GELSAMINA
C’est une grande chance que d’avoir été jeune dans la deuxième moitié du vingtième siècle, ce temps où le cinéma éclatait partout dans le monde et s’offrait presque toujours splendide, spécialement celui d’Italie et de France qui m’a le plus touché.
Dans ce cinéma, il y avait bien sûr Fellini. Hier soit, à la télé, on pouvait voir « La Strada », la route. J’ai revu Amarcord au moins 4 fois, peut-être plus. Mais mon souvenir de la Strada remonte à 50 ans au moins, plus même, sans doute 60 ans, peut-être bien autour de 65 ans. (Le film est sorti en 1954)
La réminiscence de ce film me faisait monter l’image de Gelsamina (Giulietta Masina) jouant du tambour et annonçant : « Et voilà le grand Zampano ». Je ne suis probablement pas le seul à avoir cette image imprimée dans le cerveau. Toujours dans mon souvenir, cette scène précise se répétait plusieurs fois : Il n’en est rien, elle ne se produit qu’une fois au début du film.
Pour ma mère, La Strada était un très grand film mais il faut dire que pour ma mère, les grands films étaient essentiellement ceux qui émeuvent et font pleurer des fontaines de tendresse et douleur mêlées. Pour moi, jeune garçon ou jeune ado, sans doute un rien macho, tout ça c’était du micmac avec une brute crasseuse et une fille pas belle et un peu demeurée.
De ce fait, devenu adulte, et bien que vénérant Fellini, au fond de ma pensée La Strada était un peu le film des débuts, pas trop intéressant, que je ne me précipitais pas d’aller revoir, toutefois sans le critiquer car il n’est pas de bon ton de décrier quoi que ce soit chez le maitre.
Tout de même hier soir je me suis installé devant la télé pour enfin revoir La Strada que diffusait Arte. Et ça a commencé, comme dans le souvenir, avec Gelsamina et son tambour, et le grand Zampano (Anthony Quinn), torse nu, faisant éclater une chaine d’acier enroulée autour de son torse, rien qu’en gonflant ses puissants poumons. Une plongée immédiate dans le dérisoire.
Le dérisoire et le tragique de l’existence qui se développent tout au long du film. Je n’avais vraiment rien vu. Quel jeune con j’étais. De l’existence et de l’amour. Et leur froide imbrication, et le frôlement délicat des vies qui agite le chiffon rouge de l’espoir de l’échange vrai, et évidemment au final la bien connue incommunication que Fellini nous envoie en direct au cœur.
Un personnage secondaire dit de Zampano : Il aboie pour dire qu’il aime. Souvent les hommes aboient dans leur désert barbelé et leur fatale solitude.
Et, est ce nécessaire de le dire, comme Gelsamina est belle, belle d’amour.
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Et à part ça. J’ai toujours perçu Anthony Quinn incarnant des individus très costauds, épais et musculeux, brutes ou non. En fait c’est un mec de grande taille, plutôt mince et élancé, peu musclé ou en tout cas ayant des muscles déliés, et, comme on disait sottement des filles maigres quand j’étais ado, avec « les cannes à mon serin ». (Décidément j’étais vraiment un jeune con)