Par Rampeloux
DANS LE DOS
Ce n’est pas facile de se gratter le dos. Même les plus souples doivent se contorsionner pour y parvenir. Et nombre d’animaux se roulent au sol ou se frottent contre les arbres pour calmer les démangeaisons de leur échine.
Alors quand un agresseur vous plante son poignard à l’extrême centre de votre dos, de telle sorte que vous ne parvenez même pas à en saisir le manche, vous êtes dans l’ennui.
Au début, les amis vous plaignent, vous conseillent. De l’avis général, non il ne faut pas le retirer, ça pourrait être dangereux.
Et puis, ils s’habituent, tellement que vous devenez pénible avec votre couteau, qui devient vite un dérisoire « couteau de cuisine », voire un Opinel, pas de quoi en faire un plat, il y a pire tout de même. Vous n’êtes pas loin d’être indécent en comparaison de ceux qui ont des affections bien plus sérieuses.
Quand vous expliquez que vous êtes obligé de faire un trou dans vos chemises ou vos vestes pour le laisser passer sinon ça fait une bosse, que vous ne pouvez pas vous adosser, ni dormir sur le dos, alors on vous charrie. Vous devenez un geignard, un empoté, le type qui a un bobo et qui cherche à se faire plaindre en permanence. Et les femmes de renchérir sur ces hommes qui sont de vraies femmelettes, pauvres choux sensibles. Et tous, de rire de vous.
Vous vous taisez, meurtri, enragé, on vous laisse dans votre coin, vous entendez l’écho des moqueries à votre encontre.
Alors vous vous éveillez. Vous êtes sur le dos, ça va. Tout de même, ce n’est pas neutre cette histoire.
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