Eklablog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

"De gauche?"

 

                                                               DE GAUCHE ?

 

On pourrait distinguer – au grand minimum – trois formes de conviction dans la gauche française :

 

Ceux qui pensent que le libéralisme (ou capitalisme) est en soi mauvais et qu’il faut le remplacer par un autre système socio-économique (je ne précise pas, vaste débat). On les appellera révolutionnaires, même quand ils veulent faire une révolution avec le consensus majoritaire issu d’une élection.

 

Ceux qui pensent que le libéralisme (ou capitalisme) est en soi mauvais mais qu’il faut s’en accommoder car il n’y a pas d’autre bon système. Il faut donc le maitriser, le réformer, en gommer les aspects les plus négatifs, etc. On les appellera des socio-démocrates (à l’ancienne). Ils sont bien représentés aujourd’hui par les « insoumis » et particulièrement par leur leader, Mélenchon.

 

Ceux qui pensent que le libéralisme est en soi une bonne chose mais qu’il est très souvent mal appliqué. Il faut donc le remettre sur ses bons rails, le libérer de ceux qui l’entravent par des règles de trop de protection à caractère collectif, et tout ira bien pour tous. On les appellera rocardiens (autrefois) ou socio-démocrates (actuels). (*)

 

En vérité, ces derniers sont de droite, leurs critères socio-économiques le démontrent d’évidence. Mais pour d’étranges raisons ou motivations (une forme de culpabilité ? Le désir de paraitre généreux et d’avoir du cœur ? Ou tout simplement parce qu’ils ont commencé leur carrière politique de ce côté-là ?), ils tiennent à se dire de gauche.

 

Cela y compris quand ils soutiennent la politique d’un homme de droite comme Macron. C’est sans doute parce que cet homme de droite là représente une partie assez nouvelle – probablement minoritaire – de la droite française. Il est l’homme de la droite internationaliste financière et ultra-libérale. Une ligne moderniste critique de la vieille bourgeoisie française possédante rancie, recroquevillée et sociétalement attardée, représentée par des Fillon et autres Wauquiez. Certes, comme on peut le voir à l’assemblée, ils ont comme socle commun d’être des nantis et d’avoir donc des intérêts de classe communs à défendre. Il y a donc de larges passerelles entre eux.

 

Mais d’évidence, on voit que cette droite moderne ultra est très proche de ce courant de droite à étiquette de gauche. Le problème réside sans doute dans le fait que ces deux courants réunis sont bien loin de former une majorité électorale, hors évènement exceptionnel comme lors des dernières élections qui a conduit les forces dites « démocratiques » à une unité contre Marine le Pen, conduisant à une majorité artificielle pour Macron. La droite traditionnelle reste très forte et peut au moindre faux pas récupérer ses électeurs dévoyés chez Macron.

 

Curieusement la vieille droite française est plus sociale que Macron : Non pas par idéologie ou conviction, mais par habitude et pragmatisme. Elle a intégré les protections sociales françaises. Elle ne se prive pas d’en critiquer officiellement les excès et les profiteurs, mais, quand elle est au pouvoir, elle se garde bien de les attaquer massivement.

 

 Il y a au moins à cela une raison simple : Une majorité des électeurs de droite ne sont pas des super nantis, bénéficie des protections sociales existantes et se trouve très soucieuse de garder de bons systèmes de santé, d’éducation, des retraites garanties, etc. Il ne s’agirait pas de les fâcher et de les mettre dans la rue ! Stigmatiser l’« assistanat » oui, mais ne plus en profiter, non, telle est la contradiction du peuple de droite. Normal, s’il n’assumait pas cette contradiction, il serait de gauche.

 

A gauche, on partage de la même manière le désir de conserver ces protections sociales, à cette différence mineure qu’on évite de les critiquer tout en exigeant de les garder intactes. En conséquence, on comprend pourquoi Macron chute si fortement dans sa popularité : L’attaque massive contre les protections sociales à la française est tout simplement rejetée tant à gauche qu’à droite.

 

La droite est donc en embuscade, cela d’autant que les derniers évènements laissent entrevoir une probable alliance au moins tacite, avec l’extrême droite.

 

La gauche, réduite en ce moment au seul mouvement de Mélenchon, parait en bien mauvais état, avec des perspectives électorales médiocres. Cela d’autant que le mouvement des insoumis, bien qu’ayant un programme social-démocrate très modéré, en tout cas bien plus timide que le programme commun de la gauche en 1981, est bien seul et peut difficilement prétendre inclure tout l’éventail des courants de pensée de gauche et constituer une majorité électorale. D’autant aussi que les droites, ce qui est normal, et les media, ce qui l’est moins, martèlent jour après jour l’expression « extrême gauche » pour désigner les insoumis. Ce qui est amusant, c’est que pour qu’ils soient d’extrême gauche, il faudrait qu’il existe une gauche, même croupion. Ce pourrait être le parti socialiste si la moitié de ses élus n’étaient pas des soutiens de Macron. Tant qu’ils n’auront pas fait les ruptures nécessaires, leur existence sera en suspension. Et tant qu’il en sera ainsi, Mélenchon sera fondé à ne pas se soucier d’eux.

 

Les élections d’importance sont une perspective lointaine. Alors que les insoumis mènent une action défensive des intérêts des salariés, une lutte quasi syndicale en somme, c’est somme toute ce qu’ils peuvent faire de mieux, tenter de limiter la casse sociale entreprise par Macron. Concernant le code du travail, il est illusoire d’espérer un recul du gouvernement. En revanche, la crainte d’une forte mobilisation peut le conduire à ne pas frapper trop fort concernant d’autres sujets sociaux.

 

Faut-il dire merci à ceux qui ont été manifester ces derniers temps ? Il serait tentant d’avoir cette reconnaissance car l’immense majorité de ceux qui partagent l’opinion de ces manifestants n’a pas grande envie d’aller les rejoindre. Flemme et non illusions. Et c’est pourtant de la part de gens qui ont encore une conviction. Une minorité, en gros ceux qui ont voté. Les autres sont la grande masse qui s’en fout, ou du moins parait s’en foutre, qui n’est même plus dans la désillusion, qui est tout à fait ailleurs.

 

Ils ont la même attitude qu’un junkie qui dira oui à tous vos mots, à tous vos sermons si vous avez la naïveté d’en tenir, s’il sait qu’au final de vos gesticulations, vous allez lui procurer sa dope. Ce peuple, d’apparence indifférente grossit à chaque élection.

 

 Les tenants de la démocratie formelle telle qu’on la propose se plaisent à condamner les quelques-uns qui font encore l’effort de contester, en les excluant, les insultant, en les niant. C’est un jeu dangereux, car ceux-là sont encore des interlocuteurs avec lesquels traiter, négocier. L’oligarchie macroniste va jusqu’au bout du rêve impossible des nantis, à savoir la disparition du peuple, des catégories sociales. Macron l’a clairement exprimé : Des entrepreneurs qui sont quelque chose, les autres qui ne sont « rien », du vide, du non existant. Le problème, c’est que le vide, c’est encore quelque chose, et il peut être vertigineux.

 

C’est la politique de l’autruche, idéologisée et vécue. Elle ouvre la porte à tout, et surtout au pire, il est connu et ce n’est pas la nullité intellectuelle de sa leader actuelle qui empêchera le fascisme de continuer à avancer : Il n’y a qu’à attendre que le fruit mur tombe.

 

(*) Je n’emploie pas à dessein, l’expression stupide et véhiculée par des journalistes décervelés (à peu près 95% des journalistes et commentateurs patentés de politique intérieure) de « social-libéral ». Etre libéral et social, c’est la définition du social-démocrate. Or en employant cette expression, ils veulent désigner des gens qui veulent sortir de la social-démocratie et passer à droite, qui ne sont donc plus sociaux mais seulement libéraux.

 

 

 

 

 

 

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article