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Digression et dignité

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                                    DIGRESSION ET DIGNITE

 

 

 

Hélène Cixous s’avance à nous enseigner que « la digression est l’âme de la littérature ».

 

Je serais bien d ’accord, moi grand prêtre digressif devant la phrase éternelle, et je dirais même plus, tel un Dupont (d), que l’écriture la plus sobre - pour ne pas dire la plus sèche, le temps n’est pas à la polémique - ne trouve chair que lorsque son austérité se galbe en digression, même d’une rigidité maitrisée.

 

J’ajouterais aussi que cette digression se fait âme absolue et essentielle dans la bouche du conteur ou dans les récits de la littérature de veillées.

 

Mais baste de littérature car il m’est venu une correspondance des mots, qui taraude mon esprit et mon pied gouteux depuis que le rideau levé me provoque d’un doux ciel bleu incitant – tel un Lucifer tentateur – à une promenade qui ne pourrait être que douloureuse et rageante. Il s’agit bien sur de la France, dont chacun sait que je suis l’âme, et s’il se trouve que chacun ne le sait pas, ce chacun devrait promptement s’empresser de se tenir au courant des forces de l’esprit qui laissent encore quelque espoir aux gnomes bipèdesques.

 

Il est donc écrit - Dans le carré bleu au-dessus de l’antenne de télévision qui surmonte le sixième étage des paliers extérieurs en rotonde que de pauvres hères gravissent journellement – que la France est une digression à prétention salvatrice dans la logique mortifère de l’humanité.

 

Qu’on me comprenne bien n’est-ce pas : Je ne cause pas de l’Etat français, ni même de la nation française, ni même du peuple français et de la racaille simiesque qui le gouverne et prétend le représenter. Je ne cause pas de ces revendications héritières de romanité, de christianisme, de gauloisitude ou autre, ni même spécifiquement d’un siècle des lumières. Ce dernier se distingue en ce qu’il participe, en sa contribution et non en source, à une lignée venue du fond du temps, qui draine dans les esprits ce mythe résistant de l’universalité du goût du mieux et du bonheur, et qui ne peut se satisfaire de la médiocrité de l’acceptation. Dans l’histoire, ce fil ténu se déploie régulièrement dans le pays France, mais il a essaimé depuis longtemps, cette France là est une propriété collective universelle.

 

Elle a dans sa besace une belle devise, des révolutions, des insurrections, des indignations. Elle conchie les petits êtres sordides, les raisonnables de l’injuste, ceux qui veulent tuer cette France de l’universel en la faisant ressembler aux autres, projet ultime, – alors à quoi bon son existence, qu’elle crève, j’aime autant – parce que l’éclat flamboyant de sa pensée, de son ambition, de sa fougue sentimentale, brûle la peau de leurs âmes lépreuses.

 

Parfois en sommeil, parfois éveillée, on en viendrait à douter de la continuité de son existence. Ce faisant, on se la tue encore plus. Et puis soudain elle resplendit de nouveau, et son exigence de dignité, son maitre mot, justifie toutes ses révoltes. Suivez mes regards…

 

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