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Mon ami Benoît

 

                            MON AMI BENOIT

 

Benoit s’en va. Il « dégage » disent certains malintentionnés.

Mon pauvre et cher ami Benoit.

Je le savais : La semaine dernière, il me confiait sa lassitude et sa probable décision. Je n’ai rien dit, il pouvait se raviser.

 

Je l’ai toujours bien aimé Benoit. Sa seule élection m’avait mis en joie.

Nous avions subi jean XXIII et ses ouvertures, son Vatican II, suivi de Paul VI, heureusement plus timoré, car, en suivant cette ouverture, une planche savonnée nous aurait conduit rapidement vers une église progressiste armée pour une  offensive efficace de la pensée biblique et de toutes ses turpitudes.

L’offensive a bien eu lieu mais ses effets se sont limités aux milieux chrétiens. Elle les a renforcés et c’est déjà beaucoup.

 

J’avais mis de grands espoirs en Jean-Paul II : Un polonais ! L’assurance d’un intégriste ahuri au front bas. Certes il ne fut pas décevant de ce point de vue. Réactionnaire modèle, il n’hésita pas à déclarer qu’il préférait des millions de morts en Afrique plutôt que de voir des africains copuler avec des protections. Sa volonté a été exhaussée. Il fut moins intransigeant concernant les hommes blancs de chez nous, pour lesquels le péché de port de capote ne fut classé que gravement véniel.

Mais sévère ou très sévère quant au respect du dogme et de ses applications, en matière de sexe comme en d’autres, Jean-Paul II s’est révélé une véritable calamité par son génie de la communication, qui lui a permis de faire passé un enseignement religieux, plus que rigide et fermé, pour une ouverture sur le monde, bref un énorme talent à faire passer des vessies pour des lanternes.

 

Avec Jean-Paul II, l’offensive idéologique de l’Eglise a dépassé le monde des croyants. Elle a permis le développement d’un regard de sympathie, au moins à l’égard de ce pape là. Dans notre pays, cela se limité à ce « regard » bienveillant et n’influe en rien sur les mœurs des laïcs, pas plus que sur ceux de 90% des croyants, persuadés que leur morale personnelle est bonne et que puisqu’elle est bonne, elle est forcément celle de l’église, ce qui est évidemment très faux, mais allez leur expliquer le contraire.

 

Il résulte de cet aveuglement culturalo-religieux, que ces 90% de croyants partagent la même morale collective que les non croyants et ignorent l’enseignement et la morale de l’église. Le succès de l’immense offensive de communication de Jean-Paul II est de ce fait – et en tout cas dans nos contrées – une victoire en trompe l’œil : Retirez la principale image de communication – Jean-Paul II – et tout s’effondre, il ne reste rien, tout est à refaire.

 

C’est dans ce contexte d’effondrement qu’est apparu Benoit, monseigneur Ratzinger, réputé fieffé réactionnaire, ancien des jeunesses hitlériennes, éminence grise du pape précédent, gardien du dogme, réputé coupeur de têtes progressistes, et même théoricien intégriste, peu éloigné du courant du même nom, mais sachant se maintenir au sein de l’église, bien lové au sein d’une curie majoritairement très conservatrice pour ne pas dire plus.

Rien d’étonnant donc à ce que le conclave le choisisse avec une mission conforme aux désirs de cette majorité.

Rien d’étonnant non plus à ce que je me réjouisse de cette élection. Après 40 ans de velléités d’ouverture et de communication sur ce sujet, il était à craindre que surgisse par effraction un pape réellement d’ouverture, voire acceptant quelques mesures progressistes permettant de faire mieux avaler la pensée pernicieuse du renoncement, de la soumission, du respect des puissants, de l’acceptation de son  destin et en conséquence de sa prise en main, de la négation du corps, de l’entièreté des êtres, du refus de leur épanouissement, de l’interdiction des plaisirs, de la répression des révoltes, de la charité en guise d’action, de l’interdiction de regarder le ciel en face,  bref la pensée judeo-christiano-musulmane.

 

Benoit a-t-il déçu mon espérance ? Oui et non.

Oui parce qu’on pouvait espérer d’un tel intégriste, qu’il reprenne la communication initiée par son prédécesseur et y introduise clairement toute la pensée de l’église sans se soucier de savoir comment elle serait reçue. Jean-Paul II communiquait en quelque sorte par par du youkaïdi youkaïda accompagné de doses homéopathiques de dogme réactionnaire. C’est vrai Benoit a légèrement augmenté ces doses. Mais c’est infime et sans grande conséquence.

Cela d’autant que le moteur de communication essentiel c’est l’image du pape lui-même. Et il faut bien le reconnaître, Benoit, de ce point de vue, ne vaut pas le dixième de Jean-Paul II. Dès lors, le renforcement réactionnaire du contenu du message est de peu d’intérêt si ce message est dix fois moins perçu.

C’est évident, malgré tous les espoirs placés en lui, Benoit n’aura pas su provoquer la levée de boucliers anti-réactionnaire qu’on pouvait espérer de son action et de sa communication, et qui aurait permis un affaiblissement significatif de l’église et de la pensée religieuse.

 

J’en ai souvent parlé avec lui quand il venait me voir dans la Creuse. (Eh oui il venait lui aussi. Je vais d’ailleurs pouvoir maintenant revoir certains textes des aventures de Sainte Foufoune, dans lesquels j’ai volontairement gommé le rôle qu’il y a joué aux cotés de l’abbé Crougnard. Ce rôle fut particulièrement décisif dans les aventures de Sainte Foufoune en France Profonde, et Sainte Foufoune à Venise. Mais je dois lui demander son  autorisation de l’introduire dans mes récits).

A vrai dire, c’est très clair : Benoit n’est pas ce qu’on a cru de lui.  Certes il a été un peu nazi sur les bords et les homos et les juifs n’étaient pas sa tasse de thé. Je crois qu’il s’en fout aujourd’hui. Bien sur Benoit n’est pas bon. Ni vraiment mauvais. Ce serait plutôt un grand égoïste. Sa carrière est une succession de « bof pourquoi pas, voyons voir ». C’est comme ça qu’il est devenu jeune hitlérien – bof pourquoi pas - puis non hitlérien –voyons voir ». Et ainsi de suite : curé, évêque, cardinal : bof pourquoi pas, et puis voyons voir.

Comme il est intelligent, il a vite grimpé les échelons. Il a fait une belle carrière malgré lui, Benoit.

Alors pourquoi « intégriste réactionnaire » ? Tout simplement, il ne l’est pas.  Il n’est pas le contraire non plus. Il a simplement su observer : « la majorité des dignitaires de l’église sont intégristes et réactionnaires ? Alors moi aussi ! »

« Moi aussi », du moins quand on veut devenir le principal prélat de la curie. Pape, c’est venu tout seul. Ca s’imposait. Il était content. Il dit qu’il ne le voulait pas vraiment. Je le crois. Je crois qu’il aimait bien être le maitre de la curie, le cardinal manipulateur qui gouverne en sous main. Le pouvoir d’un pape ne lui a jamais vraiment plu : trop clair, trop direct, pas excitant. Benoit aime l’ombre. Il va la retrouver et il pourra de nouveau aller aux putes sans quinze séminaristes autour de lui.

 

Benoit a déçu les progressistes, et les chrétiens « d’ouverture ». Il a cherché à donner satisfaction aux plus réactionnaires. Il a fait la bise aux hyper intégristes lefévristes. Ca concerne si peu de monde. Il a refusé le mariage des prêtres, le sacerdoce des femmes, réitéré la condamnation des homos.  Très bien, mais ce n’est pas une avancée, c’est simplement maintenir l’existant.

Il adorait les dorures, les costumes chatoyants, les pierreries, les statues, toutes les magnificences : il s’est contenté de s’en environner là où il passait. Que n’a-t-il rétabli les anciens autels et condamné ces autels nouveaux en forme de table de salle à manger apprêtés comme pour un repas du prêtre avec les fidèles ? Quelle abomination.

Ah tous ces magnifiques autels dorés à colonnades et mignardises, aujourd’hui abandonnés voire masqués, devant lesquels officiaient les prêtres et évêques en vêtements du dimanche chamarrés et somptueux , le dos au public élevant le calice au ciel, pendant que les enfants de chœur agitaient clochettes et burettes faisant virevolter leurs toges tels des anges descendus des colonnades, portés par l’orgue puissant accompagné du chant des paroissiens en transes, les hommes en érection divine quand les femmes inondaient leurs bourdaloues, et que les filles donnaient des coups de pieds aux garçons tirant leurs nattes…

 

Ah que c’était bon !  Se rendre à la messe tous les dimanches de 11 heures et à midi sortir solennellement sur le parvis, pour les dames et enfants aller acheter les gâteaux à la boulangerie et pour les hommes se rendre à pas concertés au bistrot s’y rafraichir d’un blanc sec.

Pour compenser la pénurie de prêtres, j’ai suggéré à Benoit d’engager des comédiens pour jouer le rôle du prêtre célébrant la messe de 11h le dimanche matin dans toutes nos paroisses. Il m’avait promis d’y réfléchir.

Et qu’il aurait été bon de hurler et protester contre le rétablissement de toutes ces mesures réactionnaires par ce méchant pape hors de son époque : « Tous ensemble, tous ensemble contre la soutane »

 

Décevant Benoit. Mais un type malin appréciant la Williamine et France Gall dans Sacré Charlemagne :

Il écoutait avec attention et à la fin, il ne pouvait pas s’empêcher de m’expliquer pour la dixième fois : « Tu vois Jean-Mimi, tu fais un truc bien comme Charlemagne en inventant l’école, et douze siècle plus tard, tu as une petite mignonne de 15 ans qui te le reproche au nom de millions d’écoliers. Ca vaut vraiment pas la peine. Allez ressers mois. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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