L’IGNOBLE HANDICAPI
Ça se passe à une terrasse de café un bel après-midi d’été. Monsieur 1, de belle humeur, invite monsieur 2 à s’installer à sa table, et pérore à son habitude.
Monsieur 1 :
Moi, vous savez, je le dis sans fard, dans le fond de moi, je suis clairement une vieille pute. Et vous-même, cher monsieur, connaissez-vous les délices de cet état ?
Monsieur 2 se montra embarrassé par la question :
Je ne saurais dire, je crains fort de ne pas avoir votre expertise. Et pourtant progresser toujours vers la lumière est mon principe de vie.
Monsieur 1 :
Soit. Mais pour le moins êtes-vous une enfoirure à roulettes ?
Monsieur 2 :
Eh non, eh non, j’en suis confus, croyez-moi, je crains de vous décevoir, je crois que je devrais quitter cette table, je ne mérite pas votre compagnie.
Monsieur 1 :
Mais non, mais non voyons. Les êtres d’expérience et de savoir doivent assistance aux plus démunis, sinon ce serait à désespérer de l’humanité. Voyons, cher monsieur, cher être humain, de naissance comme tout un chacun, vous êtes par nature une empaffure, n’est-ce pas ?
Monsieur 2 baissa la tête, effondré :
Hélas non, je suis dénué de cette qualité. Je suis un cas. Tous les spécialistes s’affairent autour de moi. Ah la belle affaire d’être ainsi leur centre d’intérêt ! J’aimerais tant connaitre la belle ignominie commune. Mais je suis handicapi, monsieur, oui, rien qu’un handicapi !
Monsieur 1 :
Un handicapi ? Quelle horreur ! Je me disais bien. Disparaissez indigne honnête homme, ôtez-vous de mon soleil, que ses rayons viennent flatter ma purulence infinie !
Monsieur 2 handicapi, l’air malheureux :
Je pars, ne craignez rien. Je reviendrai quand je serai conforme, je le promets. Pardonnez-moi.
Monsieur 1 :
Mais tire-toi donc ! Quelle plaie !
Moralité : Si vous êtes handicapi, ne vous posez pas à la table des vieilles putes qui prennent le soleil, ça pourrait vous achever.