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Drôle d'engin

 

                                                            ENGIN

 

Curieux engin tout de même que cet Emmanuel Macron. Je ne parviens pas à ressentir quoi que ce soit à son égard, ni haine ni affection. Il me fait l’effet d’un grand bout de rien, ce qui ne peut susciter l’émotion. Ou peut-être d’un arbre en plastique au cœur d’une forêt. Une étrangeté stérile.

 

J’en ai pourtant connu des détestations d’hommes politiques. Sans aller chercher bien loin – il y en aurait des dizaines, voire plus – je citerais Sarkozy et Hollande. Si je voulais simplifier je dirais que je ne les aime pas parce que je ressens chez eux le mépris de ceux qu’ils jugent d’« en bas ». Mais ils sont différents :

 

Je n’aimais pas Sarkozy bien évidemment parce qu’étant de droite il ne pouvait que faire ce que moi je juge mauvais pour le bien des hommes, et aussi, et beaucoup, parce que sa vulgarité existentielle me révulsait. Chef de l’Etat de mon pays, j’en ressentais de la honte.

 

J’ai pourtant beaucoup plus détesté Hollande pour l’évidente raison qu’en se faisant élire avec des voix de gauche et en menant de suite une politique de droite, il a volontairement pris le personnage du traitre, difficile à aimer. Non content de trahir, il a anéanti dans l’esprit de nombreux français l’idée que la pensée progressiste dite de gauche mise en œuvre pouvait apporter une amélioration du sort du plus grand nombre. Ou que, en tout cas, c’était mieux qu’avec la droite. Il a fortement accrédité l’idée que c’était pareil, voire pire. Pas loin d’être vrai finalement, la preuve.

 

 Son quinquennat aura abouti à ne laisser, pour l’essentiel, dans le champ politique que l’alternative droite extrême ou extrême droite. Pas étonnant qu’on assiste à des révoltes radicales. Apprendre que ce type, au lieu de se cacher au fond d’un trou profond, se répand dans nos provinces à donner des leçons, fait enrager. Si je le croise dans un chemin creux, je lui dévisse la tête et je cuisine ses bajoues façon bourguignon et la cervelle au beurre blanc.

 

Que dire de l’engin Macron ? Curieux, si on me dit qu’il est français comme moi, ça me fait bizarre. Je ne suis évidemment pas gardien de la nationalité française et n’attribue pas des certificats de nationalité. Mais que lui et moi soyons de même nationalité du même pays, de la même tribu, c’est incongru. Nous n’avons rien de commun. Ce n’est pas que je le déteste, il m’est simplement étranger. Comme les habitants du Kelsaltan que je ne connais pas, je n’ai rien contre eux a priori. Ou bien on peut inverser : Macron est peut-être bien français et dans ce cas, moi je ne le suis pas. Ce qui ouvre des horizons inconnus, je pourrais bien devenir alors patagonien ou kelsaltipe.

 

Mais qu’est ce donc qui inspire ce sentiment d’étrangeté dans l’entité macronienne ? Peut-être bien parce que cette entité n’apparait pas comme finie, ce qui ne veut nullement dire qu’elle serait infinie, mais « non finie ».

 

Certes, en qualité d’homme politique, il est politiquement défini même très classiquement défini. Il a une forte conviction de libéral absolu, libre échangiste total : Chaque pays pour s’en sortir au mieux dans la compétition mondiale devant offrir aux investisseurs étrangers de bonnes infrastructures pour les accueillir, payées par l’Etat, une main d’œuvre docile aux revendications salariales nulles, un droit du travail minimal, une fiscalité favorable aux entreprises et à leurs actionnaires, etc. Au final, le peuple en profiterait !

 

Une utopie complète à laquelle plus grand monde ne croit, mais qui semble encore animer les petits esprits startopant. En réalité, surtout quelques petits malins ingénieux tirent leur épingle du jeu en passant à travers les mailles du filet et en vendant le fruit de cette ingéniosité aux multinationales gloutonnes. Elle a surtout pour conséquence le maintien d’un contingent élevé de pauvres et de salariés précaires, l’appauvrissement des classes moyennes, la sujétion et la fragilité des petites et moyennes entreprises, de plus en plus marionnettes des multinationales.

 

Il y a d’ailleurs là le descriptif d’un monde majoritairement victime et lésé, et secondairement sa conséquence, la possibilité d’union de ces trois catégories aux mécontentements et intérêts convergents. Mais il est probable que cette opportunité soit captée si nécessaire par le parti fasciste appelé à rétablir l’ordre, lorsque les partis de droite se montreront incapables d’affronter les mécontentements, ou en alliance entre les deux.

 

Les orientations socio-économiques de Macron le classent à la droite de la droite. A moins bien sur de ne retenir du personnage que son discours esbrouffe « ni gauche, ni droite ». Ce discours d’ailleurs s’estompe dans les esprits. Et c’est comme le temps, il y a la température mesurée et celle ressentie qui a berné nombre de niaiseux du ni gauche ni droite. Le ressenti modéré de Macron lui a permis d’émerger sur la scène politique, sa température réelle s’affiche aujourd’hui. Les quelques vagues mesures sociales annoncées en novembre et récemment ne changent rien à l’affaire : ce sont des mesures conquises, arrachées. Et d’ailleurs Emmanuel Macron le réaffirme : Il maintient son cap. Même si ces mesures sont comme autant de coups de canifs dans le maintien de ce cap. Si les mobilisations devaient cesser, nul doute qu’il saurait comment récupérer ses concessions dans les années à venir.

 

Si on s’en tient à cette définition politique de Macron, on pourrait en conclure à son entièreté, à sa finition. Admettons que cette partie là de l’individu soit complète. Il reste l’essentiel, l’humain, le sang, la chair, la merde. Sarkozy et Hollande aussi saloperies soient-il sont des êtres humains. La preuve, en circonstances favorables, il est possible d’écraser l’un à coups de talons ou de faire cuire l’autre au court bouillon.

 

Rien de tel avec Macron : Le Macron ne se mange pas, ne se démolit pas, il est en polystyrène, on le lâche du 20ème étage, il ne casse pas. Il cause, mais parle-t-il ? Suffit de le remonter. Sa programmation possède un discours, mais il lui manque la langue, sa volupté, son âpreté, sa violence, son bouleversement possible des esprits qui la reçoivent. Un manque, un vide, le grand bout de rien a pris la place. Ce n’est pas sa faute, ses efforts pour se hisser sont semblables à ceux de celui qui tombé du toit s’accroche à la gouttière, ne comprenant rien à sa chute. Son esprit brillant secrète ses barrières de fer et clôt toute ouverture vers la palpitation des âmes, telle une efficace pelleteuse creusant sans cesse la terre sans voir qu’elle y remue les traces précieuses d’une civilisation spirituelle. Un drôle d’engin en somme. Misère.

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