QUINOA ?
Je ne voudrais pas faire de la peine aux amateurs de quinoa – du moins à ceux qui le consomment parce qu’étant un produit sain produit dans le cadre d’un commerce équitable, ceux qui s’en foutent et ne le consomment que parce qu’ils en aiment le goût ne sont pas concernés – mais il y a quand même des choses à savoir sur la culture de cette graine avant qu’elle n’arrive dans les rayons des distributeurs.
Cette plante est essentiellement originaire de Bolivie. Les paysans de l’altiplano la cultivent depuis longtemps et depuis longtemps déjà en font le commerce, ce qui constituait un appoint de ressources.
Avec la découverte du quinoa par les habitants des pays riches, la demande a explosé et les paysans boliviens ont vu rapidement leur niveau de vie augmenter, l’augmentation de la demande entrainant une augmentation des prix du quinoa, jusqu’à 3 ou 4 fois plus.
Cette période heureuse est terminée, le prix de la tonne de quinoa est redescendu en dessous de son niveau initial.
A cela il y a trois raisons.
La première réside dans la production artisanale de la graine, récoltée à la serpette. Les boliviens récoltent surtout le meilleur quinoa, le quinoa real.
La seconde raison est liée à l’enveloppe de la graine de quinoa, la saponine. Cette enveloppe est d’un goût exécrable. Elle a un gros avantage, elle protège la graine des insectes prédateurs et donc évite l’emploi de tout insecticide ou autre produit. Mais pour commercialiser la graine, il faut pouvoir éliminer cette saponine. Cela se fait par frottement et rinçage. Ces opérations, qui coutent, sont effectuées en Bolivie par des entreprises relativement petites et traitant les récoltes des paysans alentour.
Enfin la troisième et plus importante raison est la prise en main de la production de quinoa par des multinationales et de grands propriétaires terriens du Pérou.
Au Pérou, il n’est pas question de production artisanale par de petits producteurs récoltants du quinoa quasi sauvage. Là ce sont des champs immenses qui sont plantés en quinoa. Il s’agit de graines modifiées pour (entre autres) d’une part supporter le climat des plaines, et d’autre part ne plus comporter de saponine.
IL n’est donc plus nécessaire de l’éliminer, précieux gain de temps et d’argent. En revanche, il faut épandre des pesticides et autres produits pour protéger les graines des insectes. Les pesticides épandus au Pérou sont interdits en Europe et donc en France. Cela n’empêche pas que la grande majorité du quinoa consommé en France provienne du Pérou et de ses champs ainsi traités, la marque Tipiak par exemple.
C’en est donc fini à la foi des notions de production saine et de commerce équitable qui ont fait – en dehors de ses propriétés nutritives spécifiques – le succès du produit chez les écolos et au-delà.
IL doit être encore possible de trouver du quinoa correspondant à ces critères. Pour cela, il faut absolument que soit mentionné sur votre paquet de quinoa sa provenance, et donc uniquement la Bolivie. Mais il ne faut pas prendre non plus le « quinoa bio d’origine Bolivie ». Il existe en effet sur ce produit une magouille dans laquelle les producteurs péruviens achètent du quinoa bolivien – réputé naturellement bio – et le revendent en bio mais en le mélangeant avec du quinoa péruvien aux graines de même apparence, mais en fait génétiquement transformées et donc différentes et elles traitées par insecticides.
Il faut donc prendre du quinoa d’origine bolivienne non bio, par définition il est bio.
Peut6être existe-t-il du quinoa bio péruvien ? Ce serait sans doute mieux que du bio bolivien trafiqué, probablement plus facilement traçable. Mais je n’ai pas l’info.
Enfin, des agriculteurs français se sont lancés dans le quinoa produit en France. C’est peut-être la solution : Au moins, il serait facile de contrôler le type de graine d’origine et son traitement.
Allez, à table, bon quinoa.