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Mensonge masqué

 

                                    Mensonge masqué

Le mensonge d’Etat oscille, dans son explication, entre plusieurs options qui vont du cynisme à la bêtise. La manipulation de l’opinion est le principal objectif. Ce peut être, surtout dans les régimes autoritaires mais pas seulement, pour s’assurer de la docilité et passivité du peuple, mais ce peut être plus modestement pour tenter de cacher une faute, ou encore pour tranquilliser avec l'intention, qui se veut parfois sincère, d’éviter l’affolement dans l’intérêt supposé de tous. Et souvent, ce peut être pure niaiserie qui vient se juxtaposer à ces motivations (Ou encore un réflexe conditionné du genre « d’abord cacher et mentir », après on verra), ce qui finit par laisser les dirigeants tout nus tout bêtes, pris les doigts dans le pot de confiture du mensonge.

Ainsi au début de l’épidémie, les dirigeants français ont identifié les problèmes : Pas de stocks de masques, de gel hydroalcoolique, de tests. Tout en ayant la connaissance de leur nécessité, mais en refusant de l’avouer, et même en proclamant leur inutilité pour tous. On a vu ce qui s’est passé : Négation de la réalité et mensonge délibéré. Pourtant il n’est pas certain qu’un autre discours aurait été mal accueilli, un discours de vérité qui aurait dit : C’est vrai, on manque de tout. On va tout faire pour se procurer ce qui manque. En attendant, évitez les rapprochements et confectionnez vous-mêmes des masques, il y a urgence. Cela n’a rien d’absurde : J’ai moi-même confectionné mon premier masque et il reste celui qui m’étouffe le moins bien que couvrant bien mon visage. Tout le monde pouvait en faire autant. Et si c’avait été le cas, on aurait d’évidence évité des milliers de malades et de morts.

Aujourd’hui, on nous dit qu’il y aurait un début de reprise de l’épidémie. Ceci d’après le nombre de personnes infectées en augmentation après les tests réalisés. Soit, ok, il faut des mesures adaptées.

Mais, ça doit être dans les gênes, faut qu’ils mentent, avec l’idée d’en rajouter pour faire prendre conscience. Cette fois, c’est en manipulant les chiffres :

Depuis le début de l’épidémie, pendant le confinement et après, ont été révélés avec régularité les chiffres des malades hospitalisés, des malades en réanimation, des morts. Depuis juin, ces chiffres sont en baisse constante, passant de plus de 30000 hospitalisés à environ 5000 aujourd’hui, et de 7200 malades en réanimation à 400 aujourd’hui. Quant au nombre des décès, il est passé de plusieurs dizaines (voire centaines) par jour, à une dizaine en moyenne aujourd’hui.

Toutefois, on constate depuis huit jours, un ralentissement de la baisse de ces chiffres, proche de la stagnation.

Jusqu’à il y a peu, le ministère de la Santé publiait concernant (par exemple) les chiffres des hospitalisations :

-Le nombre total de personnes hospitalisés.

-Le nombre de personnes hospitalisées en plus ou en moins par rapport à la veille.

Ce dernier chiffre était obtenu en faisant la différence entre le nombre de personnes sorties de l’hôpital (Guéris ou passés en réanimation) et le nombre de nouveaux malades hospitalisés.

Depuis plus de deux mois, cette différence donnait un chiffre en baisse constante. Et c’est encore le cas.

Mais aujourd’hui, on a changé de chiffres à présenter, tant pour l’hospitalisation que pour la réanimation. On donne le nombre total d’hospitalisation (sans comparaison avec la veille) et le nombre de nouveaux malades hospitalisés, sans donner le nombre de personnes sorties de l’hôpital.

Autrement dit, si le nombre de personnes sorties de l’hôpital est de 200, et le nombre de nouveaux malades de 130, il ne sera retenu que ce dernier chiffre :

« Aujourd’hui encore 130 nouveaux malades de plus hospitalisés ».

Il n’y a pas de mensonge. Sauf par omission. Exactement comme pour les chiffres du chômage : On ne donne que les chiffres des demandeurs d’emploi de catégorie A. On ne cause pas des autres (Personnes ayant travaillé quelques heures, personnes en formation, et d’autres). Pourtant si on les prend en compte, il faut quasi doubler le chiffre.

Et comme pour le chômage, media et journalistes reprennent docilement les données qu’on leur donne sans chercher à en savoir plus. Je sais, il y a des exceptions, mais faut bien creuser.

On expliquera que certes, il y a manipulation mais que c’est dans l’intérêt collectif car l’important, c’est bien cette augmentation de personnes infectées jeunes qui vont revenir contaminer les populations plus âgées dès la fin du mois, sans compter que parmi ces jeunes certains présenteront des symptômes graves.

Et grave question aussi. Il me semble qu’il y a un début de respect de la population, de la considérer comme adulte, que de déterminer des jours, des heures, des lieux, pendant lesquels et dans lesquels, il convient de porter un masque.

Ce serait mieux encore en concertation avec la population. Les deux rues commerçantes en bas de chez moi sont zone avec masque. C’est idiot jusqu’au 22 aout, il y a bien peu de monde dans ces rues et les deux tiers des commerçants sont fermés. Ce ne sera plus idiot après le 22. Mais ce sera idiot après 20h30, avant 10h, le dimanche après-midi et le lundi.

Et je ne vous parle pas des fréquentations différenciées des squares. C’est trop compliqué ? Oui, si c’est fait par les têtes d’œufs qui planifient les vies. Non, si c’est fait par les habitants. C’est même simple. Ces habitants connaissent leur quartier, ils savent tous que la rue machin derrière n’est jamais surpeuplée, etc. Personnellement, je pourrais en quelques heures dresser le calendrier-plan masque utile des points essentiels autour de chez moi.

Je trouve terrifiants ces « bons citoyens » qui, trouvant tout cela « trop compliqué », demandent que le masque soit obligatoire partout. Cet esprit de caserne fait peur. Surtout sans au moins avoir expérimenté une méthode prenant en compte la diversité des villes, des populations et l’intelligence des citoyens. Il est vrai qu’une véritable confiance dans l’intelligence ne demanderait même pas qu’on impose des zones à masques, mais que tous les individus mettent leur masque quand ils constatent une concentration humaine autour d’eux ou là où ils vont.

Belle utopie, j’en conviens. Et donc il faut s’attendre à l’obligation prochaine du port du masque partout ou presque. Ça va me faire drôle quand en novembre, seul visiteur du square Serpollet (je m’y épanouis hiver comme été, même en janvier), je devrai me cacher dans les bosquets pour échapper à la patrouille policière, vélocipédique et surarmée, venue débusquer et « démasquer » les citoyens irresponsables et délinquants. Misère. Tu l’as dit bouffi.

 

 

 

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