POUR BENOIT HAMON
Etonnez-moi, Benoît
Avalez des pomm's de pin Benoît
Accrochez vous aux rideaux Benoît
Attrapez-moi au lasso
Etonnez-moi car de vous à moi
Cela ne peut pas durer comme ça
Car de vous à moi
C'est fou c' qu'on s'ennuie ici
Etonnez-moi, Benoît
(Françoise Hardy)
Et d’abord une bonne nouvelle : Selon la Dépêche de Moulinsart, le capitaine Haddock a déclaré - suite à la prise de retraite méritée du fidèle Nestor - être disposé à embaucher pour le remplacer l’un des deux mannequins à cirage ((*) qui sortira perdant de la primaire de droite et qui ne serait pas engagé comme président.
Certains, exigeants, penseront qu’il s’agirait là d’une maigre consolation : Mais ne vaut-il pas mieux un poste assuré de majordome grassement nourri plutôt qu’un emploi de président susceptible d’être rapidement pendu par les couilles par un peuple jamais content ? Chacun réfléchira.
Au fait. Dans l’immédiat, on dira que l’essentiel du peuple de droite fait preuve d’un grand masochisme en votant pour des gens qui promettent de lui baiser la gueule. Il y a bien d’explications à ce vieux phénomène, quand même spécialement exacerbé aujourd’hui, car tout de même il n’y a pas 10% des électeurs de droite qui ait un intérêt réel à voir mis en œuvre les propositions de Fion.
Vaste débat. Pour l’éluder, on dira qu’une grande partie de la classe dite moyenne – en fait des travailleurs ordinaires – se perçoivent autres qu’ils ne sont, surtout devant légitimement être plus riches qu’ils ne sont, et s’appauvrissant régulièrement, ils refusent d’admettre que la grande finance – qui les dépasse mais à laquelle ils aiment à se sentir proches - a entrepris de leur presser le citron jusqu’au noyau, et en conséquence – comment admettre que les maitres admirés les lâchent ?- accusent plus pauvres qu’eux de les ruiner par l’assistance monstrueuse qu’ils coûtent, financée par la laine récoltée sur le dos des braves classes moyennes. Pour faire vite, et qu’ils crèvent, m’en fout.
Donc en vue, un président (e) de droite ou d’extrême droite. Normal, on ne dira jamais assez la responsabilité de Hollande dans l’évolution à droite des mentalités dans ce pays. Il a orchestré et présidé la fin d’une certaine idéologie – certes très molle – dite de gauche. Certains ont été déçus par lui, ils exagèrent car il n’avait quasi rien promis. Son seul engagement était de négocier avec Angela Merkel, un compromis sur les orientations économiques de l’Europe permettant une reprise de la croissance. Vraiment rien de révolutionnaire dans cette intention productiviste. Mais il n’a rien obtenu, essentiellement parce qu’il n’a pas osé dire un mot sur le sujet.
Et après, c’est pour le peuple de gauche l’écœurement général : 40 milliards de cadeaux aux actionnaires sans contrepartie, recul écologiste sur tout, lois Macron et Travail... les citoyens de gauche sont habitués à ce que les socio-démocrates au pouvoir expliquent que les améliorations pour le peuple ne sont pas d’actualité vu « la situation » et ne sont pas étonnés qu’ils ne fassent rien ou presque. En revanche, ils ne s’attendaient pas à ce que leur président mène la politique de la droite allant au devant des désirs des syndicats patronaux. C’est la grande trahison qui vaut à Holland la haine d’une grande partie du peuple de gauche, selon une constante qui veut que le traitre soit par essence bien pire que l’ennemi. Il ne sert à rien alors que le traitre explique que l’ennemi aurait fait bien pire. C’est ce qu’expliquaient Pétain et Laval.
A partit de là, il ne faut pas s’étonner qu’une grande partie du peuple de gauche se tourne vers l’original, la droite d’appellation contrôlée, version Fion ou Juppé genre maitres de forges du 19eme, ou illusionniste baise couillon moderne genre embrouilleur Macron.
Fion ou Le Pen, on verra bien. Il est certain que cette fois encore la gauche n’aura pas de candidat au deuxième tour.
Il reste une exigence pour la gauche, préserver l’avenir. Une première exigence pour cela impose de réunir le plus de vote sur un nom. Peu importe le nom. Actuellement Mélenchon est largement en tête dans tous les sondages, autour de 15% des voix. Qu’il en fasse 20%, ça devrait être le seul mot d’ordre. Il agace ? Il est bonapartiste ? Mais qu’est ce qu’on s’en fout, bande de pucelles effarouchées. Il s’agit de survivre, de prévoir l’après. Et puis, c’est quand même à noter, l’écologie a pris une vraie place dans son programme, et il a mis beaucoup d’eau dans son vin productiviste.
Reste la pensée de gauche. Extraordinairement, par la chute du communisme réel, la gauche s’est trouvé libérée de tout carcan idéologique alors que la droite, devenu idéologiquement hégémonique tendait à se figer dans un ultra-libéralisme paralysant. Certains, en ont profité pour devenir de droite, comme si socialisme rimait avec gauche. Pour les autres, le champ créatif est ouvert, ce qui représente une chance extraordinaire.
La gauche est un espace socio-culturel qui a la faiblesse d’imaginer que le devenir de la société peut être orienté vers un progrès pour tous. Les moyens d’y parvenir ne sont pas inscrits dans le marbre. Cette « espérance » s’oppose évidemment au credo « réaliste » de droite qui dit que l’homme est fondamentalement (ou très facilement !) mauvais, que les hommes sont inégaux, ont besoin de s’affronter les uns aux autres, et que pour éviter qu’ils ne s’entretuent, il vaut mieux leur offrir une arène de combat, le libéralisme, souvent cruelle pour beaucoup, mais dont les règles du jeu évitent le pire. Il peut m’arriver de penser que ce n’est pas sot.
Une nouvelle pensée de gauche s’exprime aujourd’hui dans les marges de la gauche, cela depuis des années. Pour un homme de gauche, inspiré depuis longtemps par la pensée anarchiste, il y a un certain plaisir à constater que toutes ces pistes de réflexion, souvent accompagnées d’action, semblent s’inscrire dans cet héritage libertaire. Mais il serait d’une grande sottise de se réjouir de la revanche de la vieille chapelle idéologique ouvrière anarchiste du 19eme alors vaincue par les socialistes et autres léninistes. Célébrer la mémoire de Babeuf, Bakounine ou Makhno, ça serait rigolo mais aussi ridicule.
Il est un candidat de gauche, Benoit Hamon, qui depuis quelques mois, développe les propositions d’une autre pensée de gauche : Démocratie économique, autogestion, décroissance, écologie... Tout cela dans une interaction avec l’existant, dans l’intégration et le respect de l’action individuelle utile. Un nouveau compromis social-démocrate, considérant le réel, sans pour autant le considérer comme tout puissant par avance.
Social-démocrate. Comme Mélenchon d’ailleurs. L’évolution à droite des mentalités les classe comme « très à gauche ». C’est risible. Hamon est certes clairement d’une gauche plus neuve, ouverte sur une autre société. On aimerait que les électeurs de la primaire de gauche le classent en tête, devant le morne productiviste Montebourg et les sociaux traitres Valls et Hollande. Pourquoi pas après tout. Il me semble qu’il manifeste ces temps ci une force réservée qui m’impressionne. A cela s’ajoute son discours. En tête de la primaire, il serait certainement devant Mélenchon dans les sondages. Et alors là... Et puis, si ce n’est pas le cas, il faudra voter Mélenchon, histoire de se compter et se tenir chaud.
(*) Pour les jeunes : Un mannequin à cirage était un mannequin découpé dans du bois ou du carton, représentant grandeur nature un « nègre », chiquement habillé, avec une attitude de garçon de café aimable souriant de toutes ses dents, et surtout dévoilant un visage d’une noirceur d’ébène brillant comme une chaussure lustrée par un professionnel.
Ce pour quoi les cordonniers disposaient ce type de mannequin dans la rue pour signaler leurs échoppes. Ces mannequins ont disparu à la fin des années cinquante. Le « ya bon banania dura plus longtemps. Les mannequins à cirage manifestaient un tel racisme intégré et « normal » qu’on finit par se demander s’il y avait vraiment racisme de la part du populo. L’expression « mannequin à cirage », aujourd’hui quasiment disparue, désignait des messieurs de la « haute » (ou l’imitant) au sourire figé et au parapluie traversé dans le cul.
Ainsi ma mère qualifiait-elle de vieux mannequin à cirage l’ami de ma sœur Monique, dénommé aussi le « bel exactement » car il ne cessait de répéter « exactement », « voilà », avec le sourire exaspérant d’un mannequin à cirage sur sa gueule de rat immonde. « Bel » parce qu’il était laid mais se croyait séduisant.