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Media

 

                                              

 

                                                           MEDIA                  

 

Le Financial Times a interrogé le premier ministre français Edouard Philippe. Lorsqu’on lui fait la remarque que les plans de son gouvernement ne comportent que des mesures de droite, il éclate de rire : « Vous vous attendiez à quoi ? ». On lui reconnaitra la franchise de son cynisme.

 

Voilà qui dit où nous sommes et décrit clairement le pouvoir macroniste. Exit les niaiseries escrocs à grosse ficelle du ni de gauche ni de droite, et remet les pendules à l’heure : Ni de gauche, ni de gauche. C’est usant, on le sait bien que ces gens qui tout au long de l’histoire se présentent comme au milieu, au centre, ni ni, se révèlent immanquablement comme de droite pure et dure. Mais il il y a toujours un public pour croire un temps à ce discours, et à chaque fois, il faut un lourd et lent travail à la Sisyphe pour leur ouvrir les yeux (ou leur faire reconnaitre qu’ils sont de droite mais honteux de l’être !).

 

Pour servir ce pouvoir, il y a tous les grands media à sa dévotion. Contrôlés par des financiers, ils sont de droite en large majorité. Sans doute, préféreraient-ils servir la droite classique revendiquée, mais ils s’accommodent fort bien d’un macron qui, au-delà du discours ni ni, mène une politique socio-économique active. Qui plus est, il semble bien que sur le plan sociétal, où on l’imaginait moins réactionnaire que la droite, il n’ait en fait rien à leur envier, en témoigne ses récents mamours aux évêques de France laissant entendre une possible révision de la loi de séparation de l’église et de l’état. De fait, la différence entre les macronistes et la droite classique n’est plus guère qu’une question de personnes. Qui plus est, la droite soutenant en fait Macron en prenant un air boudeur, cela permet de couvrir un large éventail de l’opinion, vers l’extrême droite d’un côté, et vers la gauche de l’autre.

 

On pourrait dresser la longue liste des media aux ordres. Ces temps ci ce sont les trois grandes chaines d’information continue qui ont battu tous les records de servilité. (BFM, CNEWS, LCI). Elles ont pu montrer tout leur talent en ce domaine à la faveur de la grève SNCF.

 

On a connu une époque où des journalistes ambitieux, spécialement sans scrupules, s’emparaient des postes clés dans les media, passant l’essentiel de leur temps à courtiser les hommes au pouvoir et de pouvoir et tout ce qui ce qui pouvait servir leur carrière. Fondamentalement de droite, ils pouvaient tout autant servir media et politiques de droite comme de gauche de droite. L’important pour eux était d’obtenir les bons postes et spécialement ceux flattant leur ego. Ils sont toujours là mais vieillissants et paradent encore ici ou là en se faisant inviter au titre de leur glorieux passé. Cette race de prédateurs exhibitionnistes semble se tarir. Nul doute cependant que subsistent toujours ceux que le pouvoir réel en coulisse attire plus que l’affichage de leur bobine.

 

Mis en lumière ou dans l’ombre, ils ont le mérite d’être conscients de leurs actes, des mots qu’ils prononcent. Ils savent ce qu’ils font. S’ils descendent une personne ou un groupe social, ce n’est pas par automatisme.

 

Sur les chaines d’information continue, il y a certes des petites têtes d’affiche. Mais on n’y ressent guère de fortes personnalités charismatiques, on peut en changer à tout instant si nécessaire, nul ne protestera ni dedans, ni dehors. Qui plus est, quand il y a débat entre journalistes maisons, on oppose un journaliste macroniste à un journaliste de droite dure. Passionnant comme opposition. On voit ça un peu partout, l’émission de France 5, C’est dans l’air, battant tous les records de discussions inutiles dans un incroyable bavardage consensuel.

 

Mais globalement, les rédactions de ces chaines sont composées, non plus de grands fauves sans foi ni loi, non plus de gens aux ordres, par conviction ou par obligation, mais par de pauvres erres programmés issus du formatage décervelant des écoles de journalisme. Leur obéissance au pouvoir n’est pas question de choix, encore moins de stratégie, elle est devenue innée, elle est réflexe conditionné. Ils n‘y gagnent pas beaucoup, juste une carte de presse et une petite rémunération. Ils font là où on leur dit de faire sans qu’il soit nécessaire de leur apprendre le caniveau, déféquant avec un sourire discrètement béat.

 

Frédéric Lordon parle du milieu des dominants dont les journalistes occupent les chambres de bonne. Il est bien optimiste. Ces chambres sous les combles sont réservées à quelques promus au statut pourtant instable.

 

Les autres sont des bèbètes qui attendent au garde à vous qu’on leur dise où aller et que dire. Les conférences de rédaction sont la distribution d’éléments de langage :

 

Dis « otage » !

 

Otage !

 

Répète deux fois, allez :

 

Otage, otage !

 

Bien ! Maintenant, dis « galère », et après « jeudi noir » :

 

Galère noire !

 

Mais non, idiot, répète : Galère, jeudi noir, otage…

 

Et les bestiaux de partir, micro en main, se poster dans les lieux stratégiques en attendant qu’on les appelle :

 

« Oui ici, Bruno, c’est vraiment un jeudi noir, une vraie galère pour les usagers qui se sentent pris en otage par les grévistes, d’ailleurs ils nous ont confirmé ce sentiment, comme monsieur… »

 

Et une fois la séquence enregistrée, on la rediffuse dix fois dans les heures qui suivent.

 

J’ai parfois pensé à une manière de contrecarrer la propagande insidieuse réalisée sous couvert d’information objective, en rendant usuel que les journalistes fassent connaitre leurs opinions politiques. En disposant de cette information, on pourrait imaginer que le public comprendrait mieux quand on lui déverse un discours manipulateur. En tout cas, il serait averti.

 

Cela est possible avec des journalistes ayant une opinion précise. Les plus en vue généralement. Mais comment qualifier l’opinion politique des petits journalistes niais fraichement sortis de leurs écoles : Ils croient à une sorte de « bien » journalistique, qui s’exprime à travers des codes, des mots, des procédures, dont ils ne perçoivent pas qu’ils sont les outils du maintien de leur abêtissement professionnel. Ils se croient « objectifs », alors qu’ils sont souvent le témoignage du contraire, sans compter le fait qu’il est douteux que l’objectivité puisse exister.

 

En revanche, la qualification politique des media aurait plus de sens : Le « Media » des insoumis est clairement un organe d’info de gauche de gauche, ça ne peut tromper une personne de droite. Idem de l’autre côté, Valeurs actuelles est clairement de droite extrême, voire un peu plus, et Rivarol une publication nazi.

 

Le plus difficile cependant serait de contraindre les publications molles qui bien que la plupart du temps de droite, tentent de présenter des contours politiques mous, la plupart du temps par souci d’attirer le plus de lecteurs possibles, vendre étant leur principal souci. Les trois grands hebdos de droite, l’Obs, l’Express, le Point, sont des champions du flou de la ligne éditoriale. Publications inutiles qui distillent tout doucement et hypocritement leur petite idéologie libérale modérée, ça sent le renfermé, la mort annoncée et bien méritée.

 

Un homme politique, Mélenchon se répand souvent en vitupérations incendiaires contre les media. Il a mille fois raisons sur le fonds. Et il est toujours éclairant de voir comment des journalistes, qui se disent soucieux de déontologie, peuvent se montrer solidaires avec les plus pourris d’entre eux quand ils sont attaqués : Pas touche. Curieux cet esprit de corps, commun avec les flics et l’armée. Les boulangers, eux, n’éprouvent pas le besoin de défendre un de leur confrère qui aurait vendu du pain empoisonné.

 

La question pour Mélenchon n’est pas ce qu’il pense sur ce sujet, mais qu’il le dise. Il a bien raison de le penser. Faut-il pour ne pas paraitre mauvais joueur, ne pas le dire ? Sur que ces propos ne plaisent pas en général au plus grand public. A mon sens, le compromis serait de le dire clairement mais sans rage, avec économie de qualificatifs, et même si possible, en en souriant et avec humour. Là c’est sur il gagnerait de nombreuses adhésions au fond de ses propos. Mais sur aussi qu’il ne parait pas en mesure de faire ça.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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