DE LA BOUFFE
LA NOURRITURE A VOIR
C’est fini : Quand on mange aujourd’hui, gouter, savourer, humer, c’est total ringard.
Consommer de la nourriture consiste désormais à la voir, à la contempler.
L’art culinaire est devenu un art pictural au même titre que l’aquarelle ou le plafond de la chapelle Sixtine.
La cause en est bien sur la télévision et la multiplication des émissions culinaires donnant « à voir » de la nourriture en dizaines d’exemplaires souvent produits par des candidats qui ont bien compris qu’ils concouraient dans un cadre où prime l’apparence visuelle.
La télévision consacre une apothéose de cette cuisine de l’image.
Mais la tendance vient de loin : Avec la photo, on avait déjà commencé à illustrer les recettes de cuisine.
Ce n’était pas méchant mais incitait déjà les cuisiniers amateurs à se fixer comme objectif la reproduction à l’identique de l’image du plat à confectionner.
Cette fixation d’un objectif visuel peut chez les plus enclins à l’obéissance et au conformisme, se faire au détriment de la réflexion sur le mariage des ingrédients, de leur préparation et de leur union, des ajouts qu’ils peuvent inspirer.
Et puis sont venus les « grands chefs » de la deuxième moitié du vingtième siècle.
Ces peinturlureurs médiatiques ne se sont pas contentés de se foutre de la gueule de leurs clients huppés dans leurs restaurants couteux, ce qui ne serait d’aucune conséquence, ils ont entrepris de contaminer l’ensemble de la population.
Ils sont parvenus à convaincre les français que la cuisine consistait désormais à disposer artistiquement au centre d’une immense assiette trois minces étrons de fillettes anorexiques, à les peindre de couleurs vives, variées et chatoyantes, et servir le tout aux convives ébahis avec des commentaires ridicules dignes d’une brochure de présentation d’expo de peinture rue du Bac.
Alors bien sur la vue de la nourriture fait parti du plaisir de la consommer. Il fut un temps où la vue alléchante de la nourriture provenait naturellement de la qualité de sa préparation dans une fusion d’évidence, sans recherche d’effet.
Certes, le principe de la cerise sur le gâteau a toujours existé, mais l’embellissement, l’arrangement du met fini, devait être une fantaisie finale, facultative.
Préparer de la nourriture avec comme principal objectif qu’elle soit jolie à voir, c’est le risque d’oublier l’essentiel, le plaisir du palais.
CROQUANT
Il est des mots de cuisine qui soudain s’imposent sottement comme des critères absolus.
C’est ainsi que maintenant la première, voire l’unique, qualité de certains fromages consiste dans leur mollesse : Bon fromage = fromage « moelleux ».
La publicité s’est emparée du mot et on voit, sur les pubs, des dégustateurs de fromage lever les yeux au ciel en pleine jouissance de par la dégustation du « moelleux ».
C’est nouveau et total idiot.
Mais le mot le plus galvaudé aujourd’hui est le mot « croquant ».
Nombre d’aliments qu’on jugeait jusqu’à maintenant selon leurs qualités gustatives d’ensemble ne sont plus consommables que « croquants ».
C’est la conséquence d’une évolution. Une part essentielle de la cuisine française marie les aliments, fait inter agir leurs propriétés, voire les fusionne dans certains cas, pour créer des infinités de goûts et d’odeurs.
Progressivement on a vu s’introduire le principe contraire, qui est la juxtaposition des aliments, ce qui va de pair avec la priorité de la vue plaisante de la nourriture, du moins selon un nouveau critère de cette vue agréable.
Ainsi on en est venu à considérer qu’une ratatouille devait présenter ses légumes intacts, les uns près des autres, tout fiers se poussant du col pour se faire remarquer, moi la courgette, je ne fréquente pas cette affreuse aubergine, et ce poivron quelle horreur, et surtout cette tomate qui menace de se dépiauter, ah surtout qu’elle ne me touche pas.
C ‘était la première étape. La deuxième étape, c’est l’exigence du « croquant » de tous les végétaux ci-dessus évoqués.
Mais c’était bien la peine que Cromagnon aille chercher le feu sur le flan des volcans, car enfin une courgette croquante, c’est une courgette crue.
MAC DO REINVENTE LE SANDWICH
Cette redécouverte s’est faite progressivement depuis décembre dernier où les pubs de Mac Do ont soudainement présenté à l’écran des « Hamburgers » dont le pain pourri était remplacé par du pain de type baguette de bonne allure.
Dans les mois qui ont suivi, l’infâme fromage ordinaire se trouvait remplacé par un fromage de nos régions.
En virant la bidoche congelée ratacuite, on pouvait avoir un sandwich acceptable.
Bon, on a fini par apprendre que le fromage Mac Do présenté comme authentique était une mixture comprenant un pourcentage de vrai fromage d’appellation. Comment est ce possible, ça laisse pantois.
Mac Do semble avoir mis le frein sur cette publicité qui visait un public encore rétif.
MAC DO EST HONNÊTE
Eh oui : Bien difficile de n’avoir jamais vu une publicité traditionnelle Mac Do, et donc tout le monde a en tête les différents types de machins à manger qu’on appelle des hamburgers qui sont servis chez Mac Do et que l’on peut voir en détail sur les écrans de tél.
C’est tout à fait étonnant : Il n’y a aucune triche, ce que l’on voit est bien ce qui est servi dans les Mac Do, sans aucune tentative d’amélioration de la vue de cette nourriture pour la rendre plus appétissante.
Ce maquillage est pourtant la pratique commune de tous les marchands de bouffe, que ce soit à la télévision ou ailleurs.
On a tous pu voir l’étiquette d’une boite de cassoulet bas de gamme, dont les ingrédients se composent de haricots vaguement tomatés sans graisse d’oie, d’un bout de 10 grammes de viande genre charogne, et d’une saucisse de Strasbourg prédigérée.
Eh bien les artistes publicitaires arrivent par moult vernis et disposition artistique dans des poêlons anciens à vous faire passer cet ersatz pour un cassoulet concocté par une mamie paysanne du coté de Castelnaudary quand elle veut régaler sa nichée un dimanche d’hiver au coin du feu.
Mac Do ne fait rien de tout cela : On voit bien que le pain qui entoure le truc est toujours fabriqué en carton insipide avec des pustules dessus, que le fromage est toujours une tranche de plastic blanchâtre bien carrée, que la viande hachée est décongelée, que la feuille de salade est toujours aussi triste, et que le petit bout de dixième de tomate ne risque pas de vous étouffer.
Les dirigeants de Mac Do sont tout sauf idiots. S’ils ne truquent pas leurs produits dans leurs pubs, c’est qu’ils savent que c’est le produit tel qu’il est que leurs clients veulent et pas autre chose, ou à la rigueur de légères variantes du même truc.
Ils savent qu’ils ont gagné : La pub de Mac Do n’a pas pour objectif de tenter de convaincre des vieux cons comme moi d’aller m’empoisonner chez eux – ils n’en ont rien à foutre des dinosaures -, non cette pub a pour but de rappeler à leurs clients comme c’est bon chez Mac Do en leur montrant tout simplement la nourriture qu’ils aiment sans fard.
Mac Do a depuis longtemps gagné la jeunesse : Celle ci se reproduit et leurs enfants sont maintenant, par hérédité éducationnelle, eux aussi des clients, donc bientôt la large majorité de la population.
Les pubs de Mac Do ne visent que très accessoirement à attirer un public encore réticent à consommer ses hamburgers : Il s’agit surtout de conserver et élargir ses parts de marché par rapport aux autres chaines proposant le même type de bouffe.
Il semble que se créent de plus en plus des espaces de nourriture rapide de qualité, voire des mini chaines de ce type de restauration : On peut rêver non ?