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Guignol

 

 

 

                                               GUIGNOL

 

(Tiens, revoilà l’obsédé)

 

Souvent les pré-ados s’essaient à discuter de dieu, à savoir « existe-t-il ou non ? ». Ils sont déjà sous la coupe du cornacage scolaire et parental qui leur enjoint d’accepter l’enfermement des débats qui leur offre ce pseudo-choix. Surtout il importe de ne pas commencer par le B A BA de la réflexion, en l’occurrence d’abord rechercher la définition du sujet de discussion, le mot dieu : serait ce la constellation d’Orion ou le trou de mon cul ? Personnellement je pencherais plutôt pour la seconde hypothèse.

 

 Dommage que cette réflexion basique ne se fasse que rarement, car puisqu’il n’existe, à la connaissance humaine, aucune définition qui tienne debout, la question serait vite réglée. Sauf révolte il leur en sera toujours ainsi sur tous sujets de leurs vies. Et, beats ravis, ils se croiront libres.

 

Plus tard, quelques-uns se prendront à juger. Et, au vu du contenu des textes religieux, moins crédibles que Blanche Neige et les sept nains, ils vont estimer que ceux qui croient dans les religions sont des fous ou des simplets. Voire des méchants car certains de leurs commandements sont une quasi-apologie du mal nécessaire sur cette terre.

 

Rapidement, il leur faudra admettre, en regardant autour d’eux, et si nécessaire en étudiant toute l’humanité, que la grande majorité des croyants ne sont ni fous, ni simplets, ni méchants (Du moins pas volontairement). Ils sont même souvent intelligents, aimables et sensibles, à l’égal de la population non croyante.

 

Certes – il ne faut pas trop le leur dire – ils ont tendance à confondre leur vision du bien avec la morale de leur religion, et c’est de plus en plus différent. En cela, ils sont parfaitement hérétiques et mériteraient le bûcher. Mais je ne les dénoncerai pas, même certains curés pensent comme eux.

 

A ce propos, j’ai oui récemment Marion Maréchal-Le Pen professer son grand catholicisme. Quand on sait qu’elle vit maritalement avec un homme hors mariage, on ne peut que ricaner. Quand j’étais ado, une femme dans cette situation était, dans les milieux populaires, le mien -ailleurs je ne sais pas trop -, considérée comme une trainée, et pour l’église, c’était une fille perdue, interdite de communion. Elle ne pouvait bénéficier de la miséricorde de dieu qu’après avoir réparé en se mariant et après maintes pénitences. Alors vivre dans ce péché et se dire fervente catholique, ça doit désespérer la Boutin.

 

Et s’il faut se faire à ces horreurs, alors, que les curés – qui ont fait vœux de célibat mais pas de chasteté – vivent avec leurs conjoints (tes) ouvertement et même s’unissent dans des pacs, ça en dissuadera peut-être certains de trop s’intéresser aux petits garçons (Pour le cas où on trouverait un lien entre frustration sexuelle ordinaire et pédophilie.).

 

Et l’adolescent devenu homme de peaufiner sa réflexion. Si un individu d’intelligence habituellement honorable parait disjoncter en adhérant aux récits des fables et niaiseries religieuses, ce serait par lâcheté.

 

Un lâche car il ne pourrait pas supporter, quand il regarde le ciel et l’univers, de, comme tout le monde, pouvoir se poser des questions fondamentales (comme l’idée d’infini, de quelque chose plutôt que rien, quoi après la vie, etc) et de n’avoir aucune réponse ni en espérer. Une religion, aussi fantaisiste soit-elle, est une réponse, qui bien que dénuée de toute assise sérieuse, apaise le croyant, qui bouchant ses oreilles, et rabaissant sa casquette sur son front, baigne dans l’optimisme car il y a une explication, suffit de se le répéter en boucle, et la prolongation de sa vie après la mort est assurée.

 

Peu lui importe d’ailleurs l’enfer ou le paradis, l’essentiel est de demeurer, pour le reste il verra bien. C’est évidemment toujours le cas : Si le croyant ne visait que le paradis, il aurait une vie exemplaire et ferait un bien visible tout autour de lui, bien plus qu’un non-croyant. Or ce n’est pas le cas. Je n’irais pas jusqu’à dire « bien au contraire », mais il m’est arrivé de le penser.

 

Lâche, si on veut, c’est juste polémique usée. Simplement, si un jour, j’ai un lit de mort, je veux dire mourant conscient, je ne veux pas de croyant autour de moi. S’il y a présence, que ce soient des êtres humains comme moi, solidaires, des chairs vibrantes. Pas des engeances soumises qui communiquent en vertical avec les chimères du ciel. Mais si elles doutent, je veux bien, en ce cas elles redeviennent humaines.

 

                                                           ----------------------------

 

Il m’est venu la pensée, à travers mon goût pour la surréalité, que c’est peut-être bien une impasse que de partir du double concept de l’homme intelligent doublé d’un homme croyant. Une impasse comme le choix entre croire et ne pas croire en dieu. Et je suis donc un con moi aussi d’avoir emprunté cette voie.

 

Cela m’est venu place de la mairie, un samedi après-midi, un jour de spectacle provisoire de guignol installé sur la place, sous une tente, avec des bancs devant pour y assoir la marmaille. Quand j’en ai vu sortir les enfants, j’ai réalisé combien ils étaient dans la vie présente, réclamant à leurs parents une glace ou un tour de manège. Pourtant, juste avant, ils étaient dans une autre vie, dans le monde de guignol, totalement dedans, riant et applaudissant, s’incarnant dans le héros. Et le passage d’une vie à l’autre ne semblait leur poser aucun problème. Et je me suis dit qu’ils n’avaient pas deux vies, ou qu’ils n’étaient pas des enfants coupés en deux, mais qu’il y avait deux mondes de vie où ils s’ébattaient sans contradictions.

 

On pourrait dire la même chose avec la vision d’un film ou d’un quelconque spectacle télévisuel ou autre. C’est sans doute moins fort, les adultes ne se livrant pas avec la même entièreté que les enfants.

 

Et je me suis dit aussi qu’on pouvait vivre cela à d’autres moments significatifs. Sans parler de moi, ce moi dont j’ai l’impression qu’il vit ce type de moment quasi quotidiennement sans perturbation identifiée.

 

C’est souvent léger, ça peut prendre dans la rue, comme un zigzag qui touche dans ses courbes des morceaux de monde d’ailleurs et me les ramène vivement en offrande vitale que j’ingère avec douceur. Je crois que je mourrais vite si je devais ne plus avoir ces nourritures.

 

Mais prenons du monde d’ailleurs bien concret, identifiable. Par exemple un cauchemar.  J’en ai un, récurrent : Je suis tombé d’une falaise mais je suis resté accroché du bout des doigts. La falaise s’effrite et je manque de chuter avec un bout de terre qui s’arrache. In extremis, j’agrippe à nouveau le bord de la falaise encore stable, mais voilà qu’il cède aussi, et ainsi de suite.

 

L’important dans l’histoire, c’est qu’il s’agit d’un moment de vie dans un autre monde. Quand il s’arrête, j’entre en quelques menues secondes dans mon autre vie majoritaire, dans laquelle évidemment, j’éprouve un sentiment de soulagement. Elles sont distinctes et en même temps se succèdent et s’accordent.

 

Autre moment, le rêve : Cette fois, tout va bien, je n’ai plus de problème de jambe, de locomotion. Je monte dans une voiture, mon pied ne dérape pas entre les pédales de frein et d’accélérateur, des gens souriants montent dans ma voiture, je les conduis, nous sommes arrivés, et je descends à toute allure un grand escalier, je crois bien que je suis joyeux… Joie qui se poursuit dans le monde de l’éveil, je vais pouvoir sillonner doucement les petites routes de campagne, et au bout il y a la mer qui sent si bon, je vais bientôt marcher dans ses vagues. Quelques secondes peut-être. Ensuite intervient une forte déprime qui dure toute la matinée. Anecdotiquement, cette fois c’est le mal qui succède au bien. Mais surtout, dans les deux mondes, je reste entier, que ces deux mondes communiquent, comme cette fois, où qu’il y ait césure apparente comme avec les enfants du guignol.

 

Dans ma vie onirique, il s’en faut de peu – quelques secondes de mémorisation au réveil - que ma vie éveillée, n’ait pas connaissance des évènements de ma vie endormie. D’évidence ma vie onirique connait ma vie éveillée et va jusqu’à la mimer ou l’extrapoler. A l’inverse ma vie éveillée n’a que des bribes de connaissance de l’autre.

 

Ces bribes sont tout sauf négligeables. Elles m’apprennent énormément. J’en suis même à penser qu’elles ont décidé volontairement de se livrer à mon éveil pour passer un message d’un monde à l’autre. Tout comme Guignol s’installe durablement dans la vie de l’enfant, même s’il ne pense qu’à lécher une glace au chocolat. Tout comme la larme involontaire qui me coule à l’écoute de quelques mots sublimes d’une chanson appartient à l’autre monde, qui pourtant m’indique d’accepter ou cacher cette sensibilité exagérée.

 

Enfin toutes ces choses là juste pour supposer que l’autre monde n’est pas forcément enchainé au monde du quotidien, qu’il peut s’alimenter et croitre indépendamment, qu’il vient un moment où il vit sa vie, communique avec le monde premier s’il le veut bien, et peut-être bien à la guise de l’homme qui s’y confectionne des niches distinctes ou accordées selon son bon vouloir, ce qui ne peut que fâcher Sigmund, toute révérence gardée envers les vieux obsédés.

 

Et, peut-être dans une aura de surréalité, le croyant intelligent n’est-il pas aussi déchiré entre deux êtres contradictoires tels qu’on pourrait se l’imaginer. Peut-être qu’il suffit que quelques signaux de son monde de croyance effectuent un passage en force vers sa vie éveillée en intelligence pour imprimer et enrober cette dernière de sorte à tisser un tissu d’harmonie fragile mais possiblement durable, sans qu’il soit nécessaire de se flageller les neurones ad eternam.

 

Une grande fragilité : On ne peut mettre éternellement sous le boisseau la faculté de douter. Et on ne sait rien de la vie onirique du croyant intelligent. Qui sait, si le doute, la contestation ne viennent-t-il pas y lancer des flèches empoisonnées ?

 

La croyance naïve et généreuse en dieu semble bien favoriser l’harmonie de nos mondes et évite de déchirer les êtres. En revanche, la croyance intelligente favorise le risque de rixes entre mondes et donc une difficulté d’unité pour la personne. Nous serions d’abord des unités, confrontés à des mondes qui n’ont de cesse de tenter de nous fêler pour ouvrir des brèches en nous, sauf à retourner leurs armes contre eux en les neutralisant ou en les conquérant comme des belles désirées.  

 

Il est vrai qu’il s’agit là de faire coexister deux mondes qui en principe sont en contradiction absolue. La coexistence entre le monde de guignol et le monde éveillé de l’enfant n’est pas aussi problématique, mais elle reste exemplaire et, a priori, rien ne s’oppose à sa transposition à d’autres situations.

 

Sa réussite est une gageure. L’abord de la question à travers un être unique confronté à des mondes multiples pourrait en faciliter le succès, plus facilement en tout cas qu’en partant d’un être déchiré entre des entités qu’il ressent comme des inquiétudes et non comme des mondes qu’il pourrait enserrer.

 

(Je considère, par facilité de théorie, nos individus comme des unités confrontées à des mondes autres que notre monde « originel » : Bien évidemment ce monde là est plus que divers, et sa complexité conditionne grandement la réceptivité des mondes qui visent à nous compléter. Vaste sujet.)

 

Bon, juste une petite idée bien brouillonne comme ça -plutôt une sensation -, un dimanche matin, jour de grand-messe, un moment de grâce qui donnerait à la surréalité le pouvoir de l’unité maitrisée des mystères. Une impression comme ça pour moi. Et les autres ? Pourquoi vous me demandez ça, Je n’y connais rien aux autres, d’ailleurs ce sont des autres, vous voyez bien. Misère.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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