Par Rampeloux
ANNE
Anne est morte et la Seine pleure. Ses larmes saignent sur les quais.
Anne est morte… Alors ce ne serait pas vrai ? :
Écrire pour ne pas mourir
Écrire sagesse ou délire
Écrire pour tenter de dire
Dire tout ce qui m'a blessée
Dire tout ce qui m'a sauvée
Écrire et me débarrasser
Écrire pour ne pas sombrer
Écrire au lieu de tournoyer
Écrire et ne jamais pleurer
Rien que des larmes de stylo
Qui viennent se changer en mots
Pour me tenir le cœur au chaud
On meurt quand même, il semble bien. Mais tenir le cœur au chaud, ça doit rester vrai. Et il reste la nostalgie, ce petit bonheur coupable :
T'en souviens-tu, la Seine,
t'en souviens-tu comme ça me revient,
me revient la rengaine
de quand on avait rien,
de quand on avait pour tout bagage
tes deux quais pour m'y promener,
tes deux quais pour y mieux rêver ?
Tu étais, tu étais mes voyages
et la mer, tu étais mes voiliers,
tu étais pour moi les paysages ignorés.
Je te disais, la Seine
qu'on avait les yeux de la même couleur.
Quand j'avais de la peine,
quand j'égarais mon cœur,
quand je trouvais la ville trop noire.
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