OUF
En voilà une bonne nouvelle : Benjamin Griveaux sera le candidat du macronisme et plus généralement de la droite aux municipales à Paris.
Ouf. Il s’en est fallu de peu que Cedric Villani ne lui soit préféré. Certes, il n’était peut-être pas le candidat idéal pour la droite la plus rance de l’ouest parisien, mais qu’importe : Pour battre Hidalgo, elle aurait quand même voté pour lui. Mais surtout Villani avait le profil idéal pour séduire la mouvance Bobo écologisante. Et donc une quasi-certitude d’être élu.
Et c’était le retour de la droite à la mairie de Paris.
La période où la droite régnait en maitre à l’hôtel de ville n’est pas si éloignée et pourtant elle parait d’un autre temps. Il faut s’en souvenir pourtant de cette période où, à l’hôtel de ville, tout était mafia corse et corruption généralisée, hommes de mains et hommes de paille. Le tout sous la houlette des Chirac, Tiberi (celui qui faisait voter les morts), et autres Juppé, dont on oublie la condamnation par les tribunaux, qui ne l’a pas empêché de jouer ensuite à l’homme intègre. Les électeurs sont bienveillants ou oublieux. En tout cas, l’idée de voir cette clique arrogante de pourris complets, régner à nouveau sur Paris, même plus discrets dans leurs forfaits, c’est un vrai cauchemar.
Election assurée car Villani est typiquement un homme de droite masqué qui pouvait recruter large, un peu à la manière dont Macron, homme de droite convaincu, est parvenu à rafler des voix de gauche avec son malin bien que grotesque « ni de droite, ni de gauche ». Villani, réputé brillant et intelligent, ce qu’il est certainement, a le profil du savant original sympathique, et ces temps ci il a laissé tomber cette panoplie pour adopter celle encore plus séduisante du jeune et beau gosse, plein d’idées « modernes ». Vraiment, la droite avait là le candidat parfait. Et les électeurs de droite dure n’avaient pas à s’inquiéter, il a des convictions ultra-libérales en matière socio-économique aussi ancrées que celle de son chef, Emmanuel Macron.
Alors pourquoi donc ce dernier a -t-il donné l’ordre à la commission d’investiture des candidats de LREM aux prochaines municipales de choisir le sinistre Griveaux au détriment Du brillant Villani ? Pourquoi lui préférer ce petit lèche cul, échappé de capote sournois à la mine de constipé par vocation ? J'exagère peut-être un peu mais c'est pour qu'on voit ce que je veux dire.
Certes, il a le meilleur des profils pour faire le plein de toutes les voix de droite traditionnelle et même mordre sur l’électorat d’extrême droite, pas très important à Paris, mais quand même en ascension. En revanche, on ne voit pas comment il pourrait séduire les bobos, électorat essentiel d’Anne Hidalgo. Actuellement, les deux mots d’ordre de Griveaux sont sécurité et propreté. A l’exception des imprévisibles attentats islamistes, Il faut être d’une grande mauvaise foi pour prétendre être en insécurité quand on se promène dans Paris. Il y a un niveau d’insécurité incompressible dans une grande capitale. On trouvera toujours des petits voleurs, des pickpockets, et des honnêtes gens qui laissent trainer leurs affaires sans surveillance, et d’autres qui laissent leur sac ouvert avec le portefeuille bien visible, et toujours des joueurs de bonneteau, et toujours des naïfs pour accepter de jouer avec ces joueurs, et des restaurateurs malhonnêtes, et des supporters de foot avinés, etc.
Quant à la propreté, de quoi s’agit-il ? Des trottoirs il me semble, et des pisses de chien (et plus, bien que ce « plus » soit en très nette régression) qui les décorent. On ne voit pas pourquoi la collectivité, à travers l’argent de la Mairie, devrait payer pour augmenter le nettoyage de ces souillures trois fois par jour. Pour le financer une taxe sur les chiens serait bien plus juste ( On peut aussi euthanasier tous les étronniers…), et les claudicants n’auraient plus à mettre leur équilibre en péril pour enjamber sportivement les déjections canines.
Cela fera bientôt 20 ans, que les candidats de droite à la mairie de Paris font compagne sur ces thèmes, sans succès. Ils oublient combien les trottoirs étaient répugnants quand ils étaient aux commandes de la ville. En comparaison, ce n’est rien aujourd’hui.
Très probablement, Griveaux devra-t-il parler d’environnement et d’écologie. Mais on voit mal comment son discours suffirait pour convaincre les bobos d’abandonner Hidalgo.
On peut risquer une explication quant à la mise à l’écart de Villani par Macron : Il lui ressemblerait trop, en plus jeune et en plus brillant. Le laisser prendre la mairie de la capitale, c’est installer un rival potentiel dans un solide bastion, le laisser éventuellement y luire grâce à des initiatives originales. Et clairement, lui ouvrir la voix aux plus hautes ambitions dans le pire des cas pour Macron, et au minimum lui faire une ombre déplaisante. Alors, il ne serait pas impossible qu’il ait préféré prendre le risque de perdre Paris avec Griveaux, plutôt que prendre celui d’installer un rival inquiétant. L’idéal étant évidemment de gagner Paris avec un docile Griveaux mal élu.
Le choix de Griveaux pour représenter la droite est une divine surprise pour Anne Hidalgo dont la réélection paraissait difficile. Elle redevient possible. D’évidence, les écolos ne seront pas tentés par une quelconque connivence avec Griveaux. Ils n’auront d’autre choix que de reconduire sous une forme ou une autre, leur alliance avec Hidalgo, probablement après avoir tenté leur chance seuls. Et très certainement en position très favorable, car réunissant plus de suffrages que la dernière fois. Il y a même un petit risque pour Hidalgo qu’ils aient plus de voix qu’elle-même.
Ces belles choses étant dites, on peut se poser la question de fond, quand on est ne serait-ce que « social et progressiste » de déterminer si Hidalgo est le meilleur choix pour défendre cette orientation.
On ne sait même pas si elle la candidate du PS : Oui, sans doute, au final. En fait elle est une sorte de compromis flasque d’on ne sait trop quoi. Elle a concentré ces dernières années une somme conséquente de critiques injurieuses : « Cette salope d’Hidalgo ». Beaucoup de haine sexiste me semble-t-il.
On peut trouver des critiques justifiées. Par exemple sa gestion du problème des trottinettes a été minable. Elle s’est réfugiée derrière l’évidence que ce n’est pas la maire de Paris qui fait la loi mais le parlement et qu’en conséquence elle ne pouvait qu’attendre la législation de ce dernier en matière de circulation des trottinettes.
C’est un peu court : Pendant quelques mois, une douzaine d’entreprises, en concurrence sauvage, ont fait déposer sur les trottoirs parisiens, souvent très étroits, des milliers de trottinettes. Le citoyen lambda qui déposerait une chaise sur le trottoir, même en très bon état de telle sorte qu’elle va être récupéré par quelqu’un dans les dix minutes, ce citoyen risque une amende s’il n’a pas contacté les encombrants pour qu’ils enlèvent sa chaise. Et pourtant ces entreprises n’ont eu aucun problème alors qu’elles ont gravement perturbé la circulation des piétons, spécialement des handicapés et personnes âgées.
Dès le début, La mairie pouvait décider de faire enlever toutes ces trottinettes, les emporter aux déchetteries, après les avoir identifiées pour déterminer l’entreprise propriétaire à laquelle envoyer autant d’amendes que d’infractions. Nul doute que le problème aurait été réglé en une semaine.
La réaction lente et tardive a été d’indiquer qu’à partir du 1er juillet, commenceraient à s’appliquer des amendes pour présence sur les trottoirs. Par ailleurs les différentes entreprises vont être invitées à répondre à une sorte d’appel d’offre de la mairie. Depuis, six de ces entreprises se sont retirées. Deux ou trois devraient être retenues. Il faut espérer que leur efficacité sera plus forte que celle des entreprises responsables des vélibs et autres autolibs. On peut se demander si la mairie ne devrait pas se saisir de ces différents modes de transports et les intégrer – en les maitrisant – dans une politique générale de mobilité, la libre entreprise en ce domaine ayant démontré son incompétence, pourquoi ne pas confier l’organisation de ces modes de transport aux représentants des citoyens.
Exemple de mauvais choix, semble-t-il. Il y en a forcément d’autres. Mais ce qui frappe dans la gestion d’ Anne Hidalgo et dans la critique qu’on en fait, c’est que ces critiques concernent essentiellement les conséquences d’une politique écologique de la ville, politique que presque tout le monde réclame à cors et à cris.
C’est ainsi que la récupération des berges de la Seine, qui entrainait la suppression des voies sur berge, a soulevé un tollé général. C’était pourtant un minimum décent ! Toutes les communes d’ile de France bordant un fleuve ont récupéré les rives et y souvent aménagé de larges espaces verts de loisirs. Seule la ville de Paris n’en aurait pas le droit, au seul prétexte, non-dit mais fortement pensé, que c’est une ville de riches bobos qui se moquent bien des pauvres banlieusards qui doivent traverser la ville et pour lesquels les voies sur berges sont essentielles. Eh bien, ils continuent à traverser Paris dans tous les sens, et il ne semble plus aussi essentiel qu’ils puissent le faire en roulant sur l’eau. La circulation automobile est difficile, comme elle l’a toujours été à ma connaissance. En tout état de cause, réduire la question de la mobilité des franciliens à la seule question de la traversée de Paris, c’est vraiment participer à l’acharnement maldisant sur Hidalgo (Bon ok, Hidalgo-bashing si vous y tenez), et ne rien vouloir résoudre sérieusement.
Bien sûr, un duel Hidalgo-Griveaux, ça ne fait pas vraiment bander quand on est de gauche. Ça inciterait même à s’abstenir et, personnellement je ne critiquerais pas ça. Mais voir la droite dure revenir en force à Paris, c’est pesant pour un vieux parisien. Et de toute façon, il n’y a rien à espérer : La sociologie de Paris est majoritairement composée de riches et ultrariches et de classes moyennes aisées.
On voit une bonne illustration de celà dans la dernière loi logement : Dans son exposé des motifs, elle a, en substance, pour objectif, de permettre le maintien d’un pourcentage de classes moyennes dans la capitale. Tout est dans le non-dit : Pas question de maintien des classes populaires, c’est tout simplement impossible.
Celles-ci existent cependant : Elles sont pour l’essentiels dans les logements sociaux, pour beaucoup aux périphéries de la ville, et dans les arrondissements nord-est. Et puis, accessoirement, on peut trouver des populations qui se débrouillent d’une manière ou d’une autre, des exceptions, des situations particulières, des combines, des personnes donc qui parviennent encore à vivre au cœur de la ville. Ce sont des phénomènes marginaux sans importance électorales. Difficile de chiffrer le pourcentage de ces classes populaires dans la population totale de Paris : 10 à 15% peut-être ? Dont beaucoup ne votent pas…
En conséquence, il n’y a aucun espoir que la gauche parisienne, puisse avoir une quelconque possibilité de l’emporter. D’autant qu’elle est divisée comme ailleurs. Réunie, et en alliance avec les écolos, il ne serait pas impossible qu’elle emporte quelques arrondissements. Mais d’évidence les écolos joueront leur carte perso, et au final une alliance avec Hidalgo, s’ils ne l’ont pas fait dès le premier tour.
Et donc le choix enthousiasmant sera entre une sorte de centrisme mou (pléonasme !), probablement très écologisé avec Hidalgo et la droite ultra-libérale alliée à la droite moisie avec Griveaux. Pour dégueuler, c’est à gauche, la première porte. Misère.