QUAIS
Anne Hidalgo. A priori, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé. Si ce n’est que plus elle vieillit, plus elle est resplendissante, un cas d’école. Mais à part cette écorce, c’est une socialo classique, même pas frondeuse, issue de la vieille maison socialiste, repaire de couilles molles en tube, de plus en plus vérolées avec le temps, tombant de Hollande en Valls, tu souffles dessus, elles tombent toutes seules.
Et pendant longtemps, j’ai quand même voté pour ces gens là au deuxième tour, juste pour ne pas avoir pire, les autres. J’ai cessé de me faire avoir à ce petit jeu, mais pour Paris, j’ai fait ce qu’il fallait pour ne pas avoir l’autre, la duchesse Kosciusko. C’est dire l’enthousiasme.
En tout état de cause, l’élection de Delanoë, suivie de celle d’Hidalgo était une entreprise de salubrité publique : L’ère Chirac-Tiberi fut un sommet dans la magouille et la corruption. La mafia corse dans les salons de l’hôtel de ville, les salles de jeux protégées finançant la droite (les appellations des partis ont changé avec le temps), les marchés publics attribués aux copains, la fraude électorale, les emplois fictifs à grande échelle (Il y en eut beaucoup plus que la petite dizaine dénoncée. J’ai connu un cuisinier fictif, parlant de deux collègues tout autant salariés fictifs de la ville de Paris, dont le travail essentiel était le service d’ordre du RPR. Sympathique au demeurant. Et jamais pris), etc.
Quant à la propreté de Paris, dénoncée comme principal argument de campagne par les deux duchesses candidates successives (de Panafieu et Kosciusko), c’est une plaisanterie. Tout vieux parisien se souvient de l’état repoussant des trottoirs de l’époque Chirac-Tiberi : Ce n’est certes pas parfait aujourd’hui mais ce n’est pas comparable.
Alors bon an, mal an, Hidalgo gère, pas si mal. Mais juste pour me fâcher, voilà qu’elle obtient les Jeux Olympiques à Paris. La galère organisée pour les parisiens. Travaux de tous ordres, embouteillages, pollution, coût de tout renforcé, etc. On n’avait vraiment pas besoin de ça, sans compter l’appréciation que l’on peut faire du caractère de grande foire commerciale de cette manifestation. On a déjà un nombre record de touristes, les plus grands musées, toutes les administrations centrales, les théâtres, les spectacles, les manifestations culturelles en exclusivité, chaque semaine, et plutôt chaque jour, des événements de toutes sortes programmés et renouvelés chaque année…
Soit, qu’on en ajoute encore quelques-uns non prévus à l’avance. Mais qu’on en laisse aux autres : La plupart des régions françaises sont parfaitement en mesure d’accueillir des Jeux Olympiques. Et avec moins, ou pas, de dommages pour leurs populations. Le temps des grandes cités recevant ces jeux est probablement terminé. Les grandes villes candidates sont de moins en moins nombreuses, ne serait ce que parce que la plupart du temps, ça se termine par une catastrophe financière. Puisqu’une grande partie du financement est privée, qu’on laisse la responsabilité de l’organisation à ce privé, qui négociera avec les entités trouvant un réel intérêt à les accueillir. Ou qu’on les supprime : Les mondiaux de chaque discipline sportive ont le grand mérite d’être attribués à des pays et non pas à une seule ville chargée de tout recevoir, ça parait plus raisonnable. Il est vrai que le raisonnable et l’intérêt des citoyens ne sont pas forcément en accord avec les exigences commerciales.
Les Jeux donc, une bonne raison pour en vouloir à Hidalgo. Mais voilà venue la fermeture des voies sur berge. Alors là, spontanément j’applaudis. Que voulez-vous, je suis d’une génération qui a connu les quais de Paris sans bagnoles mais qui les a vu arriver. On a même failli avoir une autoroute urbaine construite sur le canal Saint-Martin qu’on aurait recouvert et qui aurait abouti à la Seine en traversant la place de la Bastille. C’était un projet Pompidou-Chirac, on y a échappé de peu. Bande de malades. Mais quelle aubaine pour les entreprises de BTP de leurs amis.
Très vite, on informe que les banlieues de l’est et de l’ouest sont fâchées car leurs habitant ne vont plus pouvoir traverser le centre de Paris sur le tracé ouest-est, les habitants de Neuilly et du seizième adorant aller déambuler dans les rues de Montreuil. Plaisanterie ok, un peu, pas tout à fait. Et donc, a priori, examinons les doléances. Bien qu’il vienne tout de suite à l’esprit, que ce qui se fait dans la plupart des grandes agglomérations, c’est l’utilisation de voies routières autour de ces villes, parfois plusieurs, de manière à éviter de les polluer par des autoroutes internes pourrissant la vie des habitants. Et l’agglomération parisienne dispose de deux voies de ce type, le périphérique et la francilienne.
Mon effort de compréhension raisonnable s’est vite arrêté avec la constatation des attaques nauséabondes contre Hidalgo. Oui, ça sent très mauvais. Ça sent le beau facho graveleux. Ça sent l’aigri, ça sent la troisième mi-temps hargneuse. Ça sent l’attaque sexiste, cette pute d’Hidalgo, ça sent le racisme, cette bougnoule du sud de l’Espagne, qu’elle retourne danser le flamenco avec ses potes crasseux, roms et tziganes voleurs, dehors salope.
Alors là, pour le coup, c’est des deux mains que je voterai pour elle la prochaine fois. Et je mettrai un poster d’elle sur ma porte. Et pour le coup aussi, je les emmerde ces automobilistes qui prétendent qu’ils ne peuvent se déplacer qu’en voiture. Il me semble pourtant bien qu’il y a un RER sur leur parcours, doublé d’une ligne de métro d’un bout à l’autre, et de deux autres encore qui partent vers le sud et vers le nord, et qui partent et aboutissent à l’est comme à l’ouest. Et que si ce n’est pas assez, ok, on interdit la circulation automobile de la Porte de Vincennes à la Porte Maillot en passant par la chaussée en haut des quais au centre de Paris, et, à la place, on met un bus électrique toutes les deux minutes dans les deux sens. Ça polluera bien moins, ça prendra moins de place, ça fera moins de bruit.
Parce que moi, je n’y crois pas à ces gens qui prétendent que pour aller travailler, il n’y a que leur voiture qui peut les y conduire. Certes, il y a les habitats dispersés de grande banlieue : Pour atteindre la station de RER la plus proche, il faut une voiture (encore que). C’est un problème spécifique qui ne concerne pas Paris.
La revendication de circuler sur des voies sur berge par des gens qui ne veulent pas contourner Paris parce que c’est trop long est vraiment exorbitante : Que je sache, on leur interdit ces voies aujourd’hui mais ils peuvent continuer à emprunter les voies en haut des berges et donc continuer à nous polluer. Ce qu’ils veulent, c’est pouvoir aller plus vite, c’est tout. Ces salauds de gens qui marchent sur des trottoirs feraient mieux de la fermer.
C’est qui ces gens qui roulent en bagnole deux heures le soir et deux heures le matin ? Oh les pauvres gens, dit-on ordinairement. Que leur vie est difficile ! Mais vous n’avez rien compris : C’est le meilleur moment de leur journée. Le moment où ils se croient libres. Libres des obligations familiales, de leur chère moitié qu’ils détestent secrètement et qu’ils font mine d’aimer alors qu’ils ne rêvent que du cul de la stagiaire ou de la femme de leur meilleur ami qui vient de prendre un amant, pourquoi pas moi, depuis le temps que je lui fais des allusions, libres de ne plus supporter les enfants, libres de ne plus subir le joug du supérieur, les pressions des collègues, des clients, des associés, les obligations d’un être social dans un monde qui ne laisse pas de choix…
Libres de péter et de roter délicieusement dans l’air conditionné, de se curer le nez, de proférer en soi ou à haute voix des grossièretés, des ricanements des injures au monde entier, libres d’écouter des radios pleines de pub dans lesquels des journalistes bienpensants et grasseyants vont les informer de ce qu’ils veulent entendre, les nouveaux méfaits de l’Hidalgo, ses vélibs, ses voies sur berge piétonnisées… et les sondages qui montrent qu’elle ne sera pas réélue car le mécontentement des braves gens est général. Alors dans l’embouteillage au carrefour de l’hôtel de ville, ils se sentent membre du groupe, ils sont nombreux, ils peuvent jubiler et déverser leur bile…Dehors la folle, dehors la pute excitée, dehors la basanée bobo, la France aux français, et les voitures aux quais.
Et il me revient cette chanson :
T'en souviens-tu, la Seine,
t'en souviens-tu comm' ça me revient,
me revient la rengaine
de quand on avait rien,
de quand on avait pour tous bagages
tes deux quais pour m'y promener,
tes deux quais pour y mieux rêver ?
Tu étais, tu étais mes voyages
et la mer, tu étais mes voiliers,
tu étais pour moi les paysages ignorés.
Je te disais, la Seine
qu'on avait les yeux d' la mêm' couleur.
Quand j'avais de la peine,
quand j'égarais mon cœur,
quand je trouvais la ville trop noire,
tu dorais des plages pour moi,
tu mettais ton manteau de soie,
et pour moi, qui ne voulais plus croire,
et pour moi, pour pas que je me noie,
tu faisais d'un chagrin un' histoire, une joie.
Ils te diront, la Seine,
que je n'ai plus de cœur à promener
ou que, si je promène,
c'est loin de ton quartier.
Ils te diront que je te délaisse
et pourtant je n'ai pas changé.
Non, je ne t'ai pas oubliée,
mon amie de toutes les tendresses.
J'ai gardé dans mes yeux tes reflets,
j'ai gardé tes couleurs, tes caresses pour rêver.
T'en souviens-tu, la Seine,
t'en souviens-tu comm' ça me revient,
me revient la rengaine
de quand on était bien?
Et si j'ai vu d'autres paysages,
tes deux quais m'ont tant fait rêver.
Attends-moi: j'y retournerai,
tu seras mon premier grand voyage.
et le port où je viens relâcher,
fatiguée de tant d'autres rivages oubliés.
T'en souviens-tu, la Seine,
t'en souviens-tu ?