FILIATION
J’avais fait état d’un chiffre statistique de 8% pour quantifier le nombre d’enfants nés dans un couple hétero (marié ou non) reconnus par l’homme du couple mais génétiquement ayant des pères autres que ces pères légaux.
Ceci aujourd’hui et en France.
Ce chiffre de 8% est modeste mais en soi il est quand même suffisant pour dénier au mariage d’être une garantie de la filiation comme les opposants au « mariage pour tous » le proclament.
Une telle garantie repose sur la conviction que les femmes mariées n’ont de rapports sexuels qu’avec leur mari. Sans prétendre que le contraire serait une généralité, il y a d’évidence naïveté ou hypocrisie dans l’affirmation de cette conviction.
Les statistiques dans ce domaine sont récentes et donnent lieu à peu de comparaisons antérieures.
Toutefois on peut penser que ce chiffre est probablement devenu modeste et qu’il a du être plus élevé :
Autrefois le peu de moyens contraceptifs ainsi que les graves dangers de l’avortement rendaient très difficile pour les femmes ayant des relations sexuelles extra-conjugales de faire en sorte que le père naturel de leurs enfants soit seulement leur mari.
Sans les facilités actuelles de contraception et d’avortement, le nombre d’enfants issus de relations extraconjugales (dans un couple établi marié ou non) serait sans doute plus élevé aujourd’hui.
Ce n’est donc pas la « morale » qui a fait reculer le nombre d’enfants non générés par les pères qui les reconnaissent, mais bien plutôt le progrès de la médecine.
Si les femmes avaient probablement plus souvent qu’aujourd’hui des« bâtards utérins clandestins », ce n’est pas qu’elles avaient une plus grande liberté sexuelle qu’aujourd’hui - ni même comparable, bien au contraire - mais bien plutôt parce que lorsqu’elles avaient une aventure ou un amant, et qu’elles en étaient enceintes, elles n’avaient d’autre choix que d’en faire endosser la paternité par leur mari, la non paternité n’étant pas démontrable et de toute façon le père officiel ne songeant pas à la contester si la femme savait rendre ses grossesses légitimement vraisemblables.
S’il y a une sagesse dans le mariage – ou s’il y a eu – ce fut bien d’assurer la prise en charge de tous les enfants du couple et leur éducation, tant par la mère que par le couple, sans ce soucier de questions de filiation naturelle, le mari étant réputé père naturel sauf trop grande évidence contraire, ce qui était rare.
Les « grands », rois et nobles s’appliquaient ce même principe : S’ils s’étaient souciés de filiation naturelle, les rois auraient bien souvent désigné l’un de leurs bâtards (leurs enfants naturels de manière plus certaine) comme leurs successeurs alors que bien souvent les enfants de leurs femmes étaient les enfants du valet de chambre ou du chevalier « machin ». Ils n’en firent rien.
Il était demandé aux épouses de ces grands, de procréer de préférence avec leur mari comme géniteur, et si ce n’était pas le cas, au moins de faire en sorte que ça ne se sache pas auprès du grand public.
Le soupçon de bâtardise était plus important que la réalité de la bâtardise : Il délégitimait, moralement mais pas légalement, le droit à hériter qu’il s’agisse de puissants ou de sujets ordinaires sans pour autant l’interdire : Il créait donc désordre et confusion.
L’ordre public et moral exigeait des femmes non pas la fidélité, mais de savoir faire en sorte que tous soient persuadés de cette fidélité (sauf l’amant éventuel bien sur !) : sagesse ou hypocrisie selon les points de vue.
D’une certaine façon les deux égéries de bénitier, les Barjots-Boutins se montrent subversives de l’ordre établi à travers cette revendication d’établissement de la filiation : La conséquence serait le désordre général et une manière de saper les bases de notre société. Ce qui n’est pas vraiment leur tasse de thé.
(Ceci dit pour le fun : on sait bien que leur souci n’est pas cette histoire de filiation dont elles n’ont rien à faire, mais d’interdire le mariage aux homos, tous les prétextes pour cela étant bons.)