CORPS CAVERNEUX
Un beau jour, j’ai appris que j’avais en moi des corps caverneux. Accessoirement qu’ils se trouvaient dans mon pénis. Je dis pénis, mais si vous préférez sexe ou bite ou autre, c’est égal, échangez : Le bon mot à utiliser, quand on veut être simple et neutre, n’est pas facile à trouver : C’est selon le contexte, le sujet, l’auditeur ou le lecteur, etc.
Le dilemme langagier est le même s’agissant du sexe féminin, lequel contient sur ses parois l’équivalent des corps caverneux, que l’on nomme « bulbes spongieux », accolés aux parois de la vulve des dames.
Je ne sais pas quel savant a un jour inventé ces deux dénominations mais je le soupçonne fortement de misogynie virulente. Parce qu’enfin, bulbe, bof, bubble gum, spongieux, éponge, serviette éponge…
Alors que moi, si je me hisse en haut de la butte Montmartre, transportant avec moi mes corps caverneux pour les exposer à la ville entière ébahie, eh bien je suis un peu Napoléon en haut de la pyramide de Khéops, et il exhale de ma personne 40 siècles de civilisations mystérieuses.
Je dis mystérieuses car quoi de plus étrange, mystérieux et prometteur de mille histoires et sensations que ces deux mots, corps caverneux. Je sais bien que les êtres frustes n’y voient que des espaces destinés à recevoir par intermittence des flux sanguins visant à permettre une érection plus ou moins optimale selon individus et circonstances. Bienheureux ces simplets qui se plaisent à expliquer leur « pannes sexuelles » par un excès de désir, alors que lorsque ce dernier est raisonnablement modéré, ils envoient leur sang aux corps caverneux tels tsunamis en japonaiserie, ou Russes en bombardements ukrainiens.
Et si l’explication était toute autre ? S’il s’agissait d’un barrage opposé par les corps caverneux aux rouges envahisseurs ? Si ces barrages étaient construits par les habitants des cavernes des corps refusant la fatalité de ces crues prétendument incontrôlables ? Bel exemple de résistance acharnée de ces Neandertals et autres Cromagnons qui ne renoncent jamais, Sisyphes en teub, protégeant tout autant plaines et forêts que l’habitation cavernicole de leur tribu.
Certes, on ne peut imputer tous les maux de nos pénis au petit monde des corps caverneux. Les esprits rigides nous l’interdisent formellement. Et pourtant, lorsque cette brulure intime vous survient un beau matin sans prévenir, pourquoi exclure l’action des petits être du monde des corps caverneux ? Pourquoi rejeter cette possibilité qu’après avoir repoussé victorieusement un puissant envahissement sanguin qui pouvait tous les noyer, ils ont fait la fête toute la nuit et allumé de grands feux dans toutes leurs cavernes, et que c’est la chaleur puissante de ces feux qui vous cuit la miction ce matin-là ? Pourquoi pas. Moi j’y crois, et jamais je ne dénoncerai des voisins qui font la fête jusqu’à l’aube, même s’ils me cuisent un peu.