LIRE D’ORMESSON ?
En apprenant la mort de Jean Lefèvre d’Ormesson, il m’est venu à l’esprit que je n’ai jamais lu une ligne de lui. Pourtant, il est écrivain et a publié une quarantaine de livres.
Pourquoi ? Pourquoi donc n’ai-je jamais eu la moindre pulsion d’ouvrir un livre de Jean d’Ormesson ou de Frédéric Beigbeder ou de toute autre personne de même type ? Pourquoi ouvrirais de grands yeux tout ronds si quelqu’un de ma connaissance me parlait de la lecture d’un livre de l’un d’eux ? Je croirais sans doute rêver. Ce n’est pas le résultat d’un choix pensé, juste un comportement ordinaire, spontané.
Sans doute pour la même raison qui fait que jamais je ne lirai un livre de Michel Drucker ou de Jacques Séguéla. C’est comme une évidence, ce n’est même plus du mépris, simplement on ne lit pas des livres des gens de ce monde-là. Enfin, du moins pas moi et quelques autres aussi sans doute. Par leur personne qu’ils exposent à tout vent, leur essence, ils préviennent eux-mêmes que leurs écrits sont sans intérêt : Il faudrait beaucoup d’esprit de contradiction pour aller outre leur avertissement.
Leurs livres ne se présentent pas comme des œuvres, mais comme des supports permettant à leurs auteurs de s’agiter et de paraitre, poseurs exquis.
On dira – et sans doute à juste titre – que c’est là de l’élitisme. Certainement, mais peut-être un élitisme justifié. En tout cas, il ne s’expose pas, ne s’étale pas. Beaucoup moins en tout cas que ces petits cercles de fils de familles fortunées évoluant de saint Germain à Neuilly et condescendant à se compromettre dans les media pour s’y faire admirer par le bon peuple par d’habiles pirouettes. « Esprits libres » et réactionnaires dans un monde de coton, parvenant à celer leur élégante morgue innée au plus grand nombre, suffisamment conditionné pour acheter les livres des seigneurs.
Et si ça se trouve, Jean d’Ormesson a du talent et ses livres ont-ils un intérêt ! Allez, si l’un d’eux me tombe entre les mains, promis, je le lis. Je ferai en sorte d’oublier la tête à claques de l’auteur. Enfin j’essayerai, la vie est courte et précieuse.