NAÏVETE
Dans ma grande naïveté, cette élection présidentielle m’a fait découvrir ou redécouvrir des évidences.
Privilégiant l’analyse socio-économique dans mon abord des questions politiques, mes choix ou rejets personnels n’incluent la personnalité des individus qu’en dernier critère. L'oubli que c’est l’inverse pour une majorité d’électeurs a nourri mes étonnements.
Mélenchon
J’ai d’abord été étonné par le fait que la seule personnalité détestée de Mélenchon puisse conduire à préférer empêcher la gauche de gagner plutôt que de déposer dans l’urne un bulletin à son nom, et cela de la part de personnes que je sais être de gauche depuis toujours. Des conséquences énormes pourtant.
J’ai la même impression que ces personnes sur Mélenchon : Individu caractériel, autoritaire, colérique, parfois très habile, parfois maladroit mais rarement finalement, tribun talentueux, cultivé, capable de générosité quand même, etc. Déplaisant dans l’ensemble, en tout cas vu de loin, de près je ne connais pas. Ma différence, c’est que je m’en fous. Sans doute parce que pour moi l’élection d’un président vraiment de gauche, ce n’est pas un but en soi, ce n’est pas d’élire une personne, c’est un premier pas pouvant servir à établir un pouvoir populaire. Seul, on sait bien qu’il finira par mener une politique de droite. Il n’a d’intérêt que si l’élection s’accompagne d’un mouvement populaire mobilisé qui le pousse au cul et arrache des mesures favorables à la majorité du peuple. D’ailleurs si ce président est vraiment de gauche, il devrait souhaiter un tel mouvement et même le susciter car ça l’aiderait à mener la politique qu’il a promis.
Je pourrais dire la même chose avec Hamon : j’aurais voté pour lui si c’était lui qui s’était trouvé proche d’être qualifié pour le second tour. J’aurais même préféré que ce soit lui, non pas, encore une fois, pour sa personne (il est gentil mais un peu falot, on peut douter de sa résistance aux puissants et aux puissances), mais parce qu’il était porteur d’idées neuves qui me séduisent. Il les a piquées dans les cercles de réflexion de la gauche de gauche, et alors ?, c’est bien de les avoir mises en avant.
Marine le Pen.
Mon deuxième étonnement a été de voir l’inquiétude de personnes de gauche craignant qu’elle puisse être élue. Une vraie sidération : Il n’y avait pas la moindre possibilité pour que ce soit le cas. Et même si une vague menace que ça puisse survenir s’était manifestée, il me paraissait évident que la grande majorité des gens ayant l’intention de voter blanc ou de s’abstenir seraient au final venus en renfort de Macron. J’ai pensé : Ils se donnent des sensations, ils jouent à se faire peur, ils ne le croient pas vraiment.
Et puis j’ai compris : Panique sincère ou non, leur but était avant tout que Marine Le Pen fasse le score le plus bas possible, et non pas de la battre, ce qui était acquis. But atteint essentiellement grâce à Marine le Pen elle-même. Je vous dis, je suis très naïf. A mon sens, ça avait un intérêt très secondaire, il me semblait plus important d’affaiblir le plus possible Macron en en faisant un président mal élu, situation de faiblesse importante pour tenter de contrer l’offensive antisociale massive qu’il compte mener pendant l’été. Objectif également atteint, c’est parfait.
Macron
C’est mon dernier étonnement. On a dit que Macron avait reçu une majorité de voix dont l’objectif était de contrer Marine le Pen et qu’elles ne représentaient aucunement une adhésion à sa personne.
Ca doit rester vrai pour beaucoup. Mais il me semble que d’autres de ses électeurs semblent victimes d’un envoutement. Et là encore j’en reste bouche bée. Je ne sais pour les sympathisants de LR et du centre, j’en connais peu. Mais je connais des gens de gauche, de vraie gauche me semble-t-il, soudainement transformés en petits soldats admirateurs de Macron. Et pourtant il le dit bien : je ne suis ni de gauche, ni de droite, type de profession de foi qui, depuis l’âge des cavernes, signifie qu’il est de droite. Qui plus est, pour le peu que l’on sait de son projet, c’est un coup de poing dans la gueule pour le monde du travail qui s’annonce rapidement (sous l’appellation « réforme »). Mais ça ne change rien. Les mêmes qui réclamaient une harmonisation fiscale et sociale de l’UE pour la rendre acceptable, ne voient que des vertus au libéralisme forcené de la commission de Bruxelles que Macron veut soutenir coute que coute, c’est son credo. Et démanteler, à grands coups de masse et par ordonnances, le code du travail , témoignage admirable et patient d’une civilisation de qualité en recherche continue d’harmonie et de justice, leur parait soudain comme une joyeuse entreprise à exécuter de toute urgence.
Non, c’est étrange, comme une hypnose, une subjugation, le messie est arrivé, adorons-le. Avec lui tout est joie et harmonie, la société déchirée va se ressouder, les bisounours vont flotter dans l’air, les pontes de la finance vont donner aux pauvres et pourtant ils demeureront très riches car la richesse sera pour tous, le chômage sera un mauvais souvenir, et comme le disait Francis Blanche, dans les usines, les contremaitres berceront les ouvriers, Cui cui.
Etrange, bizarre. Il fascine ces gens : C’est peut-être son visage glabre aux yeux bleus d’acier de jeune lieutenant de la SS dirigeant une rafle qui les impressionne et les engourdit. Peur et adoration, syndrome de Stockholm ? Reste à espérer qu’ils reprennent conscience avant les élections législatives. Parce que sinon, ils vont en baver les travailleurs d’Arlette. Moi, ce que j’en dis…