ORDONNANCES
Ordonnances : Totale délégation de pouvoir donnée par le peuple ou ses représentants à un dirigeant pour légiférer comme il lui plait, sans concertation ni contrôle. Ou, pour parler clairement : Arme très efficace pour baiser la gueule du peuple.
C’est fait, Macron est élu et le spectre du fascisme éloigné pour un temps. Pas gai pour autant. Après 15 années de gouvernement de droite, on en reprend pour 5 ans de plus, en plus grave, version ultra-libérale. Cette fois c’est l’assurance d’avoir Marine Le Pen élue dans un fauteuil en 2022, et qui sait dès le premier tour.
On peut aussi se consoler en se disant que c’est un président mal élu, à peu près un petit tiers du corps électoral, ça affaiblira un peu son pouvoir de nuisance. Mais ça s’oubliera rapidement, la monarchie républicaine de la cinquième république efface vite ces considérations. Macron a déjà endossé l’habit du tout puissant seigneur en se faisant sacrer dans la cour du Louvres, palais des rois et des empereurs, entouré sur l’estrade de sa large famille élargie prête à s’installer triomphante dans les ors de la république. Il aurait du faire ça à Versailles, ça aurait été complet.
L’héritier bâtard de Hollande et de Fillon envisage de faire plus dur que ses papas. Et vite, dès l’été, en douce, par ordonnances, il a l’intention d’aggraver encore plus la loi El khomri, démanteler le code du travail, s’attaquer à la solidarité sociale, ciment de la société française, construction issue des luttes de générations de travailleurs de ce pays. Il compte liquider tout ça en trois coups de cuillère à pot d’ordonnances.
On nous présente ces spécificités françaises comme archaïques et on nous somme de nous conformer à l’organisation sociale des autres. Nous serions seuls de notre espèce. Gouvernants, politiciens étrangers, leurs media, nous le claironnent. Et « nos » media le répètent comme une vérité. Ils oublient que les travailleurs de nombreux pays voient dans la France un modèle parfait à imiter. Cela on ne l’entend pas à la radio ni à la télé. C’est pourtant bien normal que les peuples aspirent à vivre bien. C’est une base mentale que l’idéologie de l’entretuerie permanente a du mal à pénétrer de manière massive. Cette apologie de l’inégalité naturelle justifiant la domination du vainqueur et l’exploitation du faible ne s’installe confortablement que dans les cerveaux des privilégiés les plus assurés de continuer à l’être.
Que faire contre le raid antisocial que Macron compte mener cet été contre les salariés et de manière générale contre Les institutions de solidarité des travailleurs ?
Il parait malheureusement impossible d’espérer une mobilisation populaire importante en cette période de l’année. Il reste les législatives. Les cas de figure et d’alliances possibles, après cette élection, sont à ce jour tellement nombreuses qu’on ne peut les retenir tous. J’en retiens les plus vraisemblables.
Bien évidemment, l’optimisme serait d’espérer une victoire de la gauche. Encore faudrait-il pour cela que les éléments de cette gauche soient capables d’une entente électorale suffisante. En clair une alliance de la France insoumise, de la gauche Hamon du PS, et des composantes de l’ancien Front de gauche, dont le parti communiste. Dans la mesure où il risque de se produire de nombreuses triangulaires, voire quadrangulaires ou plus (Gauche, En Marche, droite LR et centre, droite PS, Front national), cette gauche peut espérer gagner souvent. Le plus difficile sera sans doute d’obtenir la participation de la gauche socialiste, les ex frondeurs. Il faudrait peut-être qu’ils acceptent de renoncer à leur vieille maison, de rêver à y être majoritaire, et qu’ils en sortent en constituant un PS de gauche. Une action quasi impossible de la part de gens pour qui le compromis est le summum de l’audace. Mais dans la confusion actuelle, il peut se trouver d’autres solutions pour les intégrer à un combat de gauche.
Autre hypothèse plus réaliste : En marche n’a pas la majorité seul et ne trouve pas non plus d’alliés pour en constituer une, et par ailleurs aucune autre majorité n’est possible. Macron pourra toujours constituer un gouvernement minoritaire, mais il n’aura pas la délégation de l’assemblée pour légiférer par ordonnances. C’est l’essentiel. De plus son gouvernement sera censuré dès qu’il bougera une oreille. Le plus probable sera qu’il dissolve l’assemblée et essaye d’obtenir une majorité. Pas sur qu’il y parvienne.
Après cette éventuelle seconde législative, il y a trop d’hypothèses possibles pour les évoquer sérieusement maintenant. L’important est que Macron ne puisse pas agir avant octobre, voire plus. Même si une nouvelle législative à l’automne lui donnait une majorité, alors nous serions dans une période où il deviendra possible que se constitue un mouvement populaire important qui lui pose de sérieux problèmes.
Autre hypothèse : En marche pourrait ne pas avoir la majorité seul mais s’allier à d’autres. La droite LR parait l’allié le plus évident. Pas si facile que ça malgré la proximité idéologique : Pour le moment il reste une majorité de politiciens de droite qui s’opposent à Macron. Ils finiront bien par se rendre compte que c’est leur enfant naturel qui leur ressemble comme deux gouttes d’eau, mais tant mieux s’ils persistent à ne pas le voir. Ils sont confortés dans cette opposition par le fait que les bonnes places à prendre ne sont pas extensibles à l’infini.
Les politiciens de la droite socialiste ont le même problème, sauf les premiers ralliés et les « grosses » personnalités qui peuvent plus facilement marchander un poste. Les politiciens lambda du PS ou de LR sont dans une situation douloureuse : Même dans le plus grand bordel, on trouve un nombre de putes limité au nombre de chambres, à part quelques putes extérieures venues faire une prestation extra. En conséquence, ces putes rejetées vont travailler ailleurs, en indépendantes. Les politiciens rejetés par Macron risquent d’avoir le même comportement, ce qui entrainera qu’il y ait des candidats non patronnés par Macron mais investis par le PS de droite ou par LR + centre. C’est l’idéal, et tout bénéfice pour la gauche, si du moins celle-ci se présente unie. Ce qui ne les empêchera pas, une fois élus, de jouer les supplétifs si l’occasion juteuse s’en présentait.
Et puis il y a les cas de figure catastrophiques : Une majorité de députés « en marche », ou une majorité de députés de droite LR, ou encore une coalition majoritaire droite en Marche + droite LR (+ droite PS? qui sait!) qui viendraient à s’entendre comme il serait logique et mèneraient conjointement un mixte des programmes Macron-Fillon.
Ce sont malheureusement les perspectives les plus probables et les plus désespérantes. Mais ce n’est pas encore fait, un mieux est encore possible.
Sinon on cassera tout, ça sera chouette.