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Coming out

 

                                               COMING OUT

 

(« Sortir du placard », au Québec et au Nouveau Brunswick, j’adore)

 

 

 

Pendant presque 40 ans, j’ai géré l’association Allostop, de loin la première association de covoiturage au monde.

 

J’ai rapporté de nos homologues du Québec le mot « covoiturage » et je l’ai introduit en France, début de sa popularisation.

 

J’ai créé des antennes partout en France, j’ai fédéré des dizaines d’initiatives similaires à travers l’Europe et même en Amérique du nord.

 

J’ai développé l’activité d’Allostop jusqu’à parvenir à plus de 200 000 accords annuels de covoiturage, ceci avec des moyens dérisoires, à la sueur du travail humain, avant que l’informatique et internet n’interviennent pour en rendre la gestion cent fois plus facile et rentable.

 

La succession d’Allostop a été prise, sur le net, par l’organisation Blablacar qui semble avoir vaincu ses concurrents. J’ai jugé que c’était bien ainsi, même si j’aurais préféré un service national.

 

J’ai vaguement ressenti une petite amertume en entendant, Frédéric Mazzela, le patron de Blablacar, que j’ai rencontré plusieurs fois, déclarer dans les media qu’il avait inventé le covoiturage. Bah, usurpation dérisoire, je suis trop vieux pour m’en soucier plus d’un court instant. (J’écrirai peut-être un jour une histoire du covoiturage depuis 1958 car je crois bien en être la mémoire survivante, mais ça m’ennuie profondément)

 

Je voudrais dire aujourd’hui ce que je ressens et pense confusément depuis des années, cela dès le temps d’Allostop, du moins ses dernières années. Je crois aujourd’hui que le covoiturage tel qu’il était pratiqué par Allostop et qu’il l’est aujourd’hui par Blablacar, est une très mauvaise chose pour l’environnement, qu’il représente un encouragement à la pollution et participe au réchauffement climatique.

 

Je l’ai vu, je l’ai constaté. Ce covoiturage là est une stimulation de la circulation automobile.

 

 Il permet à des automobilistes qui n’auraient pas les moyens financiers de circuler seuls dans leur voiture, de rouler beaucoup plus et d’ainsi éviter de devoir emprunter le ferroviaire.

 

Il ne s’exerce en majorité que sur des trajets déjà bien desservis par ce dernier.

 

Il ne regroupe pas des automobilistes qui s’uniraient pour n’utiliser qu’un seul véhicule, mais il donne des passagers payants à chacun des automobilistes pour que tous fassent rouler leur véhicule individuel.

 

Il retire au train des voyageurs peu consommateurs de co2 pour en faire des nuisances routières.

 

Ce covoiturage n’a rien à envier aux cars Macron : Il est d’abord une activité économique à but de rentabilité, il ne se soucie en rien des questions d’environnement, pas plus que des problèmes de mobilité.

 

Il existe des covoiturages utiles, ils ne sont pas le fait de Blablacar et ils ne l’étaient pas non plus d’Allostop.

 

Le covoiturage est utile quand il offre une possibilité de déplacement dans des zones à faible densité démographiques et mal couvertes par les transports en commun, en complément et parfois comme seule possibilité.

 

Il est utile lorsqu’il va du domicile au travail et réciproquement, que ce soit entre automobilistes ou avec des passagers.

 

Il est utile quand il regroupe des personnes d’un habitat dispersé pour se rendre à une station de RER ou SNCF, évitant ainsi que chacun ne prenne sa voiture et encombre les rues de la commune disposant de la station de transport, ou encore y transportant des personnes démunis de moyen de transport.  

 

Il est utile dans toutes ces situations particulières où il apparait comme un complément aux transports en commun et non comme un concurrent aux moyens de transport moins nocifs.

 

Ces covoiturages là sont gérés par des organisations locales, durables ou non, fonction des situations particulières. Elles peuvent n’être que le simple regroupement de quelques personnes. Elles sont citoyennes. On peut imaginer qu’elles aient des besoins financiers ou matériels pour aider à leur fonctionnement, voire leur communication. Elles ne peuvent s’autofinancer, elles ne sont pas dans le secteur devenu rentable du covoiturage par le prélèvement financier qu’il opère sur chaque transaction. Elles sont le contraire du covoiturage officiel qui semble incapable de faire leur travail (*) : L’action en faveur de l’environnement et de la mobilité, c’est là qu’elle se situe, c’est là où elle est méritoire, utile.

 

Bof, moi ce que j’en dis. Je retourne à mes moutons.

 

(*) Blablacar, qui fait du bénéfice en ne s’occupant que des « trajets » rentables concurrentiels, demande de l’argent public pour s’occuper de ces trajets utiles et vertueux, ou tenter de le faire. Comme pour les bus Macron, c’est toujours la même posture libérale : Hors de question qu’un secteur bénéficiaire d’une entreprise finance une activité qui ne l’est pas, même si c’est d’utilité publique. La réforme de la SNCF s’est effectuée selon cette orientation.

 

Allostop, entreprise de main d’œuvre, ne pouvait être bénéficiaire. Qu’elle soit parvenue à équilibrer ses comptes était déjà extraordinaire. Cela explique qu’elle n’ait pas pu développer sérieusement ce covoiturage utile, bien que ce fut tenté pendant une année ou deux. Il aurait fallu d’autres moyens.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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