Par Rampeloux
DIMANCHE QUATERDECIES
Il n’est rien de plus lourd que la prétention littéraire à la légèreté, à l’évanescence, à l’ennui. Elle s’essaye à nous faire pénétrer ces états et nous y intéresser. Elle nous les présente en épaisses tartines, elle s’y appesanti en sofas profonds. Elle nous fait entendre les soupirs et nous les dissèque par le menu.
Elle oublie que ces états, comme dans la vie ordinaire hors mots pesants, se ressentent et ne se disent pas. La difficulté de vivre se vit et ne se communique qu’au hasard des boucles du chemin où elle se perçoit fugitive. Il en est de même si on veut la traduire en littérature, grande vanité. Il est pourtant des bulldozers qui s’y ruent anéantissant les boutons d’or.
Tchekhov m’est toujours apparu comme le maitre premier de cette prétention. Son vide épais asséné à la masse comble les idolâtres convenus. Mais je confesse qu’il a su me faire connaitre l’ennui vulgaire que secrètent les poseurs à défaut d’atteindre la noblesse de cette souriante difficulté de vivre qui vibre sur les allées sans fin.
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