DIMANCHE DUODECIES
« J'ferais attention à toi mon petit gars parce que mes chums de filles veulent te casser les jambes.
j'ai l'air d'une grosse robineuse assie toute seule au bar
en bitchant toute la soirée à ceux qu'y'ont le malheur de m'écouter.
j'l'eu dit peut-être que demain ca ira mieux mais aujourd'hui ma vie c'est de la marde. » (*)
« Fais gaffe à toi mon petit mec, parce que mes copines veulent te casser la gueule,
J’ai l’air d’une grosse poivrote assise toute seule au bar,
A tout débiner toute la soirée à ceux qui ont le malheur de m’écouter.
Je leur ai dit que peut être ça ira mieux demain mais aujourd’hui ma vie c’est de la merde » (traduction personnelle français-français).
Chum ? robineuse ? bitcher ?
Chum :
Ce mot peut être traduit par « ami », indifféremment dans un sens amoureux comme dans un sens amical. Dans le premier sens, on pourrait dire en français de France « mon petit ami » ou « mon mec », dans l’autre le mot « pote » serait sans doute parfait.
Dans son acception amoureuse le mot est essentiellement masculin. Dans son utilisation amicale, il peut être féminin, mais dans ce cas on dira plutôt « chum de fille » : En français de France, on dirait « copine ».
Robineur, robineuse :
Littéralement, personne qui tête une boisson alcoolisée directement à sa sortie du robinet. Avec une connotation vulgaire, opposée à toute idée d’alcoolisme mondain distingué, du moins d’après son environnement dans quelques chansons québécoises. (Spécialement « Ma robineuse » de Gérard « Nono » Deslauriers, chanson à boire un peu sentimentale).
Le mot « poivrot » est une traduction possible, en l’appréhendant dans un contexte de proximité avec la clochardisation.
Par exemple : « Une vieille clocharde la gueule défoncée
Rentre avec sa poussette et se met à gueuler : à boire ! » (« La salle du bar tabac de la rue des martyrs, groupe Pigalle)
Pour résumer, je dirais qu’il faut penser à un poivrot (e) à l’âge indéterminé, ravagé par le désespoir et l’alcool, assis au bar non loin de la pompe à bière, éructant de l ’agressivité, ou on contraire trop silencieux. « Ostie de robineurs » ! et à boire ou je tue le chien.
Bitcher :
Mot intégré au vocabulaire français d’Amérique, évidemment d’après l’anglais « bitch ». Je le traduis par « débiner », on pourrait dire « critiquer », « dire du mal », « casser du sucre ». J’ai failli mettre « agonir »...mais il m’a semblé qu’agonir se fait à propos d’une personne ou d’un sujet précis, alors que « bitcher » dans cette chanson parait concerner le monde entier.
(*) Extrait d’une chanson de Lisa Leblanc, chanteuse acadienne du Nouveau Brunswick au Canada. Contrairement à la plupart des chanteurs québécois qui, pour des oreilles parisiennes, n’ont quasiment jamais d’accent quand ils chantent (à l’exception de Céline Dion qui a l’accent étrange de Céline Dion), Lisa Leblanc garde son fort accent en chantant et utilise des paroles de terroir.
Le plus extraordinaire, c’est que la musique propre à ce français acadien est très chantante dans la voix de Lisa, et vient démentir l’assertion selon laquelle le français n’est pas musical. Ça démontrerait que si on l’utilise avec un accent autre que l’accent plat réputé « non accent » des media hégémoniques de l’hexagone, il peut chanter comme d’autres langues, et probablement pas seulement avec les accents de nouvelle France.
Lisa Leblanc est née en 1990 à Rosaireville au nouveau Brunswick. En bonne acadienne, elle parle et chante tout autant en français qu’en anglais, voire en chiac (Français acadien pour la syntaxe, anglais et français pour les mots et expressions). Dans les deux cas, elle délivre des chansons et interprétations folks tout autant les pieds dans le terroir que décontractées, amusées et ouvertes sur l’actuel.