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Bon an

 

                                               BON AN

 

Bonne année et meilleurs vœux, et tout, et tout, et encore tout. Et toute ma compassion, ne protestez pas, je sais ce que c’est, allez. Voilà qui est fait.

 

Ce qui n’est pas fait ce sont les 365 jours à se taper. Les uns derrière les autres. Tu en finis un, et aussitôt un autre apparait. Et ainsi de suite. Idem pour les douze mois, même chose pour les trimestres, idem pour les quatre saisons, sans compter les intersaisons. C’est épuisant. Et au final, on n’y coupe pas, les fêtes, les réveillons et une nouvelle année, et on recommence.

 

Il y a pourtant une solution qui semble évidente : Faire des années plus longues. Des années de 5 ou 10 ans par exemple, 120 ou 240 mois, 1825 ou 3650 jours ou n’importe quel chiffre, 4871 par exemple. Il faudrait bien sûr supprimer les mois, les trimestres, les saisons, autant d’angoisses en moins. Ne resterait que les jours et un nombre de jours plus important est très apaisant. Il suffit pour s’en convaincre de comparer avec les prisonniers : Un détenu condamné à 3 ans de prison ne cesse de compter années, mois, jours. Un condamné à 30 ans de réclusion en arrive à ne plus compter que de temps à autre. Il s’adapte à sa vie de prisonnier et trouve un équilibre. Il ne recommence à compter que dans les dernières années. Or les hommes sont des prisonniers de leur vie, il convient donc de la leur faire oublier.

 

Enfin bien sûr, on échapperait ainsi au renouvellement incessant des insupportables fins d’années et débuts d’années, ainsi que de toutes les ponctuations angoissantes tels les mois. Il conviendrait aussi de supprimer les jours fériés dont l’attente est source de stress, ainsi que les jours distinctifs de la semaine, source de toutes les pathologies d’ordre psychiatrique.

 

Néanmoins, Ce ne serait là qu’une mesure boutiquière. Si on décide de chambouler toutes ces absurdes mesures du temps qui pèsent sur les épaules de l’humanité depuis que des astrologues à chapeau pointu scrutent le ciel, le soleil et la lune, en déduisant par savants calculs les périodicités arbitraires qu’ils nous imposent, eh bien pourquoi ne pas s’éclater collectivement dans une re-création joyeuse du temps qui s’écoule et qui nous libère du mal des chronomètres de la durée.

 

Les hommes – en collaboration avec les chameaux, les hyènes puantes et les bousiers du chacal -  pourraient ainsi décréter de nouvelles époques, de nouvelles ères, en toute liberté, et par groupes locaux ou d’affinité. Les habitants du 18eme arrondissement de Paris pourraient ainsi décider de la nouvelle ère des tout nus à cul peint en rouge, pour une durée de 13 jours, suivie d’une ère de 10514 jours au cours de laquelle une plume bien placée viendrait s’adjoindre à leur peinture. Ils pourraient même décider d’un changement de couleur à mi-ère, car on peut se lasser.

 

De même, les habitants de Remiremont (Ou même ceux de Romorantin-Lanthenay, pourquoi pas après tout) pourraient décider de vivre pour une durée de 300000 jours (renouvelable) comme au temps des chevaliers de la table ronde, chacun choisissant en toute liberté d’incarner le personnage de son choix. Il y aurait ainsi des centaines de rois Arthur sans complexe, et d’autres, tout aussi fiers et nombreux, vivraient tels des Lancelot, Perceval, et autres Guenièvre. Il faudrait aussi quelques volontaires – financièrement incités - pour jouer des personnages moins glorieux, tels hommes d’arme, charretiers, serviteurs et autres manants. Ainsi que des brigands de grand chemin (et même de petit sentier), vide goussets et autres tire-laines.

 

Si vous ne le saviez pas, le gousset était autrefois l’équivalent de nos porte-monnaie. C’était une poche ventrale dans laquelle on mettait son argent.

 

Le tire-laine était lui un bandit qui, muni d’une longue perche à crochet, se cachait dans les fourrés bordant les chemins. Au passage de charrettes transportant la laine, il en tirait la laine sans que le meneur de la charrette ne s’aperçoive du vol. Si vous ne voyez pas, imaginez la pêche au canard en plastique sur l’eau dans les foires.

 

Personnellement je ferais bien tire-laine à Remiremont (ou dans la campagne environnante). D’abord parce que ce serait amusant. Ensuite, parce que je revendrais la laine à prix d’or. Avec tout mon bel or, j’irais, pour l’éternité, voir la mer, pleine de vagues et d’écume dans lesquelles je barbotterais. Il n’est rien de plus aimable que ces éléments. Enfin bien sûr, après les herbes folles qui sont reines du monde.

 

 

 

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