GENTILS NAVIONS
Une bien belle farce que ce choix entre un aéroport à Notre Dame des Landes ou l’extension de celui de Nantes Atlantique.
Certes ce sont 1600 hectares de zones humides et de terres agricoles qui sont sauvés. Toujours ça. Mais dans l’avenir ce sera la très belle zone du lac de Grand lieu (à coté de l’aéroport de Nantes actuel)) qui sera amputée et sinistrée par les nuisances sonores.
Mais ce qu’on ne dit pas et qu’on n’est pas prêt de dire, c’est que la nuisance absolue ce sont les avions qui volent grâce à la combustion fossile, en l’occurrence le kérosène, et donc tous les avions.
La circulation aérienne constitue aujourd’hui environ un quart des causes du réchauffement climatique. On prévoit, sans sourciller, que cette circulation soit multipliée au moins par trois dans les trente années à venir. Alors que d’évidence, si on voulait vraiment lutter contre ce réchauffement, il faudrait la limiter aux transports jugés essentiels et prioritaires et parvenir à la rendre négligeable dans ses effets nuisibles.
C’est évidemment tout à fait impensable. Même la plupart des écolos n’ose pas le dire bien que le sachant. Ils savent que c’est là une proposition qui ne peut pas être reçue. Alors ils se battent contre le projet Notre Dame des Landes, ça fait diversion. Un peu comme on nous enjoint de trier nos déchets, plutôt que d’arrêter de fabriquer des emballages inutiles, des objets à obsolescence programmées, et de cesser d’acheter sans nécessité des produits pas chers fabriqués par des enfants à l’autre bout du monde et transportés par d’immenses porte-conteneurs qui consomment du fioul et polluent les mers.
Trions, trions, l’avenir est radieux, surtout ne pensons pas, ne voyons pas.
Prévoir la fin de l’aviation mue au pétrole est une hérésie, une abomination, le politique qui porterait un tel projet pourrait se faire lyncher. Ce serait ruiner l’industrie aéronautique immense et florissante, ruiner le commerce par voie aérienne, ruiner l’industrie du tourisme. Ce serait un cataclysme total, c’est tout à fait irrecevable tant par les politiques que par les populations, que par les puissances financières.
Il ne faut donc pas en parler et marcher en chantant vers les degrés qui montent, qui montent. En tout état de cause, il faudrait une décision conjointe de quasi tous les pays de la planète pour parvenir à une limitation de la circulation aérienne. Un pays seul se condamnerait à la ruine. Donc totale utopie, n’en parlons plus.
Quant à la recherche pour faire voler des avions sans combustible fossile, je ne sais si elle existe, mais je n’en ai pas entendu parler, à l’exception bien sur de ce tour du monde effectué par l’avion solaire Solar Impulse. Ce serait évidemment un avenir. Et quant à la conversion au temps lent, au moindre travail, aux longs déplacements, à l’art d’exister, faut pas rigoler.
Une autre utopie est celui de l’objectif de limitation du réchauffement climatique à deux degrés fixé par la COP 21 et suivantes. Au moment de la COP 21 – toujours mauvais esprit – j’avais repris les chiffres des écolos contestataires de cette COP qui prétendaient que si les objectifs de la conférence étaient réalisés et atteints, le réchauffement serait plutôt de 3 à 4 degrés. Ils n’en concluaient pas à la fin de l’humanité, mais à des conséquences plus graves mais affrontables. Ils disaient qu’il fallait prévoir quelques centaines de millions de sinistrés (réfugiés potentiels pour certains) économico-climatiques, ce qui est énorme, mais qui pouvait être dominé dans la mesure où ce phénomène serait progressif. Il était donc urgent de le prévoir et de demander à l’ensemble de l’humanité de s’organiser pour cela.
Je pensais donc être dans l’excessif, sans gêne pour autant car estimant qu’alerter en faisant peur était une bonne chose. Il s’avère aujourd’hui que ce sont les écolos et experts « raisonnables » qui disent quasi ouvertement que les mesures prévues par la COP 21 devraient seulement permettre une limitation à 3-4 degrés.
Seulement il y a toujours un métro de retard dans l’évaluation de ces prévisions. Aujourd’hui les USA se sont retirés de l’effort collectif, et tout le monde triche comme on le voit pour l’aviation. Tout le monde détourne ses engagements. Un exemple : l’Australie, grand producteur de charbon, ne l’utilise plus, elle respecte ses engagements. Elle le vend…à l’Inde qui elle ne se prive pas de le brûler dans ses centrales.
Alors ? En bonne logique, on se dirige vers un réchauffement climatique de l’ordre de 4 à 6 degrés vers la fin du siècle. Les conséquences sont difficiles à prévoir. Par exemple, la France du nord devrait connaitre le climat de la France du sud, mais avec des épisodes climatiques violents et destructeurs. Cependant, le bouleversement général climatique pourrait détourner le Gulf Stream de l’Europe, ce qui la refroidirait, mais Ce réchauffement climatique générale viendrait contrecarrer ce refroidissement, etc. On peut faire le même genre de supputation pour toutes les régions du globe. En fait on ne sait pas.
En théorie, le réchauffement climatique aboutit, à un moment X, à un niveau de fonte des glaces où il n’est plus possible de revenir en arrière dans une perspective de temps à échelle humaine (Une fois l’humanité et ses nuisances disparues, la planète perdra ses degrés excessifs en très peu de temps). L’humanité donc disparaitrait à moins peut-être de vivre sous terre.
Il est cependant probable qu’il y ait une prise de conscience de dernière minute, avec des combats acharnés pour occuper les terres les moins touchés par le réchauffement climatique. Il faudra imposer une austérité aux peuples. D’évidence, on devrait voir apparaitre des pouvoirs forts, voire des dictatures, soutenues par les plus riches soucieux de préserver leurs privilèges et leurs modes de vie, et bien sur s’appuyant sur des forces de répression, armée et police, qui devront être choyées pour être sûres. Sans doute des guerres entre puissances mais surtout des massacres (avec regrets, mais on est bien obligé dans l’intérêt du plus grand nombre) de millions d’hommes peu ou mal armées et dont la détresse pourrait représenter une menace pour ceux mieux lotis.
Au fond, rien de neuf sous le soleil, ce n’est que la sempiternelle histoire de l’humanité. Et mauvaise nouvelle elle devrait continuer.
Ce que je dis là n’est évidemment pas certain, mais bien probable, et chacun connait cette forte probabilité, et chacun semble continuer à s’en foutre, continuant à trier ses déchets en chantant youkaïdi, youkaïda, et en faisant des enfants qui vivront ces moments terribles et peut-être en crèveront. Certains acharnés ont même recours à la PMA et la GPA pour mettre au monde ces futurs malheureux. Il semblerait que plus les gens ont de descendance, moins ils veulent entendre parler de cette catastrophe programmée.
Somme toute ce qui leur importe, c’est ce bonheur d’avoir des enfants et petits-enfants vivants tant qu’eux-mêmes sont de ce monde. Après eux le déluge.
Alors quand on a 70 ans et pas d’enfants reconnus, on est un peu ridicule de se soucier du sombre futur annoncé et de se faire plus royaliste que le roi. C’est donc la dernière fois que je cause de ce sujet et je vais tout faire le contraire dans le tri des poubelles, histoire de faire le vieux méchant et sournois, ce qui occupe bien et procure de grandes satisfactions.