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Du supportage

DU SUPPORTAGE

 

PSG (Paris Saint Germain) 9, Troyes, zéro.

Il s’agit d’un match de football entre le premier du championnat de France, tellement fort qu’il gagne tous ses matchs, et Troyes, un obscur club inscrit en première division on ne sait comment, qui s’y trouve bon dernier, et en sortira la saison prochaine.

Les supporters du PSG exultent et fêtent l’exploit. On se frotte les yeux. Les êtres communs ont une tendance à soutenir le petit faible contre le grand costaud, David contre Goliath. Et si le petit perd logiquement on le console, on lui montre affection, compassion, on vante son talent, son courage, son beau combat. Du moins, c’était jusqu’à il y a peu un comportement ordinaire.

Cette fois rien de tout cela. Vive le PSG qui est le plus beau, qui a triomphé. Aucun rappel de la facilité de la chose, aucune gêne de l’image de l’éléphant qui écrase la souris. Au contraire une satisfaction hystérique quasi sadique, fascisante. Dans l’air du temps en somme : Que le plus fort gagne et malheur au vaincu.

Ce soutien absolu des supporters ne se limite pas à ce petit match contre Troyes. Il concerne tout ce qui fait le PSG, une entité unique en France de par ses moyens financiers. Ce club qui appartient au Qatar est très riche, ce qui lui permet de recruter ses joueurs parmi les meilleurs du monde qu’il paye à prix d’or.

Une petite dizaine d’autres clubs en Europe ont des revenus de même ordre et peuvent donc aussi aligner une élite de joueurs. Mais en France, le PSG est seul. Les matchs qu’il dispute contre d’autres clubs français sont d’ennuyeuses formalités. C’est comme une armée disposant de la bombe atomique, d’artillerie, de chars, etc, contre une troupe de manants armés de bâtons.

Il n’empêche, à chaque match les supporters font comme s’il y avait un quelconque enjeu et éclatent de joie quand leur club confirme sa supériorité.

Mais le plus surprenant dépasse le PSG :

Tous les clubs professionnels de sports collectifs sont composés de joueurs n’ayant pratiquement jamais de lien avec la ville dont le club où ils jouent porte le nom. Il en est de même pour tout le personnel dirigeant, d’encadrement, etc

Et il est bien probable que même le personnel chargé de nettoyer les vestiaires soit composé de maliens ou de pakistanais.

Et donc, il n’y a pas un parisien, ni même un banlieusard au PSG, pas un marseillais à l’OM, pas un lyonnais à l’OL, etc

Joueurs comme encadrement sont tous des mercenaires, qui se vendent au plus offrant, et qui touchent des millions d’euros au PSG, des milliers à Troyes. Ils n’en ont strictement rien à cirer de Paris, de Lyon, de Marseille, ou de Nantes, pas plus que des habitants de ces cités. Bien sur ils ne peuvent le dire, et font mine de s’intéresser, sont aussi payés pour ça.

Mais ce qui est certain, c’est que s’il y a un match prévu ce dimanche entre Rennes et Strasbourg et que les dirigeants de ces deux clubs décidaient d’interchanger leurs joueurs, ceux ci accepteraient sans réticence aucune.

Cela est valable pour le football mais aussi pour tous les sports collectifs.

Par exemple, l’équipe de rugby de Toulon, non seulement ne compte aucun toulonnais, ni aucun provençal, mais de plus est composé aux trois quarts d’anglosaxons.  C’est la meilleure équipe du commonwealth. Le PSG aussi ne compte qu’une minorité de Français.

Il n’y a aucun lien entre les équipes sportives professionnelles et les villes dont elles portent le nom. Elles sont associées à un nom de ville mais elles pourraient tout aussi bien porter un numéro, ou encore un nom de bestiole genre « les castors joyeux » ou « les putois jolis » ou encore les coyotes enragés ». Et pourtant elles suscitent des adhésions passionnées.

C’est rationnellement totalement incompréhensible. Suis je seul à penser et surtout ressentir cela en toute sincérité ?  J’en ai parfois l’impression tant je vois autour de moi des personnes a priori sensées s’enflammer pour telle ou telle équipe.

Et je n’ai pas de mépris particulier pour ces sports d’équipe : Un match de foot ou de Rugby peut être plaisant à voir ou non. Quand il s’agit de matchs de l’équipe nationale, je ne cache pas mon désir qu’elle gagne.

Mais le PSG ! Qu’en ai je à foutre ! Bon, c’est un peu particulier, je reconnais que le fait que Paris ait une équipe de foot, ça fout un peu la honte, snobisme oblige. Mais enfin, si les joueurs étaient des parisiens, je les soutiendrais sans problème.

Longtemps, il a été de bon ton de mépriser les sports collectifs, spécialement le foot. Depuis une vingtaine d’année, adorer le foot est au contraire, devenu du dernier chic, et il est usuel, au boboland et dans les milieux artistiques, de supporter une équipe précise.

Pourquoi pas. Mais c’est supporter une fiction, une entité indéfinie déconnectée du réel. L’OM est l’idole de Marseille et des marseillais,  mais ce qu’aiment les marseillais, c’est une image au fond d’eux mêmes qu’ils projettent sur le réel pour le recouvrir et le faire correspondre à leur désir.

Personnellement je peux « supporter » : Des individus identifiés, parce que je les apprécie pour une mauvaise quelconque raison. Enfant, je supportais les cyclistes, essentiellement ceux de Paris Roubaix et du tour de France : Des leaders précis mais aussi des équipes d’hommes identifiés, proches, pas susceptibles d’aller courir pour un autre pays l’année suivante : Forestier, Groussard, Stablinsky etc, à travers la radio qui permettait le développement cérébral d’images grandioses à travers le discours des reporters.

Aujourd’hui  leurs mots sont moins importants, l’image des caméras a pris le dessus, surtout en Montagne ou sur les pavés. Oui je peux donc supporter. Et je pourrais  sans doute supporter une équipe composée principalement de personnes du cru. D’ailleurs pas forcément du cru de Paris. On peux supporter une équipe ailleurs parce qu’authentique.

Même comme ça, je ne serai jamais un grand fan, juste sympathisant.

Chauvinisme sans doute, mais est ce mieux de soutenir une fiction financière ?

Quoi qu’il en soit, l’incapacité à pouvoir soutenir une équipe sportive de mercenaires est d’évidence extrêmement rare. En conséquence,  une telle marginalité peut être qualifiée de handicap dans notre société : Suis je le seul handicapé du supportage dans ce pays ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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