PAS RAISONNABLE
Ils sont bien pénibles tous ces foireux qui depuis le début de l’« opération militaire spéciale » russe en Ukraine, s’acharnent, au nom de la raison, ou plutôt du « raisonnable » - tout en faisant mine de les soutenir du bout des doigts - à stigmatiser la gourmandise des ukrainiens, leur prétention à recouvrer tout leur territoire, et donc à repousser les russes chez eux, alors qu’ils devraient se trouver bien contents d’avoir pu conserver miraculeusement 80% de leur territoire.
Ne serait-il pas plus sage de reconnaitre qu’une grande puissance comme la Russie ne pourra jamais accepter de perdre, et que lui abandonner les terres qu’elle occupe, ce serait une garantie de paix en Europe, ces jusqu’auboutistes ukrainiens devraient le comprendre, il faut être réaliste ? Cela malgré l’intensité de leur résistance qui vient régulièrement démentir les prédictions de ces braves gens car « ça ne va pas durer » et cesser le feu dans la situation actuelle du front, ce serait déjà un succès dont il serait bien de se contenter.
Quant au président Zélensky, certes il est bien courageux, bon petit soldat, mais il est bien imprudent quand il dit et réaffirme qu’il veut libérer chaque centimètre carré de son pays. Comment compte-t-il négocier plus tard, quand un compromis s’avérera nécessaire ?
C’est ce que l’on entend et c’est avec ce genre de mentalité que l’on perd toutes les guerres et toutes les négociations. Le président ukrainien ne peut donner à son peuple qu’une seule perspective : Tout gagner. Imaginons une guerre contre une Allemagne occupant l’Alsace et la Lorraine, imaginons un président français déclarant : « Français patriotes, courageux soldats, en avant, et nous allons reconquérir un cinquième sud de l’Alsace et la banlieue ouest de Metz. » Evidemment inenvisageable, et il en est de même pour Zélensky. On négocie quand on est en position de force et qu’on sent qu’on n’aura pas plus sur le terrain et qu’il vaut mieux consolider les acquis, ou encore parce qu’on est en mauvaise posture et qu’il urge de sauver les meubles.
Actuellement, on n’en est pas du tout là. Et quand il faut négocier un jour, les déclarations guerrières antérieures ne comptent plus, le concret du moment s’impose. Autrement dit, les reproches actuels faits au dirigeant ukrainien n’ont d’autre but que d’affaiblir son pays, volontairement ou par esprit capitulard peu importe.
Les mêmes détracteurs de la politique ukrainienne se plaisent à moquer les « dérisoires » conquêtes territoriales réalisées ces derniers mois : Moins de 100 kms, dit-on. Et alors ? 100 kms2 c’est 50 fois Monaco, figurez-vous. Et ce sont des terres gagnées, que diraient-ils s’il s’agissait de terres perdues !
Et puis surtout pour les Ukrainiens, les noms qui figurent sur la carte de ces terres reconquises, ont un sens, pour ceux qui y ont habité et ont dû fuir, et pour tout le peuple : Ces villes et villages, même détruits, ne sont pas que des kms2 anonymes, ils sont une part de l’identité d’un peuple. Il est bien sot de mépriser et se gausser. Il est des situations où le raisonnable est l’étendard pernicieux de la déraison.