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Fainéants

 

FAINEANTS

 

Macron traite de « fainéants » les français qui s’opposent à lui. Bon, on a vu pire dans l’injure politique. Celle-ci est jugée maladroite, elle se retourne contre son auteur, on est dans le jeu habituel de la polémique politique éphémère, rien de passionnant.

 

Cependant, le mot n’est pas utilisé par hasard, et sur le fond, il est extrêmement révélateur d’une idéologie fortement affirmée, partagée par un groupe d’individus très minoritaires mais d’une rare nocivité pour le reste de la société.

 

Le mot « fainéant » était autrefois employé à l’occasion par quelques stakhanovistes du travail qui stigmatisaient ceux qui travaillaient mais pas autant qu’eux et qui de plus osaient profiter de protections sociales : « Moi monsieur, j’ai travaillé dur toute ma vie, 12 heures par jour et même le Week end, sans un jour d’arrêt, même malade, et j’en suis fier ». Généralement ces gens meurent jeunes vers l’âge de la retraite. Sans doute pour être bien certains de ne jamais jouir des fruits de leur travail et de risquer de devenir oisifs et donc fainéants. Les héritiers eux se frottent les mains.

 

Si la société n’était pas viciée par l’idéologie du travail, si le droit à la paresse n’était pas officiellement mal reçu, ces travailleurs « durs » risqueraient fort de se retrouver dans des unités de soins psychiatriques. Car, malgré cela, et nonobstant d’une part l’incitation permanente d’une part à la consommation infinie de choses inutiles et d’autre part à la réussite sociale et financière pour assurer cette consommation, la grande masse de la population partage le désir de vivre le mieux possible, de voir ses besoins individuels et collectifs satisfaits, qu’il s’agisse de biens, de services, impliquant un partage des taches allant de la production à la recherche en passant par la communication et l’échange.

 

La grande masse de la population n’a pas naturellement l’esprit de compétition, l’esprit de promotion individuelle sans limite. Il serait sans doute abusif d’affirmer qu’a contrario elle serait acquise à l’action collective pour assurer son destin. Elle fait ce qu’elle peut et suit de manière individuelle la voie indiquée par obligation et -ou- intox, celle de la démerde personnelle et à l’occasion de l’écrasement du voisin concurrent. Pas le choix. Mais on s’aperçoit que dès que l’occasion s’en présente, elle s’enthousiasme et participe activement aux initiatives collectives. Elle y trouve une chaleur solidaire dans laquelle elle peut se ressentir comme un membre utile de la tribu et non pas comme un électron libre.

 

Ce n’est pas nouveau, ce sont ceux qui partagent cette aspiration (« utopique ») que Macron qualifie d’extrêmes et de fainéants. La nouveauté, c’est que Macron va au-delà de l’idéologie du travail pour le travail. Bien que chargé de mission du libéralisme financier international, il donne même l’impression que la recherche du profit, bien que demeurant le seul objectif possible pour chacun, serait une motivation qui bien qu’évidente demanderait, pour sa gloire totale, des hommes animés par le gout de l’entreprise permanente 24 heures sur 24, vainqueurs permanents écrasant les vaincus jetés au caniveau. Comme il y eut la révolution permanente chinoise, il devrait y avoir l’agitation permanente macronienne, bouger pour bouger, s’agiter pour s’agiter, sur la voie royale des start-up victorieuses.

 

Selon Macron, la société humaine doit être dominée par des hommes atteints de la danse de saint Guy, et gesticulant en haut de la montagne. Certains cessant de danser sont balancés sur les pentes en a pic sur lesquels la masse s’efforce de grimper vers le sommet, redégringolant et repartant tels des Sisyphes acharnés. Bien peu atteignent le but, mais ils sont l’élite qui montre la voie d’une planète libérale sur le bouillonnement duquel ils régneront puisqu’ils sont les meilleurs danseurs.

 

Certes, ce n’est pas non plus nouveau : Le monde a toujours été gouverné par des petits bonshommes excités, parfois doués mais le plus souvent sans autre talent que celui de s’emparer du pouvoir et le garder. La masse les plébiscite souvent, ils auraient tort de se gêner. Quand par hasard, elle arrive à leur reprendre le pouvoir, elle s’en laisse déposséder par un quelconque tyranneau issu de ses propres rangs et tout est à refaire.

 

C’est ainsi, il semble bien que les peuples soient composés d’une large majorité susceptible d’agir avec intelligence et générosité dans une recherche de la meilleure vie possible (je n’ai pas dit « bonheur » !), mais qui semble incapable de le faire durablement. Alors elle se laisse gouverner par les petits bonshommes agités, par les élites de dingos à la Jo Dalton ou à la Sarkozy que les hôpitaux psychiatriques ont laissé en liberté (ou agités en dedans, froids et grisés de pouvoir, de type Mitterrand ou Hollande). 

 

Ne reste plus qu’à choisir les moins atteints. Macron après tout, ce n’est pas le pire. Homme de droite menant une politique de droite, au moins c’est correct. Pas de tromperie à la Hollande. Il avait en outre annoncé la couleur, pas d’entourloupe. Certes il disait qu’il était de gauche et de droite, c’était rigolo, mais c’était pour se faire élire, à destination des crétins des Alpes qui, il est vrai, sont nombreux. C’est un vieux truc des hommes politiques de droite qui veulent se faire une place en se distinguant. Ça date du temps des cavernes mais ça marche toujours.

 

Et puis, grâce à Macron, on n’a pas eu Fillon : La même politique antisociale que Macron certes mais avec en sus la messe en latin et la prière le matin à l’école avant la première classe ainsi que la chasse aux pédés. Imaginez la France présidée par Fillon avec sa gueule de bedeau onctueux, compassé et sournois…la honte. On l’a échappé bel. Macron, après Sarkozy et Hollande, il est quand même plus décoratif.

 

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