa », en français, le « papillon ».

 

Cette image de super-mec, acquise très tôt, est intégrée par la population cubaine. Elle ne le fait pas aimer spécialement mais elle inspire le respect de sa force. Il n’a donc pas dans son pays l’image du petit frère redevable de  tout à son ainé comme on pourrait l’imaginer de l’extérieur.

Dans les périodes de difficultés particulières pour la population et de grogne sourde,  les cubains vouaient aux gémonies tous les dirigeants, les profiteurs, ne gardant leur confiance qu’en Fidel « trompé par son entourage ». Toutefois, dans cet entourage, Raul n’était pas pointé du doigt : Peur ou respect ?

 

Quoi qu’il en soit, Raul n’a pas construit son image sur sa seule sexualité.

 

Au niveau de l’action, il a participé à la préparation de la révolution et à sa réalisation sur le terrain, se retrouvant commandant dans la sierra Maestra.

 

D’un point de vue intellectuel et politique, il est au départ très différent de son frère.

Avant la révolution, il voyage en URSS et adhère au parti communiste cubain dont il deviendra vite un dirigeant. Lors de la révolution, il s’appuie sur les ouvriers du port de la Havane, très radicaux dans leurs combats, et jouera un rôle déterminant dans le  ralliement du PC à la révolution, soupçonnée par les cadres communistes d’être d’essence bourgeoise.

 

Le soupçon n’est d’ailleurs pas faux, mais il faudrait dire « petite bourgeoise et nationaliste ». Les Castro sont de grands propriétaires terriens ayant reçu une éducation soignée. Fidel est avant tout un nationaliste. Il ne veut plus des hommes politiques corrompus et qui ont fait de la Havane un immense bordel , capitale du jeu, de la drogue, de la prostitution et de tous les trafics, le lieu de débauche des riches américains (des USA).

L’imbécillité des dirigeants américains qui ne comprennent rien à ce  nationalisme cubain  (et latino-américain en général), pourtant très compatible avec une économie libérale, et qui voient des communistes partout, va précipiter les choses.

 

Raul va être le premier acteur de la radicalisation et va convaincre son frère de se tourner vers l’URSS. Contrairement à ce que l’on a  dit, Fidel a résisté, n’adoptant un peu plus de mesures à caractère communiste  qu’à chaque coup hostile nouveau des Etats Unis dont on peut presque dire qu’ils ont installé le régime communiste cubain.

 

Raul évidemment ne pouvait que se frotter les mains, lui l’interlocuteur privilégié de Moscou. D’autant que Fidel a finalement totalement intégré l’idéologie communiste. Toutefois Fidel maintiendra, au coté de l’idéal communiste, le culte du nationalisme et particulièrement celui du grand combattant nationaliste cubain Jose Marti.

 

Raul va dès lors toujours plus conforter son pouvoir. D’abord sur le parti communiste devenu parti unique, en contrôlant les cadres comme la base.

Il avait déjà la confiance des ouvriers de la Havane, il va s’attacher la fidélité des ouvriers agricoles par un mécanisme habile :

Les terres des propriétaires agricoles sont collectivisées, c’est à dire que les propriétaires le demeurent en titre mais c’est l’Etat qui les cultivent (essentiellement pour la canne à sucre), moyennant un pourcentage financier reversé aux propriétaires (en pesos, c’est à dire quasi rien puisqu’il n’y a pas grand chose à acheter). (1) (2)

 

Le processus est le suivant : Chaque travailleur en bonne santé doit passer quinze jours à la campagne pour couper la canne, et éventuellement quelques autres cultures.

A coté d’eux travaillent les anciens ouvriers agricoles, qui eux coupent la canne pendant tous les mois de la récolte (la zafra). Mais ils ne sont plus ouvriers agricoles, ils sont officiellement employés de diverses entreprises où ils ne mettent les pieds que pour aller dire bonjour. Hors de la période de coupe, ils sont choyés, gâtés, ils sont dispensés de tout travail, bénéficient des grands hôtels sur la plage, des restaurants, des magasins réservés. Bref une catégorie sociale toute acquise et dévouée elle aussi à Raul.

 

Au niveau des cadres, on comprend vite qui est le patron, et les jeunes arrivistes aux dents longues qui pour faire carrière, prennent leur carte du parti (c’est incontournable), savent par qui il faut se faire remarquer.

 

Raul n’est que deuxième secrétaire du parti, le premier étant Fidel. Tout le monde sait à la Havane que l’administration ennuie Fidel et qu’il ne se penche pas sur l’organisation quotidienne à la différence de Raul.

 

Contrôler l’appareil du parti, c’est déjà un pouvoir immense. Mais Raul va aussi rapidement devenir ministre de la Défense et le restera. C’est le deuxième pouvoir. L’armée cubaine est peut-être l’armée la plus puissante d’Amérique latine, équivalente à celle du Brésil. Ses cadres bénéficient de privilèges au moins égaux, et parfois supérieurs à ceux du parti. L’armée est prioritaire, essentielle : Le pays est assiégé, en guerre potentielle, dans l’attente d’un débarquement de l’ennemi. C’est du moins le discours officiel.

 

Maitre de l’armée et du parti, dès les années 60, Raul Castro contrôle l’essentiel du pouvoir à Cuba. Ce qui l’empêche d’être numéro 1, c’est que la popularité de Fidel est énorme et qu’il est de ce fait intouchable. Par ailleurs, il est peu probable qu’il y ait jamais songé sérieusement, son caractère s’accommodant beaucoup plus de la jouissance de détenir le pouvoir réel.

 

Dès de début de la révolution et jusqu’au début des années 70, Raul va s’employer à épurer les dirigeants qui ne sont pas dans la ligne, ou susceptibles de s’opposer à Fidel et à lui même. En 59, il fait assassiner le prestigieux commandant Camilo Cienfuegos. C’était le principal rival potentiel de Fidel, il représentait une ligne politique « droitière » et s’était opposé à la nomination de Raul au ministère des armées. C’était beaucoup, son sort était fixé.

Par la suite,  les éliminations vont concerner les principaux compagnons de la révolution, pas toujours violemment, souvent par des disparitions soudaines de la scène publique, de graves maladies surgissant opportunément…Les commandants barbus furent les plus visés, leur prestige les autorisaient à  une parole libre, à se montrer arrogant, certains d’être protégés par leur passé de héros. Erreur. Le dernier fut le commandant Barberousse, vice ministre de l’intérieur, abandonnant brusquement son Poste en 1972, sans qu’on sache ce qu’il est devenu depuis.

Je l’ai un peu connu car il avait une maitresse américaine (entre autres) dans la chambre face à la mienne dans l’hôtel où je logeai. Balaise, paillard et ripailleur, en pleine force de l’âge, j’ai beaucoup de mal à croire à un accident de santé.

 

Un seul commandant a échappé à cette érosion éliminatoire. Il s’agit de Guevara évidemment. Certains ont dit que c’était un accord entre les deux grands Fidel et le Che.  Selon le dicton expliquant qu’il n’y a pas place pour deux crocodiles mâles dans le même marigot, l’un des deux devait partir plutôt que s’affronter. Vision romantique. Ce qui est sur c’est que Cuba n’a pas vraiment aidé Guevara dans son aventure.

Et ce qui est probable, c’est que le crocodile Raul a du se frotter les mains derrière son bureau.

 

On a beaucoup parlé des discours interminables de Fidel et de ses raisonnements en spirale qui nécessitent justement  pour être compris la longueur des propos. C’est très difficile à interpréter pour un esprit européen. Au début, on se demande vraiment s’il ne s’agit pas de la traduction d’un esprit décousu et erratique ou qui se grise de mots. Et puis on finit par traduire, à trouver le sens. Mais même en ayant appris le « Fidel », il faut quand même constater que ces discours sont assez pauvres et ne traduisent pas une pensée très innovante. Ils sont beaucoup plus des incantations au monde destinés à un usage interne.

 

Raul en revanche, a un esprit parfaitement rigoureux, précis, directement compréhensible, cartésien et aussi subtil.

La compréhension de la pensée de Raul doit se faire à partir de ses écrits et non pas en écoutant ses maigres discours. Et il a beaucoup écrit, régulièrement.

 

Quand j’étais à Cuba, et un peu cubanologue, on pouvait suivre ou plutôt anticiper la politique cubaine en décryptant les mots de Raul. Raul écrivait avant de faire. Ce n’est pas un homme de la réaction, mais de l’anticipation.

Et comme on pouvait constater que ce qu’il annonçait se produisait, cela permettait de mesurer l’étendue de son pouvoir sur la politique cubaine.

 

C’était il y a 45 ans. Et ça a pu changer, certainement d’autres hommes sont montés dans l’escalier du pouvoir, influent et vont certainement agir bientôt.  Je serais toutefois très étonné que Raul ait perdu un pouce de son pouvoir, de sa maitrise générale du pays et de sa capacité à imposer les orientations qu’il décide.

Enfin, à mon sens, depuis plus de 50, le vrai maitre du pouvoir à Cuba, c’est Raul. Cool Raul.

 

(1) Les paysans conservaient toutefois en culture personnelle entre 1 à 3 hectares selon la taille de leur propriété au départ. Cela parut fort peu au départ, mais après qu’une majorité de terres furent consacrées à la canne à sucre, les cultures vivrières des petits lopins conservés devinrent une source de richesses pour ces petits paysans, source de nombreux trocs et trafics.

(2) la famille Castro était une famille de grands propriétaires terriens. Jusqu’à la révolution le frère ainé des Castro administra le domaine qui subit ensuite le sort commun des propriétés agricoles à cette époque.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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